Samedi 7 décembre 2019

L’œil de Grosz sur New York

La galerie Tendances dévoile des photographies inédites de l’artiste

Le Journal des Arts

Le 27 septembre 2002 - 541 mots

Pour la première fois, les photographies de l’artiste allemand George Grosz sont présentées en France. La galerie Tendances consacre ses cimaises à une trentaine de tirages de ces images inédites, accompagnées de quelques dessins de l’artiste.

PARIS - On connaissait George Grosz peintre, dessinateur et illustrateur ; désormais l’artiste s’imposera également pour ses images photographiques. Cet artiste d’origine allemande à la carrière partagée entre son pays natal, qu’il quitte en 1933 au moment de l’arrivée au pouvoir d’Hitler, et les États-Unis dont il devient citoyen en 1938, est inclassable. “On peut dire que Grosz est un expressionniste au sens où ses œuvres sont empreintes de l’expression maximale de ses convictions, mais pas selon le sens plus général qui désigne les fauves allemands”, considère Michèle Heyraud, co-directrice de la galerie Tendances. Elle confesse une curiosité sans fin pour les œuvres de l’artiste, que son stand présentait déjà à la Fiac 2001 : “Grosz est passionnant, et sa vie est parsemée de pratiques artistiques ponctuelles, comme c’est le cas pour la photographie.”

La carrière de photographe de George Grosz est effectivement très courte puisqu’elle commence le 26 mai pour se terminer le 5 juin 1932. Invité à dispenser des cours pendant l’année 1932 à l’Art Students League de New York, l’artiste quitte Berlin pour rencontrer cette Amérique tant imaginée, dont l’image véhiculée sur le Vieux Continent est le support de nombreux rêves. Il part seul et achète un appareil photographique Leica, sans doute pour pouvoir ramener des traces de son séjour et montrer à son entourage la ville de New York. Durant la traversée de l’Atlantique, l’artiste apprivoise son nouvel appareil. Quelques photographies immortalisent le voyage, mais New York reste le principal sujet. Les vues de la ville ont toutes été réalisées le lendemain ou le surlendemain de son arrivée, soit les 4 et 5 juin. Ce sont les images d’un amateur, puisque Grosz n’était pas rompu à la technique photographique. Toutefois, le regard qu’il porte sur la ville est celui d’un peintre à l’observation subtile. Les prises de vues sont la matérialisation de sa perception, et rejoignent par leurs sujets les préoccupations picturales de l’artiste, très attaché à la représentation du mouvement.

Les photographies de George Grosz ont été redécouvertes il y a quelques années par ses descendants sous la forme de deux cents planches contacts. Les négatifs ayant disparu, une soixantaine d’images ont été reproduites par le biais d’un internégatif. Cette technique, qui consiste à photographier des photographies, apporte aux tirages produits des contrastes très forts et les nimbes d’un voile qui rappelle les épreuves des négatifs-verre. Il existe cinquante épreuves de format 18 x 24 cm de chaque cliché, qui portent au dos le cachet sec des archives Grosz. Les photographies de l’artiste, actuellement présentées dans une exposition itinérante allemande, sont pour la première fois mises en vente au prix de 550 euros le tirage à la galerie Tendances.

Enfin, l’œuvre photographique de Grosz est reproduite dans l’ouvrage de Ralph Jentsch consacré à la période américaine du peintre, L’Œil de l’artiste, paru en mai dernier aux éditions Adam Biro.

- GEORGE GROSZ (1896-1959), PHOTOGRAPHIES, jusqu’au 19 octobre puis du 7 au 30 novembre, galerie Tendances, 105 rue Quincampoix, 75003 Paris, tél. 01 42 78 61 79, tlj sauf lundi 14h-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°155 du 27 septembre 2002, avec le titre suivant : L’œil de Grosz sur New York

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