Dimanche 5 juillet 2020

Livre

Le plaidoyer naïf mais sympathique de Françoise Nyssen pour son action au ministère

Par Jean-Christophe Castelain · lejournaldesarts.fr

Le 10 juin 2019 - 688 mots

PARIS

L’ex-ministre vient de publier son autobiographie, l’occasion de revenir longuement sur ses 17 mois passés Rue de Valois.

Françoise Nyssen en septembre 2017. © Photo ActuaLitté
Françoise Nyssen en septembre 2017

Très peu de ministres de la Culture ont publié leurs souvenirs sur leur passage Rue de Valois. Et encore moins aussi rapidement que Françoise Nyssen : moins de 8 mois après son départ, soit beaucoup moins que ses 17 mois au ministère. Même Frédéric Mitterrand avait attendu 17 mois pour faire la chronique de son mandat. 

Françoise Nyssen aurait dû faire de même. Son livre (1) commence comme une autobiographie : ses parents, son éducation en Belgique, ses études en biologie moléculaire, ses maris, ses enfants, l’aventure Actes Sud… Des pages très simples, parfois émouvantes dans lesquelles l’ancienne ministre a à cœur de montrer sa conscience écologique, ses aspirations à une société plus juste, ses engagements associatifs.

Mais dès le deuxième tiers de l’ouvrage, commence ce qui est en réalité son principal objet : un plaidoyer pro domo pour son action au ministère. On y retrouve tout ce qui avait fait le charme de cette représentante de la société civile : un discours frais, la connaissance de l’entreprise, une bienveillance naturelle.

On retrouve aussi ce qui dissonait au point d’agacer : une naïveté parfois confondante et une expression brouillonne (le livre est bourré de répétitions et d’aller-retours inutiles). Françoise Nyssen le reconnaît elle-même : « je ne connaissais rien aux façons de faire » (p. 261). Elle continue à penser « qu’être un bon orateur [n’est] pas la principale qualité que l’on devrait attendre d’une ministre » (p. 244) sans vouloir admettre que le « verbe » compte autant que le « faire ».

Sa sincérité, sa volonté de bien faire, ses intentions généreuses, son travail acharné au cours des 17 mois ne sont pas en doute et sa plaidoirie n’y ajoute rien. Reste que le système politique français est ainsi fait qu’il y a des codes à respecter, que le tribunal médiatique permanent oblige à être « péremptoire et assertif » et que les « clients » de la Rue de Valois veulent être flattés et recevoir toujours plus de subventions sans contrepartie, comme elle s’en est rendue compte.

L’ex-ministre se montre très affectée par les critiques. Elle revient à plusieurs reprises sur la tribune assassine de l’Association des centres dramatiques nationaux en avril 2018 et s’émeut que les « journalistes ne retiennent que les mauvaises nouvelles ». Elle distribue les bons et mauvais points aux journalistes : notre confrère Bernard Géniès de l’Obs a droit à tous les éloges (il a pu la suivre pendant 2 jours) tandis qu’Anna Cabana du Journal du Dimanche a peu de chances d’être invitée à la table familiale. Ne parlons pas du Canard qui la pilonne au sujet de l’affaire de la mezzanine dans les locaux parisiens d’Actes Sud.

Le livre comprend très peu d’inédits. On apprend qu’elle avait de très mauvais rapports avec les conseillers Culture de l’Elysée et de Matignon qui ont bloqué pendant très longtemps plusieurs nominations (p. 198) et que ses relations avec Edouard Philippe n’étaient pas des plus chaleureuses. En revanche elle ne tarit pas d’éloges sur Emmanuel Macron dont elle ne cesse de tresser des lauriers, attendant en vain qu’il lui confie une mission, comme il lui avait laissé entendre au moment de son départ. 

Elle révèle avec une pointe de rosserie qu’Alexandre Gady, l’actuel président de la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France, qui ne l’avait pas ménagée, s’était pourtant montré intéressé par le poste de Directeur général du patrimoine au ministère (p. 252). Le militant patrimonial s’est depuis consolé en dirigeant le futur Musée du Grand Siècle du Département des Hauts de Seine.

Sur le fond Françoise Nyssen a bien souvent raison, mais l’histoire politique enseigne qu’il faut savoir jouer des codes pour agir et durer.

NOTE

(1)  Message personnel à l’attention de Mme Nyssen. 
Je ne manquerai pas de transmettre la dédicace à qui elle est adressée, au précédent rédacteur en chef du Journal des Arts parti il y a plus de 7 ans.

INFORMATION

Françoise Nyssen, Plaisir et nécessité, Stock,  juin 2019, 335 pages, 20,50 €

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