Mercredi 17 octobre 2018

En Bref : chefs-d’œuvre du MoMA, Walter Sickert, les frères Le Nain, l’école de Barbizon, les chagrins de Monet

Le Journal des Arts

Le 7 décembre 2016 - 1184 mots

Les chefs-d’œuvre du, et selon, le MoMA de New York
Quelle est la « Joconde » du Museum of Modern Art de New York ? L’œuvre phare que le public associe spontanément à un musée et que les touristes s’empressent d’aller admirer ? Chacun pourra se faire sa propre opinion parmi les 240 « chefs-d’œuvre » – c’est ainsi qu’ils sont désignés, dans cette édition récente. Deux tableaux se détachent cependant : Les Demoiselles d’Avignon de Picasso (1907) et la première version de la Danse de Matisse (1909). Le texte introductif du directeur du musée, Glenn D. Lowry, rappelle au passage, concernant le tableau fondateur du cubisme, qu’il fut acquis grâce à la vente d’une toile de Degas – de quoi nourrir le débat sur l’inaliénabilité des collections en France. L’autre intérêt de cette anthologie est le regard porté sur la création contemporaine par le MoMA. Premier enseignement, ceux qui sont parfois qualifiés de « néopompiers » (Jeff Koons, Damien Hirst, Takashi Murakami) sont absents, alors que l’école allemande (Gerhard Richter, Andreas Gursky), anglaise (Chris Ofili), brésilienne (Vik Muniz) est bien représentée. Pour la France, « le plus grand musée d’art moderne et contemporain », tel qu’il est écrit sur la jaquette, considère que sa scène artistique s’arrête à 1968 et Jacques Villeglé. Pas très flatteur. Comme le sont les textes de cet ouvrage, d’une rare indigence, manifestement traduits de l’anglais à l’aide de Google Traduction. Un exemple parmi d’autres, le photographe Garry Winogrand « adorait observer la conduite des gens et autres animaux ».

Les chefs-d’œuvre du Museum of Modern Art de New York, Éditions Place des Victoires, 304 pages, 300 ill., 39,95 €

Jean-Christophe Castelain


Walter Sickert, le mal connu
Walter Sickert (1860-1942) est mal connu en France, et sa notoriété limitée repose surtout une rumeur d’époque relayée par un roman à succès daté de 2002 et signé Patricia Cornwell qui l’identifie à Jack l’Éventreur. Lui-même a peut-être joué un rôle dans ces accusations pour avoir peint de nombreuses scènes de nu troublantes, certaines faisant allusion à l’assassinat d’une prostituée. Selon l’auteure, Delphine Lévy, directrice des musées de la Ville de Paris, qui révèle dans cet ouvrage un talent d’historienne de l’art, Sickert entendait ainsi se faire un peu de publicité. Pourtant Sickert a longtemps vécu en France, notamment à Dieppe, a fréquenté de nombreux artistes français et sa peinture n’est pas inintéressante. Sa production intimiste le rapproche d’Édouard Vuillard et de Pierre Bonnard, ses scènes énigmatiques intriguent, sa palette sourde leur donne de la profondeur. L’ouvrage accompagnait une exposition à Dieppe présentée à l’été 2016, il serait bienvenu que les Parisiens découvrent à leur tour Sickert sous un jour nouveau.

Walter Sickert, Delphine Lévy, Somogy Éditions d’art, 150 pages, 28 €

Jean-Christophe Castelain


Les Le Nain vus par Thuillier
Depuis 2014, les éditions Faton publient les écrits de Jacques Thuillier (1928-2011) dans une collection spécifique. Et le quatrième volume ressort des cartons les recherches que ce spécialiste de l’art français du XVIIe siècle français a consacrées aux frères Le Nain. Un travail qui a fait date, selon C. D. Dickerson, conservateur à la National Gallery of Art de Washington. Celui-ci explique avoir pris Thuillier pour modèle dans la conception de l’exposition sur les Le Nain qui se tiendra en 2017 au Louvre-Lens. Richement préfacé, augmenté et illustré, l’ouvrage présente entre autres le corpus de documents que Tuillier a rassemblés sur les trois peintres en 1963 et le catalogue de l’exposition qu’il leur a consacré en 1978 au Grand Palais.

