Dimanche 17 janvier 2021

Foire

OVNi à Nice trace son sillon sur le difficile marché de la vidéo 

Par Christine Coste · lejournaldesarts.fr

Le 27 novembre 2018 - 725 mots

NICE

Le salon Camera Camera qui vient de se tenir à Nice, confirme la vitalité créatrice de la vidéo mais aussi l’étroitesse de son marché.

Pauline Bastard, <em>Construire les liens familiaux</em>, projet, depuis 2017 / Galerie Eva Hober
Pauline Bastard, Construire les liens familiaux, projet, depuis 2017 / Galerie Eva Hober
© Pauline Bastard

Le festival Objectif Vidéo Nice a fédéré du 16 au 25 novembre différents lieux artistiques de la ville autour de l’image en mouvement : du Palais Lascaris à la Station et du forum d’urbanisme et d’Architecture au 109, associant sur le parcours galeries, ateliers et même particuliers. 

Les deux autres volets de la manifestation, le salon Camera Camera et OVNi à l’hôtel proposés durant le week-end du 24-25 novembre, ont élargi les propositions notamment à l’hôtel Windsor, cœur et matrice de ces trois événements nés à l’initiative d’Odile Redolfi-Payen, propriétaire de cet hôtel connu pour ses chambres dont la décoration a été confiée à des artistes (Claudio Parmiggiani ,Raymond Hains, Cécile Bart).

Sous le commissariat d’Haily Grenet, le salon Camera Camera s’est installé pour sa deuxième édition au Windsor où 21 galeries ont investi 21 chambres tandis que la Galerie Continua projetait dans le jardin une vidéo de Sisley Xhafa et que les Amis du Palais de Tokyo proposés au dernier étage une sélection de vidéos d’artiste prêtées par certains de ses membres. 

Exceptées les deux galeries genevoises, dont Air Project et son installation de Romain Vicari très remarquée, le parterre se composait essentiellement d’enseignes parisiennes (11), niçoises (3) ou régionales (5) telles que Double V de Marseille et son duo percutant Ugo Schiavi et Sylvain Couzinet-Jacques, Sintitulo de Mougins avec le troublant Sébastien Arrighi ou la galerie Claire Gastaud de Clermont-Ferrand au solo show de Samuel Rousseau particulièrement poétique. 

Parmi les 11 nouvelles enseignes participantes on relève les galeries parisiennes Véronique Smagghe, Éric Mouchet, Dix 9 - Hélène Lacharmoise, 22,48m2 avec des nouvelles pièces truculentes sur l’intime du duo Emilie Brout & Maxime Marion et la galerie Eva Hober qui présentait Construire des liens familiaux de Pauline Bastard, lauréate du prix de la meilleure vidéo, récompensé d’un chèque de 10 000 € remis par la Compagnie de Phalsbourg, son mécène. 

Les propositions de grande qualité, surtout de la part d’une jeune génération d’artistes et de galeristes, ne manquaient pas. L’appropriation de la jeune performeuse Pauline Brun de la chambre Lawrence Weiner (galerie Eva Vautier, Nice) ouvrait ainsi à une installation pétillante combinant vidéos, longs cheveux bruns suspendus aux ventilateur et draps, tapis bombés de couleurs pastels en résonnance avec le décor de la chambre n° 37 imaginé par Lawrence Weiner. 

Les prix variaient de 900 € à 45 000 € pour le fascinant Clouds of Petals de Sarah Mahoyas présenté par Pact (Paris) et édité en 4 exemplaires. Reste désormais à l’intérêt manifesté par certaines institutions ou certains particuliers à se concrétiser. 

Pour expliquer le manque de vitalité marchande du salon certains avançaient le changement de date de LOOP Fair, la manifestation de référence en ce domaine organisée depuis 15 ans à Barcelone et dont les organisateurs ont déplacé la date du festival et de la foire de mai à novembre, du 15 au 17 novembre plus précisément pour la foire. Une semaine d’écart entre les deux c’est bien peu surtout pour un marché de niche.

Certes les institutions ou fondations achètent beaucoup plus qu’il y a dix ans compte tenu de la créativité de la vidéo et de sa place désormais dans les différents prix prestigieux décernés chaque année tels que le prix Marcel Duchamp ou Turner Prize. Reste que les collectionneurs sont encore peu nombreux et les primo acheteurs quasi inexistants. 

De fait, les collectionneurs tels que Françoise et Jean-Claude Quemin demeurent encore une poignée, et leur soutien discret dès la première heure à OVNi et à son salon Camera Camera reste une exception. « La reconnaissance de la vidéo est patente, celle des institutions constitue à cet égard un encouragement pour les artistes ou les galeristes mais les collectionneurs restent frileux », note Jean-Claude Quemin. 

Les difficultés de la vidéo sur le marché de l’art sont également liées aux exigences spatiales de la vidéo ou de l’image en mouvement souvent inadaptées ou compliquées pour un particulier, la question de son support de diffusion se posant régulièrement dans les foires. « Elles tiennent aussi à l’absence d’un second marché », souligne Jean-Claude Quemin. Quant aux soutiens des collectivités territoriales à une manifestation comme Ovni, ils s’avèrent encore bien timides, 8 000 € pour la ville de Nice. 
 

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