Ventes publiques

Un dessin attribué à Léonard de Vinci découvert par Tajan

Par Nathalie Eggs · lejournaldesarts.fr

Le 13 décembre 2016 - 662 mots

PARIS

PARIS [13.12.16] – Après huit mois d’études, la maison de ventes aux enchères Tajan, assistée du cabinet de Bayser, a attribué un dessin représentant le martyre de saint Sébastien à Léonard de Vinci. L’expertise est confortée par Carmen C. Bambach, conservatrice au Met de New York.

Le martyre de saint Sébastien Léonard de Vinci
Léonard de Vinci (Attr.), Le Martyre de Saint Sébastien (recto), circa 1480, 19,3 x 13 cm
© Photo TAJAN

La maison de ventes aux enchères Tajan a dévoilé lundi 12 décembre un dessin représentant le martyre de saint Sébastien qu’elle attribue à Léonard de Vinci (1452-1519). L’expertise de Thaddée Prate, directeur du département des tableaux anciens chez Tajan, a été confortée par celle de deux autres experts : Patrick de Bayser, expert indépendant, et Carmen C. Bambach, conservatrice au département des dessins italiens et espagnols au Metropolitan Museum of Art (Met) de New York. L’œuvre est estimée 15 millions d’euros et doit être mise en vente en juin 2017. L’histoire, rapportée par The New York Times, remonte au mois de mars dernier, quand un médecin retraité rend visite à Thaddée Prate chez Tajan. Il lui présente 14 dessins, rassemblés par son père bibliophile, parmi lesquels une œuvre graphique sur papier (19,3 x 13 cm) à la plume et encre brune représentant le martyre de saint Sébastien attaché à un arbre. « Il fut transpercé de flèches sur ordre de Dioclétien pour avoir exhorté des amis à rester fidèles à leur foi », rappelle Tajan. A sa vue, Thaddée Prate a immédiatement le « sentiment que c’était un dessin intéressant du XVIe siècle qui nécessitait plus de recherches ».

En expertisant à son tour le dessin, Patrick de Bayser, qui travaille en collaboration avec la maison Tajan, remarque que le dessin a été réalisé de la main gauche – Léonard de Vinci était gaucher – et découvre deux schémas scientifiques au verso du dessin. Ces deux schémas, « l’un sur les ombres portées d’une bougie et l’autre sur l’effet des rayons lumineux et ombreux derrière un obstacle », sont complétés par « deux annotations fragmentaires, autographes et spéculaires, en distiques, caractéristiques de Léonard de Vinci » a précisé Tajan dans un communiqué. Quand le cabinet de Bayser sollicite l’avis de Carmen C. Bambach, conservatrice au Met qui a cosigné le commissariat de l’exposition « Leonardo da Vinci, Master Draftsman » en 2003, elle n’en revient pas et authentifie le dessin. Cette exposition, la première à présenter aux Etats-Unis les œuvres sur papier de Léonard De Vinci d’un point de vue chronologique, comportait en effet deux études de saint Sébastien parmi les « 8 sa(n) Bastiani » répertoriés dans le Codex Atlanticus, un corpus conservé à la Biblioteca Ambrosiana de Milan dans lequel Léonard de Vinci a dressé la liste des œuvres en sa possession. Ces deux études étaient les seules identifiées à ce jour : l’une est conservée au Musée Bonnat à Bayonne, l’autre à la Kunsthalle de Hambourg. « Ce troisième dessin que l’on peut dater des années 1480 est de loin le plus abouti des ébauches maintenant connues. Il atteint un paroxysme d’agitation et permet d’imaginer la peinture à laquelle ce projet aurait pu donner lieu mais qui n’a probablement jamais été réalisée par Leonard lui-même. » a indiqué Tajan.

La maison de ventes aux enchères a confirmé au Journal des Arts avoir effectué la demande de certificat de bien culturel, après avoir présenté l’œuvre aux conservateurs du Musée du Louvre à la fin du mois d’octobre. Le dessin a ainsi fait l’objet d’un examen approfondi pendant plusieurs jours, mais conformément à l’usage, les conservateurs ne se sont pas prononcés officiellement.

Deux options s’offrent à présent à l’administration française. Soit elle déclare l’œuvre « trésor national » afin d’empêcher son exportation et doit présenter, dans le délai de trente mois suivant le refus de délivrance de certificat, une offre d’achat tenant compte des prix pratiqués sur le marché international ; soit l’administration délivre un certificat de bien culturel, autorisant son exportation temporaire ou définitive de l’œuvre qualifiée de « bien culturel ». Une option souhaitée par Rodica Seward, Américaine d’origine roumaine propriétaire de Tajan.

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