Mercredi 27 janvier 2021

Tableaux anciens

À sujet exceptionnel, prix exceptionnel

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 16 février 2011 - 719 mots

De nouveaux acheteurs russes et américains ont soutenu un marché très compétitif sur la place new-yorkaise.

NEW YORK - Les amateurs de tableaux anciens ont été particulièrement actifs, les 26 et 27 janvier à New York, chez Christie’s et Sotheby’s. De nouveaux acheteurs ont fait grimper les prix sur les œuvres de grande qualité, en compétition avec des marchands qui sont repartis bredouilles. Ainsi chez Sotheby’s, une huile sur panneau de Pierre Brueghel le Jeune, Retour de kermesse, a-t-elle été emportée par un collectionneur privé contre le marchand londonien Johnny Van Haeften, au prix record de 4,5 millions de dollars (3,3 millions d’euros), au-dessus de l’estimation haute de 3 millions de dollars. Dans la même vente, une très fine composition hollandaise du XVIIe par Gerrit Dou, représentant une vieille femme dans un intérieur, a aussi échappé au marchand. Estimée 2 à 3 millions de dollars, la peinture a été acquise par un particulier pour 5,3 millions de dollars (3,9 millions d’euros), soit également un prix record pour l’artiste.

Un goût en évolution

Nicolas Joly, directeur du département Tableaux anciens de Sotheby’s France, constate un renouvellement des acheteurs. « Il existe un vrai réservoir de collectionneurs aux États-Unis. Les acheteurs russes ont aussi été très actifs sur de nombreux lots», précise-t-il. Un Russe a décroché une Madone aux cerises (vers 1510-1530) par Giampietrino, disciple de Léonard de Vinci, pour 2,7 millions de dollars (2 millions d’euros). Le tableau était estimé au mieux 900 000 dollars. Chez Christie’s qui avait une vente moins fournie, mêlée de tableaux XIXe, on note également une forte présence des acheteurs russes aux côtés des américains, mais aussi « des clients d’Amérique du Sud et d’Asie », relève Nicholas Hall, codirecteur international du département.

Le marché des tableaux anciens reste cependant extrêmement sélectif. Le goût des acheteurs a évolué : les sujets exceptionnels sont très recherchés. « Il y a un tassement pour les tableaux classiques, vus et revus », confirme Cécile Bernard, directrice du département Tableaux anciens de Christie’s France. La maison de ventes a vu s’envoler, au triple de son estimation, une composition de Melchior d’Hondecoeter, mettant en scène plusieurs spécimens d’oiseaux et un singe. Le tableau est parti à 1,6 million de dollars (1,2 million d’euros) chez un collectionneur européen, un prix record pour le peintre hollandais.

Si D’Hondecoete a peint de nombreuses œuvres sur ce thème, celle-ci était éclatante de couleurs et captivait le regard, notamment par la présence d’un saisissant perroquet au centre de la composition. Pour Cécile Bernard, « la force de l’image a payé ». Chez Sotheby’s, une Allégorie aux masques exécutée en 1627 par Willem Willemsz Van der Vliet, artiste de second rang, a créé la surprise. Le tableau, qui faisait la couverture du catalogue, a été adjugé à un particulier au prix record de 2,9 millions de dollars (2,1 millions d’euros), contre une estimation haute de 1,8 million de dollars. « Il a été poussé pour son sujet singulier un peu étrange », commente Nicolas Joly.

Les grands maîtres de la peinture se vendent d’abord pour le prestige de leur nom. Mais les prix décollent vraiment quand les sujets sont exceptionnels. Ainsi Sotheby’s a-t-elle vu une spectaculaire marine de Joseph Vernet, digne des chefs-d’œuvre exposés au Musée de la marine à Paris, partir dans une collection américaine pour le prix record de 7 millions de dollars (5,1 millions d’euros), contre une estimation haute de 2 millions de dollars. Plusieurs marchands et institutions avaient bataillé pour l’obtenir.

En revanche, bien que rarissime sur le marché, une composition classique du Titien, Conversation sacrée, a été vendue au prix de réserve, soit 16,8 millions de dollars (12,3 millions d’euros), à un amateur privé. Cette enchère constitue néanmoins un record pour l’artiste. Enfin, une des œuvres les plus excitantes de la vente était un tableau illustrant La Sainte Famille avec l’enfant saint Jean le Baptiste par Perino del Vaga, disciple de Raphaël. Estimée 400 000 dollars, cette huile sur panneau, conservée dans un état exceptionnel, a été adjugée 2 millions de dollars (1,5 million d’euros) au Metropolitan Museum of Art de New York, contre le Musée du Louvre à Paris.

CHRISTIE’S, 26 JANVIER

Estimation : 30 à 40 millions de dollars
Résultats : 36,6 millions de dollars (26,8 millions d’euros)
Nombre de lots vendus/invendus : 210/89
Lots vendus : 70%
Valeur : 70%


SOTHEBY’S, 27 JANVIER

Estimation : 65 à 92 millions de dollars
Résultats : 90,6 millions de dollars (66,2 millions d’euros)
Nombre de lots vendus/invendus : 252/125
Lots vendus : 67 %
Valeur : 84 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°341 du 18 février 2011, avec le titre suivant : À sujet exceptionnel, prix exceptionnel

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