Les frères Le Nain, Serge Lemoine (sous la direction de), Éditions Faton, collection « Les écrits de Jacques Thuillier », 432 p., relié pleine toile sous jaquette, 59 €
Margot Boutges

Une référence pour l’école de Barbizon

Aucun livre en français sur l’école de Barbizon n’était paru depuis une dizaine d’années. Ce volume de Jean Bouret est lui-même la réédition d’une publication de 1972 et deviendra certainement une référence pour ceux qui cherchent un ouvrage bien documenté et richement illustré sur cette période. Commençant par les peintres anglais de paysage et des Français relativement peu connus tels Lazare Bruandet et Georges Michel, il s’achève sur les impressionnistes. Mais les peintres de Barbizon constituent bien son sujet central : l’ouvrage raconte l’histoire de chacun des plus célèbres parmi eux et les recense tous, dont nombre d’étrangers, dans un ensemble de notices biographiques.

L’école de Barbizon et le paysage français au XIXe siècle
, Jean Bouret, éd. Ides et Calendes, Lausanne, 242 p., 59 €
Elisabeth Santacreu

Les chagrins de Monet

En trois parties, « Frédéric », « Camille » et « Claude », Michel Bernard fait un roman de la vie de Claude Monet. Pas de dialogues réinventés, ici, mais une interprétation de ce qu’a pu ressentir le peintre dans sa jeunesse, auprès de sa bien-aimée Camille, puis dans sa vieillesse à Giverny. Frédéric, c’est Bazille, le frère des années difficiles qui aidait financièrement l’ombrageux Monet. Le roman débute par le voyage du père de Frédéric, Gaston Bazille, à la recherche du corps de son fils tué au front pendant la guerre de 1870. Un chapitre déchirant, auquel fait écho celui de la mort de Camille. Ce sont les deux « remords » de Monet. Plus que du remords, le mal de Monet, pour Michel Bernard, est un chagrin inextinguible, qui l’aurait poussé à demander à l’État d’acheter son tableau, Femmes au jardin.

Michel Bernard, Deux remords de Claude Monet, Éditions de la Table ronde, collection « Vermillon », 224 p., 20 €
Elisabeth Santacreu
 
Le baron faisait du collage
De 1937 à 1960, le baron de Cabrol, homme du monde, artiste et décorateur, s’est adonné à un passe-temps de vieille Anglaise alors furieusement à la mode dans la bonne société : le « scrap ». Il se prénommait Frédéric mais se faisait appeler Fred ; son épouse, la ravissante Marguerite d’Harcourt, était Daisy pour leurs amis. Ils furent heureux et eurent de beaux enfants, Philippe, Éric et Oriane. Après le décès d’Oriane, leurs deux fils autorisèrent Thierry Coudert à évoquer leur vie de jet-setteurs en l’illustrant de pages tirées des scrapbooks du baron. Cette plongée dans la Café Society, des courses à Longchamp au bal des Oiseaux et de la fête des 1 000 ans de la famille Harcourt aux soirées avec les Windsor (Dieu, que le duc était bête !) est un enchantement. On espère la publication intégrale des scrapbooks, véritables archives d’une époque disparue.

Thierry Coudert, Les scrapbooks du baron de cabrol et la Café Society, éd. Flammarion, 262 p., 85 €

Elisabeth Santacreu

40 ans de chromos maniéristes
Parcourir les quarante ans de carrière de Pierre (Commoy) et Gilles (Blanchard), c’est un peu feuilleter un journal « people ». Les deux compères ont créé un style de portrait bien à eux, et, notoriété aidant, de nombreux comédiens ou chanteurs sont plus (ou moins) flattés d’être portraiturés dans un style qui mélange kitsch maniériste et photo de mode. Mireille Mathieu voisine avec Paloma Picasso, la sulfureuse Zahia ou l’homme d’affaires François Pinault. Que l’on se rassure, ce dernier ne dévoile rien de son intimité, même si des fesses et des sexes d’homme il est en beaucoup question dans cette galerie de portraits qui fait une large place à la culture gay. Nul besoin de longs essais pour expliquer leur travail aussi profond qu’un chromo. Une simple introduction signée Éric Troncy suffit.

Pierre et Gilles, Éric Troncy, éd. Flammarion, 384 pages 50 €

Jean-Christophe Castelain
 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°469 du 9 décembre 2016, avec le titre suivant : En Bref : chefs-d’œuvre du MoMA, Walter Sickert, les frères Le Nain, l’école de Barbizon, les chagrins de Monet

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