Dimanche 19 janvier 2020

Art Basel

Test américain

Face à une économie américaine fébrile, Art Basel Miami Beach mise sur la clientèle sud-américaine

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 17 novembre 2010 - 692 mots

MIAMI BEACH - Comment se porte le marché américain ? Difficile de donner une réponse tranchée.

À lire le rapport du Fonds monétaire international publié le 6 octobre, la situation est morose. Les perspectives de reprise semblent obérées par l’importante dette du pays. L’Amérique ne serait pas non plus à l’abri d’un risque de déflation. Des prévisions qui pourraient plomber la foire Art Basel Miami Beach (Floride), prévue du 2 au 4 décembre. Par ailleurs, le principal sponsor de l’événement, la banque suisse UBS, se retrouve à nouveau sur la sellette. Après avoir dû livrer au fisc américain la moitié des 4 450 noms de ses clients résidant aux États-Unis, la banque fait l’objet d’une plainte collective déposée par le fonds de pension de la police de Pontiac. Celui-ci reproche à l’établissement d’avoir caché l’ampleur des investissements dans les produits à risques.
Reste que le marché de l’art semble déconnecté des réalités, quelles qu’elles soient ! Les ventes publiques de novembre à New York ont enregistré des résultats solides, surtout pour des valeurs sûres à fort pouvoir décoratif. « Les bonus n’ont jamais été meilleurs que cette année. L’argent qui alimente le marché de l’art est bien là. La phase où les gens se sentaient coupables d’acheter de l’art n’est plus d’actualité », affirme Marc Spiegler, codirecteur d’Art Basel Miami Beach. De fait, le salon a suscité 20 % de candidatures de plus qu’en 2009, année où il avait ramé pour faire le plein.

Cure d’amaigrissement 
Cette édition marque le retour d’une vingtaine de galeries, à l’instar des Londoniens Waddington, Anthony Reynolds, The Hotel et Herald St, de Donald Young (Chicago), Sprüth Magers (Berlin, Londres), Juana de Aizpuru (Madrid) ou Jocelyn Wolff (Paris). Ce dernier joue sur du velours avec Franz Erhard Walther, dont une grande exposition a commencé en octobre au Dia:Beacon, dans l’État de New York. Car à Miami, il est de bon ton d’avoir des artistes américains ou, du moins, appréciés en ces contrées. « Je pense que le marché américain est plus fort que l’image qu’en donne la situation économique, mais ce n’est un secret pour personne que, dans le contexte actuel, il soutient principalement les artistes américains, qu’ils soient établis, en milieu de carrière ou émergents », indique le galeriste berlinois Matthias Arndt. C’est pourquoi celui-ci portera un focus sur les artistes basés outre-Atlantique comme Ena Swansea, avec laquelle il avait fait un carton lors de la foire Armory Show (New York) en mars, et Vik Muniz. Mais le marchand sait aussi qu’en période d’incertitude il faut brasser plus large et attirer les nombreux collectionneurs latino-américains. D’où la présence aussi sur son stand d’œuvres de l’artiste péruvien William Cordova et du Cubain Enrique Martínez-Celaya, tous deux installés à Miami. Les acheteurs sud-américains pourraient d’ailleurs pallier l’éventuelle défaillance des clients états-uniens. Certains amateurs, comme l’Argentine Patricia Vergez, affichent des goûts aussi affinés qu’internationaux. Et ils ont l’enthousiasme contagieux. « Les Américains voyagent via les groupes de musées, alors qu’en Amérique latine il s’agit de réseaux personnels, précise Marc Spiegler. Ils emmènent avec eux leurs amis sur les foires. Une collectionneuse de São Paulo viendra ainsi cette année avec trente autres amateurs. »
Qu’ils soient latinos, américains ou européens, les visiteurs étaient sortis l’an dernier perturbés et irrités par un plan sans queue ni tête. Cette année, les organisateurs ont simplifié et clarifié l’aménagement. Tous les secteurs connaissent une cure d’amaigrissement. « Art Nova » passe ainsi de soixante-quatre à cinquante exposants. On y relève le face-à-face entre George Henry Longly et Anne Neukamp chez Valentin (Paris), le dialogue entre Mathew Hale et David Renggli chez Wentrup (Berlin) ou encore celui entre Liz Deschenes et Blake Rayne chez Sutton Lane (Paris). Désormais postés à l’entrée du salon, les « Art Positions » ne sont plus qu’au nombre de quatorze contre vingt-trois en 2009. Au programme notamment, l’Allemand Nikolas Gambaroff chez Balice Hertling (Paris). Même si l’Amérique favorise ses poulains, Miami ne tourne pas le dos à l’Europe.

ART BASEL MIAMI BEACH

- Directeurs : Marc Spiegler et Annette Schönholzer
- Nombre d’exposants : 266
- Tarif des stands : 560 dollars le mètre carré
- Nombre de visiteurs en 2009 : 42 000

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°335 du 19 novembre 2010, avec le titre suivant : Test américain

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