Focus

Vente de La Belle Ferronnière, d’un suiveur de Léonard de Vinci

Vente du 28 janvier, New York, Sotheby’s

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 16 février 2010

Le 28 janvier, à New York chez Sotheby’s, la copie d’un tableau de Léonard de Vinci, dont l’original est exposé au Louvre, La Belle Ferronnière, a été adjugée 1,5 million de dollars (1,09 million d’euros), soit trois fois son estimation haute.

Le tableau avait pourtant été largement évalué, en tenant compte de la beauté de la copie et de la notoriété de l’œuvre originale et de son auteur. Venant des quatre coins de la planète, six chasseurs d’icônes muséales ont fermement bataillé pour décrocher la « Belle ». Un septième enchérisseur américain, qui est un véritable amateur de peinture ancienne, l’a emportée. Mais est-ce bien raisonnable d’acheter la copie tardive d’un maître de la Renaissance, fut-il aussi grand que Vinci, quand on peut s’offrir une œuvre originale de la même époque pour une somme équivalente, et même moindre ?

Dans la même vente, se trouvait, par exemple, un très beau Portrait d’Hans Jacob Fugger, l’un des représentants d’une des plus riches familles du Saint Empire romain germanique, peint en 1541 par Christoph Amberger, le plus grand peintre d’Augsbourg de son temps. Le panneau, mis en vente 300 000 dollars (213 000 euros) par le Los Angeles County Museum of Art, est monté à 1,2 million de dollars (854 000 euros). La veille, chez Christie’s, on pouvait aussi succomber à La Vision de saint François, petite huile sur cuivre de la fin du XVIe siècle par Ludovic Carrache, partie à 842 500 dollars (597 000 euros).

L’original sur bois
« Léonard de Vinci déclenche les réactions les plus folles. Cela est vrai pour tous ses tableaux conservés au Louvre. Beaucoup de gens fantasment sur la découverte d’œuvres d’atelier avec l’intervention de la main du maître », observe Vincent Delieuvin, conservateur chargé des peintures italiennes du XVIe siècle au Musée du Louvre. Il a pu comparer la copie de La Belle Ferronnière (sur photo) avec l’original du Louvre, peint à Milan vers 1495-1499 et entré très tôt dans les collections royales, sous Louis XII, comme l’atteste un inventaire de 1500. « Vinci peignait sur bois ce genre de portrait. Cette copie, assez jolie quoique scolaire, a été réalisée sur toile comme presque toutes les copies réalisées à partir du XVIIe siècle d’œuvres de grands maîtres des collections royales suscitant l’admiration et la convoitise de l’aristocratie. Outre la question du support plaçant chronologiquement la copie plus tard, subsistent d’autres différences dont le problème de la technique picturale plus libre et qui n’est pas celle de Vinci. »

Dans les années 1920, la famille Hahn, propriétaire de cette Belle Ferronnière, alors considérée comme un authentique Vinci, s’était lancée dans une longue bataille judiciaire contre un marchand londonien qui affirmait que le tableau était une copie. La justice n’avait pas pu trancher. En 1993, un spécialiste de l’artiste avait conclu que l’œuvre remontait à la première moitié du XVIIe siècle, ce qu’a confirmé une analyse scientifique des pigments. « S’il avait été authentique, ce tableau aurait valu plus de 250 millions de dollars », estime George Wachter, codirecteur international du département des tableaux et dessins anciens chez Sotheby’s.

SUIVEUR DE LÉONARD DE VINCI

Expert : George Wachter
Titre : La Belle Ferronnière, avant 1750, huile sur toile, 55 x 43,5 cm, collection Harry Hahn
Estimation : 300 000 à 500 000 dollars (213 000 à 355 000 euros)
Adjudication : 1,5 million de dollars (1,09 million d’euros)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°319 du 19 février 2010, avec le titre suivant : Vente de <em>La Belle Ferronnière</em>, d’un suiveur de Léonard de Vinci

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