Art contemporain

ART CONTEMPORAIN

Othoniel, de la perle à la brique

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 27 mars 2019 - 697 mots

Le sculpteur présente ses derniers travaux en verre et habille les cimaises de la galerie Perrotin de briques déclinées en couleurs monochromes et matériaux nouveaux.

Paris. Un retour et un tournant : cela fait en effet six ans que Jean-Michel Othoniel (né en 1964) n’a pas exposé à Paris. Certes, depuis « Les nœuds de Babel », début 2013 à la même galerie Perrotin, l’artiste a été présenté chez Perrotin Hongkong en 2014 et Perrotin New York, dont il a célébré l’ouverture de tous les espaces sur Orchard Street en mars dernier. Il s’est également vu offrir plusieurs expositions dans des institutions et musées dans le monde entier et notamment en France, au Crac (Centre régional d’art contemporain) de Sète l’été 2017 et au Musée d’art moderne de Saint-Étienne au printemps 2018. C’est à Sète qu’il a d’ailleurs pour la première fois montré une immense et superbe installation en forme de vague composée de briques de verre dans des tonalités noires. Presque un comble pour un artiste qui, avant l’utilisation de ce nouveau module, a toujours travaillé avec des perles de verre plus proches des gouttes d’eau que de la forme parallélépipédique de la brique. À l’origine de cette nouvelle approche amorcée à partir de 2009, il y a un premier voyage en Inde, où il est allé rencontrer les verriers de Firozabad et au cours duquel il a découvert ces murets de briques au bord des routes, signes d’espoir, pour leurs propriétaires, de pouvoir construire un jour une maison.

Rivière bleue et muret jaune

À Paris, pour cette exposition intitulée « Oracles », qui dessine un réel tournant dans sa carrière, car entièrement bâtie autour de ce nouveau module, Othoniel a choisi de montrer les différentes déclinaisons de couleurs et de matériaux auxquels il a procédé. On voit donc aussi bien les briques noires de la grande vague précitée que des briques bleu azur, utilisées par la suite, qui composent au sol une longue Rivière bleue (8,30 m de long sur 2,20 m de large) animée d’un mouvement né de l’illusion de vaguelettes. Mais on découvre aussi, car totalement inédites, des briques de couleur ambre, alignées au mur, clin d’œil au chemin en briques jaunes du magicien d’Oz, de même qu’à Donald Judd, ou érigées en une sorte d’autel ou de muret, comme « un petit pan de mur jaune », lumineux, pour cet amateur de Proust. Dans sa recherche, Othoniel est même allé chercher encore un autre jaune plus clair, qu’il décline en cubes, Precious Stonewall (jaune), un jaune soufre, en rappel de ce matériau (le soufre) qu’il utilisait à ses débuts et qui l’a fait connaître. L’exposition révèle aussi ce glissement encore plus récent vers un autre matériau, l’inox poli, qui lui permet de donner plus de solidité à ses briques, grises cette fois, soit mat soit brillant avec effet miroir, et donc de construire des structures plus importantes. Un bel exemple nous en est donné avec Agora [voir illustration], un tumulus (4,28 m de haut, composé de 2 700 briques), à l’intérieur duquel on peut rentrer, s’asseoir, discuter, puisqu’il évoque l’idée de la parole, libre, à l’abri du monde extérieur. Ce nouveau matériau permet à l’artiste d’aller de plus en plus vers la « sculpture-architecture » selon ses propres termes et de s’ouvrir à l’espace public. Certes ce désir n’est pas nouveau, à l’exemple du fameux Kiosque des noctambules qu’il a réalisé dès 2000, place Colette, à Paris, à la sortie du métro Palais royal, mais il prend de plus en plus de place dans la démarche de l’artiste.

Entre 35 000 et 135 000 euros pour les œuvres de dimensions classiques (Agora mis à part, puisque de dimensions variables), les prix sont cohérents pour l’un des artistes français les plus présents sur la scène internationale. Othoniel bénéficie en effet d’un marché bien établi et se voit de plus en plus sollicité de par le monde : à la fois pour des expositions importantes dans des musées et pour des projets monumentaux dans l’espace urbain, comme à Tokyo, Dallas, San Francisco... ou au Qatar où il inaugurera prochainement 114 fontaines devant le National Museum de Doha, signé Jean Nouvel. Pour ce type d’œuvres, les prix varient évidemment en fonction du projet.

Jean-Michel Othoniel, Oracles,
jusqu’au 8 juin, galerie Perrotin, 10 passage Saint-Claude, 75003 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°520 du 29 mars 2019, avec le titre suivant : Othoniel, de la perle à la brique

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