Ventes publiques

ARTS PREMIERS

Ruée sur les derniers lots de la collection Vérité

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 29 novembre 2017 - 655 mots

PARIS

Onze ans après une première dispersion historique, la collection Vérité revient et s’achève sur un record mondial pour l’art océanien.

Paris. Vérité. Plus qu’un nom, une référence absolue pour les collectionneurs d’arts d’Afrique et d’Océanie. Depuis juin 2006 et la dispersion par Enchères Rive Gauche à Drouot de l’emblématique collection d’arts primitifs de Pierre et Claude Vérité, quelques jours seulement avant l’ouverture du Musée du quai Branly, le marché a changé. À l’époque, la vente avait totalisé 44 millions d’euros en trois vacations et plus de 500 lots (estimation 12 à 17 M€), parmi lesquels un masque blanc Ngil Fang (Gabon) acquis pour près de 6 millions d’euros par Liliane Bettencourt et offert au photographe François-Marie Banier.

La dernière page vient de se tourner chez Christie’s le 21 novembre où, en collaboration avec le marchand parisien Alain de Monbrison, Claude Vérité, le fils de Pierre, s’est séparé de ses derniers chefs-d’œuvre d’art d’Afrique, d’Océanie et d’Amérique du Nord dont la plupart étaient inconnus. La vente a été un succès. Totalisant 16,7 millions d’euros frais compris, elle a plus que doublé son estimation haute établie à 7 millions (hors frais de vente). « Il y a eu un bel enthousiasme de la part des acheteurs et nous avions estimé les objets de manière très conservatrice, en mettant des estimations attractives. Claude Vérité avait vraiment décidé de tout vendre pour donner le produit de la vente à ses filles », a précisé Alain de Monbrison. Sur les 198 lots, 23 sont restés invendus, essentiellement des pièces peu importantes ou qui ne sont pas à la mode.
 

Intérêt accru pour l’art océanien

Si les arts d’Afrique dominaient la vacation, 30 % de la vente concernaient des œuvres d’art océanien. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il a fait de l’ombre à l’art africain. Les trois pièces les plus chèrement négociées s’y rattachaient. La vente du dieu de la guerre Ku-ka’ili-moku, une statue hawaïenne de style Kona, vers 1780-1820, a ainsi établi un nouveau record mondial pour une œuvre d’art océanien aux enchères. Estimée autour de 2 millions d’euros – « parce qu’en dessous, Claude Vérité n’était pas vendeur », a confié le marchand –, elle a atteint 6,3 millions d’euros. « L’acheteur a vraiment fait une affaire car il n’y a pas d’œuvre équivalente sur le marché actuellement », a-t-il poursuivi.

Une statue d’ancêtre Uli, Nouvelle-Irlande, exposée à la galerie Pigalle en 1930, a été adjugée 2,9 millions d’euros et, en troisième position, c’est une figure Tiki des îles Marquises qui a été emportée à 847 500 euros. « Les prix de l’art océanien ont beaucoup augmenté ces dernières années, faisait remarquer Alain de Monbrison. Il y a un intérêt important car les objets, qui ont pratiquement tous été collectés jusqu’aux années 1920, sont rares, contrairement à l’art africain où il y a pléthore. » Charles-Wesley Hourdé, marchand à Paris, commentait pour sa part : « Les résultats sont encourageants et montrent que le marché est actif à tous les niveaux. Pour le haut de gamme mais également pour les pièces moyenne gamme, un marché réputé difficile. »

Cette vente de collection était suivie le lendemain d’une vacation réunissant les œuvres de divers amateurs. Totalisant 4,6 millions d’euros, soit 3,9 millions prix marteau, un montant proche de l’estimation basse hors frais (3,5-5,3 M€), « cette dernière était sur le papier moins attractive, mais ici aussi les résultats sont positifs et le marché est actif à tous les niveaux de prix », soulignait Charles-Wesley Hourdé. Là encore, l’art océanien a souvent damé le pion à l’art africain. C’est d’ailleurs un bâton de divinité hawaïen qui a remporté la mise à 895 500 euros.

En tout, les deux ventes ont rapporté 21,3 millions d’euros, soit le plus haut total pour Christie’s Paris dans la discipline mais également le plus haut montant pour une vente d’arts primitifs depuis la première vente Vérité en 2006.

 

Toutes les estimations sont indiquées hors frais acheteur tandis que les résultats sont indiqués frais compris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°490 du 1 décembre 2017, avec le titre suivant : Ruée sur les derniers lots de la collection Vérité

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