Dimanche 16 décembre 2018

Le retour de Maître Campin

Deux publications consacrées au Maître de Flémalle

Le Journal des Arts

Le 4 avril 1997 - 328 mots

Deux ouvrages fort différents permettent de faire le point des connaissances sur l’œuvre la personnalité de Robert Campin, figure légendaire de l’école flamande.

L’ouvrage d’Albert Châtelet se lit sans faiblesse. D’une plume alerte, il retrace la vie et l’œuvre de Robert Campin, que le XIXe siècle identifiera comme le Maître de Flémalle. Ainsi, de 1406 à 1445, Châtelet s’est attaché à combler les lacunes biographiques et à reconstituer, œuvre par œuvre, l’évolution de celui auquel succèderont Rogier de la Pasture (Van der Weyden) et Jacques Daret. L’auteur livre des commentaires précis et animés qui restituent l’ambition symbolique de cette “fascination du quotidien” qui définira l’essentiel de l’école flamande au XVe siècle. En constituant le catalogue raisonné de l’œuvre de Campin, Châtelet témoigne parfois d’une absence de prudence dans la formulation de ses attributions et dans l’affirmation de ses thèses. Souvent emporté par son enthousiasme, le critique s’engage dans une voie qui rend l’ouvrage sans doute plus lisible, mais qui prêtera probablement le flan à de nombreuses controverses tant l’établissement des faits reste incertain. Témoin de cet état de la question, l’ouvrage scientifique publié par Susan Foister, de la National Gallery de Londres, et Susie Nash, du Courtauld Institute of Art. Centré sur trois domaines (l’analyse technique, la question des copies et l’analyse iconographique), cette étude s’affirme nettement moins radicale que la lecture de Châtelet. Ainsi l’An­non­ciation , peinte en 1422 et aujourd’hui conservée aux Musées royaux des beaux-arts à Bruxelles, se voit attribuée par Albert Châtelet à Jacques Daret. Cette évidence reste problématique sous la plume de Jeltje Dijkstra, qui lui consacre une riche contribution sans doute moins passionnante mais davantage mesurée. Rarement deux lectures auront été à ce point complémentaires, rarement ouvra­ges auront témoigné d’options aussi différentes.

- Albert Châtelet, Robert Campin. Le Maître de Flémalle, Fonds Mercator Paribas, 298 p., 350 ill., 4 900 FB.
- Susan Foister et Susie Nash, Robert Campin New Directions in Scholarship, Turnhout, Brepols, 206 p., 226 ill., 2 597 FB.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°35 du 4 avril 1997, avec le titre suivant : Le retour de Maître Campin

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