Mercredi 11 décembre 2019

Médias

Catherine Millet, « D’Art press à Catherine M., Entretiens avec Richard Leydier »

Catherine Millet raconte son histoire et celle de la revue dans un long entretien

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 13 décembre 2011 - 490 mots

Disons-le d’emblée, c’est moins Catherine M. que Catherine Millet, critique d’art, et copropriétaire de la revue mensuelle Art press, qui nous intéresse ici.

S’il existe naturellement des passerelles entre les deux, nous laisserons nos confrères du magazine mensuel Psychologie Magazine en faire l’exégèse. La femme critique d’art est d’autant plus passionnante que ses propos restitués dans ce long entretien avec le critique d’art Richard Leydier sont riches d’informations, intelligents et agréables à lire. Le ton y est pour beaucoup. Une longue psychanalyse et la familiarité avec l’exercice du récit intime se retrouvent au service d’une pensée claire, directe et manifestement honnête. Comme tous les autodidactes décomplexés quand ils n’ont plus rien à prouver, Catherine Millet s’exprime sans détour, avec un petit côté « chef de bande » qu’elle assume volontiers. Elle livre ainsi une analyse éclairante sur l’art contemporain en France des quarante dernières années et une chronologie instructive des aventures et mésaventures d’Art press, n’oubliant pas de faire l’éloge, justifié, de ses co-actionnaires Myriam Salomon et Jean-Pierre de Kerraoul. Cette longévité inhabituelle dans la profession lui permet d’analyser les choses avec recul et de mettre les faits en perspective. Le titre d’« historienne de la contemporanéité » qu’elle revendique s’en trouve légitimé. Elle décrit en particulier la force de la matrice politique des années 1970 dans laquelle les artistes français ont puisé leur dessein.

Au fil du temps, Catherine Millet en est arrivée à incarner, plus que la revue elle-même, la grande figure de l’analyste de l’art contemporain en général et de l’art conceptuel en particulier. Cette position privilégiée lui permet de professer certaines sentences qui feraient hurler les Saint-Just de l’art contemporain si ce n’était pas elle qui les énonçait. Ainsi, (page 120) elle « reproche à beaucoup de [ses] jeunes confrères de ne pas suffisamment chercher à étendre leur savoir parfois assez limité, et à d’autres de [sa] génération, de systématiquement vouloir – y croire – ». Plus loin (page 180), elle relève que « toute une partie de l’art de ces vingt dernières années, surtout les installations, a négligé les effets formels », pour admettre quelques lignes plus bas que cela va un peu mieux ces derniers temps. Il y a bien ici ou là quelques erreurs d’analyse, comme celle qui consiste à expliquer le succès populaire croissant de l’art contemporain (indéniable par rapport aux années 1970, mais encore relatif aujourd’hui) par les records en ventes publiques, où ce ne sont pourtant pas les plus pauvres qui lèvent la main. Mais elles n’enlèvent rien à la pertinence de ses propos marqués du sceau de la lucidité. On regrettera toutefois que l’interviewer soit un ex-collaborateur d’Art press, qui évidemment connaît bien son sujet, mais manifeste une certaine déférence voire complaisance vis-à-vis de son ancien « boss », lui évitant quelques questions embarrassantes.

Catherine Millet, D’Art press à Catherine M. Entretiens avec Richard Leydier

Ed. Gallimard, coll. « Témoins de l’art », 2011, 240 p., 22,50 €, ISBN 978-2-07-078342-7.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°359 du 16 décembre 2011, avec le titre suivant : Catherine Millet, « D’Art press à Catherine M., Entretiens avec Richard Leydier »

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