Vendredi 22 février 2019

Les lumières de Gombrich

Deux essais du célèbre historien

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 novembre 1996 - 371 mots

Sir E. H. Gombrich est sans conteste l’un des plus grands historiens de l’art. La réédition de L’art et l’illusion et la publication d’Ombres portées nous rappellent son exceptionnel apport.

Un temps directeur du prestigieux Warburg Institute, auteur de nombreux essais qui ont fait date, Ernst Gombrich s’est attaché à définir avec précision, en s’appuyant volontiers sur des données scientifiques, les mécanismes et les enjeux de la vision. L’art et l’illusion, qui connut en Angleterre de nombreuses rééditions, est à nouveau proposé dans une traduction revue (ce qui n’empêche pas les coquilles). Cet ouvrage désormais classique, qui s’attache notamment à la part prise par le spectateur dans l’élaboration de l’œuvre d’art, est un modèle de méthode. Modèle parce que l’auteur a pour souci prioritaire de convaincre son lecteur par des arguments détaillés, étayés au besoin par des illustrations qui n’ont jamais rien de gratuit.

Comme le remarque Neil MacGregor, directeur de la National Gallery, dans son avant-propos à Ombres portées, "c’est le propre des grands pédagogues que de nous faire croire que nous découvrons les choses par nous-mêmes". Ce texte bref, qui commente une exposition présentée en son honneur en 1995, répond parfaitement à une telle définition. Le sujet est d’une importance cruciale dans l’histoire des représentations, et Gombrich le traite, certes brièvement, avec autant d’érudition que de clarté. De Platon jusqu’à la photographie, les ombres constituent en effet une pierre d’achoppement : à l’instar de la plupart de ses contemporains, Léonard désapprouvait "la lumière trop brutalement divisée par les ombres".

Et le fait est qu’elles resteront relativement rares, à quelques fameuses exceptions près. Ainsi du Caravage, qui en fit un usage spectaculaire et controversé, de Rembrandt, de Corot, ou encore de Gérôme avec son très théâtral Golgotha de 1867. On regrettera que l’historien n’ait pas accordé plus de considération à la photographie, où les ombres jouent un rôle décisif dans la saisie du réel. Mais ce texte, qui évoque tout aussi rapidement De Chirico, est à prendre comme une esquisse attendant encore de plus amples développements.

- E. H. Gombrich, Ombres portées. Leur représentation dans l’art occidental, éditions Gallimard, collection "Art et artistes", 96 p., 95 F.
- E. H. Gombrich, L’art et l’illusion, éditions Gallimard, 386 p., 190 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°30 du 1 novembre 1996, avec le titre suivant : Les lumières de Gombrich

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