L’art ramené à la raison

Les catalogues raisonnés ont la cote

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 14 septembre 2009

Les catalogues raisonnés sont en vogue. Ce marché, d’ordinaire réservé aux petites maisons d’édition spécialisées dans les faibles tirages, est convoité depuis quelque temps par des éditeurs plus habitués aux livres grand public, à l’image de Taschen. Un travail de recherche souvent long et fastidieux, qui vient d’être facilité par la mise au point d’un logiciel ad hoc.

Cette année, une dizaine de catalogues raisonnés ont été édités dans l’Hexagone. Ces ouvrages savants sont, sauf cas exceptionnels, consacrés à des artistes connus et reconnus, aux grands noms de l’histoire de l’art. Théodore Rousseau côtoie ainsi Théodore Géricault, Fernand Léger ou Nicolas de Staël. Ils ont souvent demandé des années de recherches, de visites de collections publiques et privées, d’études en bibliothèques, d’épluchage de résultats de ventes publiques, un travail de détective pour retrouver un tableau qui n’est plus réapparu depuis longtemps sur le marché, quand il n’a pas tout bonnement disparu. Pour le catalogue raisonné de Giovanni Giacometti (1868-1933) que vient de publier l’Institut suisse pour l’étude de l’art à Zurich, l’inventaire systématique des cinq cents tableaux du peintre a débuté dans les années soixante, sous la direction de Hansjacob Diggelmann. Celui consacré à l’œuvre peint de Nicolas de Staël a demandé à son auteur, Françoise de Staël, veuve de l’artiste, plus de dix ans de travail, et c’est sa fille qui en a rédigé la bibliographie.

L’informatique au secours du chercheur
Les chercheurs qui s’attellent à un catalogue raisonné sont d’ailleurs assez fréquemment des proches de l’artiste. Quand il s’agit d’un contemporain, ils l’ont souvent fréquenté, ont vu sa production dans son atelier, dans les galeries, et ont a priori une bonne connaissance de l’œuvre à cataloguer. Pour les artistes des siècles passés, les auteurs seront plutôt d’éminents historiens de l’art : Pierre Rosenberg a signé le catalogue des dessins de Nicolas Poussin, Germain Bazin celui de Théodore Géricault. Ces ouvrages s’adressent peu au grand public. Leur prix, justifié par les heures de travail et la faible diffusion – par exemple, 1 800 francs par volume pour le catalogue raisonné de Fernand Léger –, les destine souvent à un usage professionnel. Taschen a fait sensation l’année dernière en s’aventurant sur ce marché. Sa réédition, pour 945 francs seulement, des quatre volumes consacrés à Monet, depuis longtemps épuisés, intervenait alors que l’ouvrage atteignait des sommets en vente publique. Pourtant, l’aridité de la lecture des catalogues raisonnés les éloigne de la vulgarisation. Visant l’exhaustivité, ils permettent une connaissance approfondie, scientifique et technique des différentes périodes d’un artiste, en aspirant parfois ouvertement à la réévaluation de son travail. Ils entendent également garantir au mieux la provenance des pièces en vente publique et lutter contre la circulation des faux. L’édition d’un premier volume de l’œuvre peint de Wifredo Lam était sur ce plan attendue. Pour faciliter la logistique de ce travail de fourmi, le galeriste Alain Blondel vient de mettre au point, avec son frère informaticien, un logiciel qui permet de relier toutes les fiches entre elles et d’en contrôler la cohérence. Les informations circulent entre les différents chapitres : expositions, bibliographie, ventes publiques, collections, historique, sources iconographiques... Parmi ses différentes fonctions, des études statistiques permettent d’expertiser au mieux une pièce. Vendu 5 000 francs hors taxes, ce logiciel déjà disponible en français devrait l’être bientôt en anglais. Pour 15 000 francs de plus, l’acquéreur d’Encyclia pourra transférer sa base, débarrassée des informations confidentielles, sur un cédérom. Alain Blondel publiera en avril 1998, chez Acatos à Lausanne, le catalogue raisonné de Tamara de Lempicka, le premier à être accompagné d’une version multimédia.

G. Bauquier et Nelly Maillard, Fernand Léger, catalogue raisonné 1932-1937, Maeght Éditeur, 344 p., 1800 F. ISBN 2-86941-237-1.
G. Bazin, Théodore Géricault, vol. VII, Regard social et politique : le séjour anglais et les heures de souffrance, Wildenstein Institute-La Bibliothèque des Arts, 342 p., 600 F. ISBN 2-88453-031-2.
V. Radlach, P. Müller et alii, Catalogue raisonné des peintures de Giovanni Giacometti, Institut suisse pour l’étude de l’art, 2 vol., 632 p., env. 600 F. ISBN 3-908184-79-7 (vol. 1) et 3-908184-80-0 (vol. 2).
M.-L. Borràs, L. Laurin-Lam, E. Lam et alii, Wifredo Lam, Catalogue raisonné of the painted works, vol. 1, 1923-1960, Acatos, 520 p., 1300 F, ISBN 2-940033-19-6.
F. et A. de Staël, Nicolas de Staël, catalogue raisonné de l’œuvre peint, Ides et Calendes, 1280 p., 1 980 F. ISBN 2-8258-0054-16.
J. Lopez-Rey, Vélasquez : catalogue raisonné, Taschen, 264 p., 105 F. ISBN 3-8228-8120-1.
Encyclia, le logiciel des catalogues raisonnés, Mac/PC, 5 000 F. HT, fax 01 42 78 47 90.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°49 du 5 décembre 1997, avec le titre suivant : L’art ramené à la raison

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