Photo

MIA a les ambitions d’une grande

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 21 mai 2013 - 803 mots

La première foire de photo en Italie peine à convaincre les acheteurs malgré une offre de qualité et des prix réduits.

MILAN - Milan Image Art Fair (MIA) a la fraîcheur des initiatives audacieuses. La troisième édition de MIA qui s’est déroulée du 9 au 12 mai à Milan le prouve une nouvelle fois cette année avec, comme d’habitude, un parterre de deux cents galeries essentiellement italiennes et un principe auquel le collectionneur de photographies Fabio Castelli, son fondateur, ne déroge pas : présentation d’une œuvre, d’un photographe, sur un seul stand de 12 m2, voire d’un deuxième ou troisième auteur, à condition simplement de louer pour chacun un espace supplémentaire de 12 m2. Le tarif de location de 3 200 euros net est à la hauteur d’un marché photo encore en balbutiement en Italie et bien en deçà de ce qui se passe en France et dans le nord de
l’Europe.

Première et unique foire dédiée à la photographie en Italie, « MIA ambitionne de donner au médium toute sa place dans les collections d’art italiennes peu ouvertes à la photographie, notamment auprès des collectionneurs d’art contemporain particulièrement nombreux dans la péninsule », explique Fabio Castelli qui souhaite montrer à ces derniers qu’« ils peuvent acheter des œuvres à des prix intéressants, tout en construisant des repères pour ceux qui aimeraient entamer ou qui ont déjà entamé une collection. » Ni le marasme politique ni la crise économique vécus par son pays n’entament sa confiance sur le devenir de ce marché. Les visiteurs (principalement italiens) sont d’année en année plus nombreux, les prix de vente des vintages – notamment pour la photographie néoréaliste italienne – sont particulièrement attractifs et les galeries italiennes spécialisées dans la photographie, sont solidaires de l’entreprise menée depuis trois ans par Fabio Castelli en faveur du médium. D’ailleurs, beaucoup d’entre elles affichent une foi que ne vient teinter aucun pessimisme sur le niveau de vente, en général faible à part quelques exceptions : comme chez Podbielski Contemporary et Michela Rizzo, forts du succès des ventes des grands et moyens formats de la percutante série « What we want » de Francesco Jodice, aux tirages vendus entre 9 000 et 20 000 euros selon le format.

Un intérêt à éveiller
« Les potentialités existent. L’intérêt pour la photographie est croissant, mais pas encore mature », souligne Tommaso Stefani créateur en 2009 à Bologne de la galerie Artistocratic qui propose des sublimes vintages de trois grandes figures de la photographie italienne : Mario Giacomelli, Ferdinando Scianna et Gian Paolo Barbieri. Le collectionneur photo Marco Antonetto, fondateur en 2010 à Lugano de la galerie Photographica Fine Art, le constate aussi de son côté : « les Italiens ont encore tout à découvrir en matière de photographie qui demeure difficile à vendre comparée à l’art contemporain. » Pour preuve, la rare série de vintages de Luigi Ghirri, vendus entre 6 500 et 9 000 euros, qui auraient certainement trouvé acquéreurs à Paris Photo dès le premier jour de la foire, mais qui  trouve ici difficilement son public d’acheteurs.
À la partie réservée aux livres photo et à la microédition italienne comme européenne, l’analyse est identique. Peu de clients au final. « Pourtant les collectionneurs de livres rares ou épuisés peuvent trouver des trésors à des prix moitié moindres qu’en France », note Benoît Grimbert, auteur de Lips that would kiss chez Bartleby & Co, éditeur belge présent parmi tant d’autres de la microédition européenne et italienne.

MIA s’avère de fait une source de réjouissance à la fois pour ceux qui s’intéressent à la photographie italienne des années 1960 à 1980 et aux photographes italiens actuels, même si pour cette dernière partie, l’inégale qualité de la création peut brouiller l’image de la foire. MIA est à ce titre un miroir tranchant des évolutions esthétiques, graphiques de la photographie italienne. Photographie passée en cinquante ans d’un noir et blanc vivant, subtil, incarné de vies, de visages, de chair et d’instants suspendus (délicieux Piergiorgio Branzi et Ugo Mulas !) à des images grand format, en couleurs, de villes modernes, de lieux en déshérence, de paysages laconiques ou de récits biographiques ou fictionnels teintés de mélancolie. Visions contemporaines où se distinguent entre autres : Marina Paris (Galleria Pack), Mario Daniele (Con-Temporary Art Gallery Paola Sosio), Gianpiero Fanuli (Riccardo Costantini Contemporary), Riccardo Varini (SpazioFarini) et Bruno Cattani (Sabrina Raffaghello Arte Contemporanea). Mais aussi les Français Olivier Durrande (ABF Scatola Chiara), Aurélie Pétrel (Bloo Gallery) et l’Argentin Leandro Quintero (Podbielski Contemporary).
En octobre 2014, MIA inaugura dans le cadre du Festival photo de Singapour sa première édition en Asie du Sud Est. Un déploiement dont l’articulation de  40 % de galeries d’Asie et du Pacifique (60 % étant réservé aux galeries du reste du monde) reposera sur le même principe du solo show. Petite, MIA a l’appétit des grandes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°392 du 24 mai 2013, avec le titre suivant : MIA a les ambitions d’une grande

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