Vendredi 23 février 2018

La culture au crible de l’histoire

Dictionnaire

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 30 mars 2010

Des universitaires ont rédigé le premier lexique d’histoire culturelle. Un ouvrage de référence et de vulgarisation.

Après le temps des rapports parlementaires, des observations de la Cour des comptes ou des commentaires de la presse, vient celui de l’histoire. Discipline encore jeune, née dans le courant des années 1980 au point de convergence entre histoire sociale et histoire politique, l’histoire culturelle commence ainsi à produire ses outils de référence.

Tel est le cas de ce Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine, œuvre née de la collaboration entre le Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines de l’Université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines, pionnière sur le sujet, et le Centre d’histoire de Sciences-Po, à Paris.

Réunissant une palette d’auteurs, en grande majorité universitaires, ce volume décline des entrées assez éclectiques, soit près de trois cents au total, allant de « acculturation » à « zoo », en passant par « arts plastiques » et « patrimoine ». « Le lecteur trouvera, au fil de ces pages, le fruit d’une historiographie très neuve », expliquent Christian Delporte, Jean-Yves Mollier et Jean-François Sirinelli, coordinateurs de l’ouvrage, pour justifier l’absence d’exhaustivité mais aussi le caractère extrêmement foisonnant de cet opus. Et de poursuivre : « Le point est à souligner car il arrive qu’un dictionnaire, par fonction, enregistre un savoir déjà figé, s’apparentant ainsi à un conservatoire. Ici au contraire, ce livre saisit le vif d’une histoire en mouvement et tient beaucoup plus du laboratoire que du Muséum ».

Quelques pages plus loin, Pascal Ory apporte une précieuse définition au terme d’histoire culturelle, qu’il ne faut pas réduire à une étude de la culture, elle-même comprise dans une acception large. « Elle se donne plutôt pour objet les représentations collectives propres à une société », précise cet ancien élève de René Rémond.

Ouvrage de référence pour les historiens, ce précieux lexique compile donc une somme de travaux souvent restés confidentiels et les rend accessibles au plus grand nombre. Cette lecture sans affect portée par les historiens sur l’histoire culturelle récente peut également susciter des interrogations salutaires. Dans un article consacré aux politiques culturelles, qu’il considère comme étant « en sursis », Philippe Poirrier analyse avec une grande acuité, en termes de cohérence des politiques de l’État, les conséquences de la création de baronnies culturelles.

« Les grands établissements publics culturels sont-ils des instruments de politique culturelle ou des entités autonomes, définissant elles-mêmes leurs priorités culturelles ? interroge l’universitaire. Existe-t-il encore une politique culturelle nationale quand plus de la moitié des moyens humains et financiers du ministère de la culture transitent par les 78 établissements publics ? » Les derniers locataires de la Rue de Valois – frappés d’autisme ou aveuglés par les contraintes budgétaires ? – auraient sans aucun doute gagné à s’entourer de quelques historiens parmi leurs conseillers.

Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine, sous la direction de Christian Delporte, Jean-Yves Mollier et Jean-François Sirinelli, éd. Presses universitaires de France, 928 p., 39 euros, ISBN 978-2-13-056108-8.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°322 du 2 avril 2010, avec le titre suivant : La culture au crible de l’histoire

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