Art contemporain

Paris résiste avec des ventes classiques

Par Éléonore Thery · Le Journal des Arts

Le 22 juin 2016

Emmenées par Sotheby’s, les ventes parisiennes se sont maintenues comportant
de nombreuses œuvres de Dubuffet ou d’artistes d’origine asiatique.

PARIS - Depuis le deuxième trimestre 2015, les spéculations vont bon train sur un effondrement du marché de l’art contemporain. De fait, ces premiers mois de 2016, à New York comme à Londres, ont été constatés une baisse conséquente des volumes de ventes et un recul des prix. Paris, de son côté, n’affiche pas les résultats flamboyants de l’an passé, mais parvient à résister.

Certes, chaque société avait pris soin de faire une communication globale sur ses ventes, incluant celles du jour pour gonfler les totaux. Le nombre de lots dépassant le million a réduit – six cette année contre dix en 2015 – et les taux de ventes (sauf chez Sotheby’s) ne sont pas aussi flatteurs que l’an dernier. Mais un bon niveau de transactions a été maintenu, Sotheby’s très largement en tête. « Paris fait exception, avec Hongkong », confirme Stefano Moreni, directeur du département d’art contemporain de la société, qui poursuit : « c’est intéressant, dans cette période où l’on n’a cessé de prédire que la bulle de l’art contemporain allait exploser ». Les sociétés avaient joué la prudence, avec des lots assez classiques. C’est avec cette stratégie que Sotheby’s est parvenue à totaliser 20 millions d’euros pour sa vente du soir, l’un de ses meilleurs montants, même si légèrement en deçà de son résultat record de l’an passé. « Nous présentions une vente d’artistes reconnus, peu sujets aux fluctuations et ainsi obtenu des résultats très satisfaisants, en ligne avec 2015 », explique le spécialiste. La vente du soir de Christie’s ne totalisait que 10,4 millions d’euros, une baisse de 41 % par rapport à l’an passé, mais la présentation parallèle de la vente Marcie Rivière, comprenant plusieurs lots d’art moderne et contemporain, venait bouleverser le traditionnel programme (lire article ci-contre). Artcurial, qui avait tenté une vente unique l’an passé, avait à nouveau dédoublé ses ventes du jour et du soir. Avec 4,1 millions d’euros de résultat, cette dernière n’est pas parvenue pas à se hisser à son estimation, accordant son plus haut prix, de 970 200 euros, à une Nature morte au poêlon blanc (1955) de Nicolas de Staël.

Dubuffet omniprésent
Les Américains ont capté les plus hauts prix, Basquiat chez Sotheby’s (2,6 millions d’euros) ou Calder et Cy Twombly dans le « top 10 » de Christie’s, mais plusieurs Français n’ont pas démérité, Soulages ou Klein chez Sotheby’s ou Dubuffet, sur la première marche du podium chez Christie’s. Ce chantre de l’art brut, qui avait vu un nouveau record établi à New York à plus de 20 millions d’euros en mai 2015, était présent en nombre cette saison, à travers plusieurs de ses grands cycles. Chez Christie’s, Paris Circus était présenté avec le joyeux Rue Montmartre (1962, 1,3 million d’euros), ou Partitions avec Bénéfice du doute (1980, 649 500 euros) aux côtés de deux autres œuvres. Sotheby’s comptait, quant à elle, cinq œuvres dans sa vente du soir, telles Table grumeleuse de 1951 (387 000 euros) ou Cafetière et Carafe issue de « l’Hourloupe » (1965, 363 000 euros). Artcurial, encore, cédait Lieu de coïncidence (1975, 598 200 euros). « Il y a un vrai intérêt pour les œuvres de Dubuffet, renforcé par l’exposition à la fondation Beyeler, ou celle de ses premières œuvres à la galerie Acquavella. Ce n’est qu’un juste rattrapage, car, artiste majeur du XXe, il était sous-côté. Aussi étant donné l’étendue des recherches et de son esthétique, il plaît à des acheteurs très diversifiés », explique Stefano Moreni.

Il est intéressant de noter que la présence des artistes d’origine asiatique liés à la France, déjà constatée ces dernières saisons, se renforce. « Des artistes qui se vendent de plus en plus à des collectionneurs européens », indique Hugues Sébilleau, responsable du département d’art contemporain chez Artcurial. Sans que leur importance soit comparable à celle de l’an dernier, on retrouvait ainsi neuf œuvres de Zao Wou-Ki dans la vente de Sotheby’s, dont l’une en collaboration avec Germaine Richier, trois dans la vente de Christie’s et une dans la vente d’Artcurial, une huile ovale dans les bleus profonds de 1984 (573 400 euros). « Zao Wou-Ki obtient des prix très importants en Asie, mais ceux réalisés ici sont finalement très comparables », précise Hugues Sébilleau.

Shiraga était également présent chez Sotheby’s (Uchoten, 1994, cédée 2,1 millions d’euros) ou Chu-Teh-Chun chez Christie’s. De l’avis général, la clientèle internationale reste présente, réalisant autour de 70 % des achats. « Cette présence que l’on pouvait croire conjoncturelle, devient structurelle. Ce qui est intéressant, c’est que cette clientèle internationale, qui pouvait enchérir sur des artistes internationaux, navigue de plus en plus dans le catalogue, et enchérit de plus en plus sur les Français », explique Stefano Moreni.

Toutes les estimations sont indiquées hors frais et les adjudications frais compris.

ARTCURIAL, Art d’après-guerre et contemporain, vente du soir, le 6 juin

Résultat : 4,10 M €
Estimation : 4,40 M €
Nombre de lots vendus : 18 sur 29 (62 %)

SOTHEBY’S, Art contemporain, vente du soir, le 7 juin

Résultat : 19,80 M€
Estimation : 13,4-19,90 M€
Nombre de lots vendus : 40 sur 43 (93 %)

CHRISTIE’S, Art contemporain, vente du soir, le 8 juin

Résultat : 10,40 M €
Estimation : 8,5-12,20 M €
Nombre de lots vendus : 28 sur 35 (80 %)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°460 du 24 juin 2016, avec le titre suivant : Paris résiste avec des ventes classiques

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