Mercredi 17 octobre 2018

Trois questions à

Pierre Nahon, galeriste parisien

« L’envie va vers ce qui est très contemporain »

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 8 juillet 2004 - 684 mots

 Comment voyez-vous le marché de l’art contemporain ?
Le marché est euphorique. On peut même se demander si ce n’est pas une bulle qui pourrait éclater. Nous ne sommes pas en 1988-1990, car cette frénésie ne touche qu’un certain nombre d’artistes contrairement au passé. Mais les prix sont exceptionnellement hauts. Je n’ai jamais connu le marché aussi porteur. Depuis le 1er janvier, date à laquelle nous avons fermé [le château de Notre-Dame des Fleurs] à Vence (Alpes-Maritimes) [lire le JdA n° 190, 2 avril 2004], nous vendons autant, sinon plus, que lorsque nous étions ouverts. L’art moderne ne subit pas cette même demande. Pour le prix de la Ballade de Trotsky, de Maurizio Cattelan, on peut avoir un Matisse. L’envie va vers ce qui est très contemporain. Je constate qu’il y a des collectionneurs qui avaient laissé leur collection en sommeil et qui commencent à se réveiller. Les collectionneurs sont à 95 % d’entre eux des spéculateurs conscients ou inconscients. Tout à coup, ils se rendent compte qu’en achetant des choses très récentes il y a des profits à faire. De l’autre côté, il y a des jeunes collectionneurs, entre 35 et 40 ans, qui, plutôt que de commencer avec des œuvres des années 1960-1970, se lancent dans les années 1990-2000. Entre un Léger ou un Jeff Koons, un yuppie de 40 ans choisit le second.

Quelles œuvres vous ont marqué récemment ?
À la dernière vente de Tajan en art moderne et contemporain, j’ai vu une très belle gouache de la fin de la vie de Léger. Elle était très spectaculaire et je me demandais ce qu’elle faisait dans cette vente très classique. J’étais au téléphone pour l’acheter, mais elle a fait le double des prévisions. Dans le même genre de déception, chez Christie’s, j’avais vu dans leur vente de bijoux, à Paris, une paire de bagues ornées d’une perle, pour l’une blanche, pour l’autre grise, estimée 800-1 000 euros. Le jour de la vente, la mise à prix a commencé à 800, alors que c’était supposé être l’estimation, et la paire a fait 24 000 euros. Je n’appelle pas ça de l’expertise ! À Bâle, j’ai eu des coups de cœur, mais je n’ai rien acheté. J’avais aimé la tirelire de Damien Hirst que White Cube proposait pour l’équivalent de 240 000 dollars alors qu’il s’agit d’une édition. Chez Barbara Gladstone, j’ai aimé un grand autoportrait de Matthew Barney, présenté pour 150 000 dollars. Mais actuellement, je suis plus vendeur qu’acheteur.

Quelle est votre actualité ?
Nous vendons une partie de notre collection le 18 juillet à Vence par le biais de Sotheby’s. La vente se présente bien. Des Américains m’en ont parlé. Des Anglais ont déjà réservé leur chambre à Vence. Parmi les objets qui partiront, je regretterai sans doute la plaque Femme de César, d’autant plus que je pourrais lui trouver une place à Paris. Marianne regrettera peut-être une partie des livres. L’idée des livres est venue plutôt de Sotheby’s. J’ai fait une sélection sur des choses que je ne regardais plus depuis longtemps, comme la série des Minotaure et de Verve. Nous quittons Vence pour revenir sur Paris avec plusieurs projets. Dans notre espace parisien, nous organiserons en novembre ou décembre une exposition sur le principe d’un vernissage, suivi d’un dîner de 200 personnes, et le lendemain, on oublie. J’ai aussi commencé à coproduire avec une galerie une exposition qui commencera en France avant d’aller en Italie, mais je n’en dirai pas plus car je ne veux pas que mon nom apparaisse. L’autre projet est de monter une chaîne de télévision câblée sur l’art, qui tablerait sur 50 000 téléspectateurs. Nous sommes en train de racheter une chaîne existante mais moribonde. J’aimerais qu’il y ait vingt-quatre heures sur vingt-quatre des programmes, que ce soient de l’opéra, des visites d’ateliers ou d’expositions, ou encore du théâtre. Vous imaginez une caméra placée au fond de la salle quand il y a eu l’adjudication de 104 millions de dollars pour le Garçon à la pipe ? Aucune chaîne ne passe malheureusement une vente publique de deux heures, alors que cela peut être un spectacle.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°197 du 8 juillet 2004, avec le titre suivant : Pierre Nahon, galeriste parisien

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