Justice

L’étonnant destin d’un vase Escalier de Cristal

Par Marie Potard · lejournaldesarts.fr

Le 30 août 2019 - 530 mots

PARIS

Selon Frédérick Fermin, le « justicier de l’art », la galerie Kraemer serait concernée par un vase vieilli de plus d’un siècle.

Frédérick Fermin
Frédérick Fermin
© photo JdA

Après l’affaire des présumés faux meubles et objets XVIIIe vendus par la maison Kraemer à un collectionneur privé italien, publiée hier par Le Journal des Arts, le JdA révèle que les marchands sont aussi impliqués dans une affaire de vase à 3 millions d’euros.

Ce vase, acheté aux Etats-Unis en 2012 par un marchand installé en Savoie pour 10 000 dollars, a ensuite été cédé à l’antiquaire parisien Philippe Vichot qui l’a lui-même revendu à l’un de ses confères, François Hayem. 

Or ce vase qui a par la suite transité par les Kraemer a curieusement changé d’attribution, comme le rapporte le collectionneur Frédérick Fermin : « Ce vase a été vendu aux enchères aux Etats-Unis comme étant du XIXe avec la marque Escalier de Cristal. Il a au final été acquis par la galerie Kraemer qui l’a elle-même vendu au Cheikh Al Thani pour 3 millions d’euros. Sauf qu’à un moment donné, on ne sait pas quand et par qui, la marque a disparu et le vase est devenu comme par enchantement un vase du XVIIIe. Un expert l’a examiné et a déclaré que les bronzes dataient du XIXe. J’ai donc fait un signalement auprès de l’ambassade du Qatar et à l’OCBC (Office central de lutte contre le trafic des biens culturels) ».

Interrogé, Philippe Vichot a indiqué : « J’ai été entendu par la police au sujet du vase et j’ai dit ce que j’avais à dire », alors que François Hayem se retranche derrière la procédure : « Il y a une procédure en cours donc je ne peux rien dire ». Laurent Kraemer a quant à lui précisé que « le vase est parfaitement authentique, et ajoute :  je ne vois absolument pas de quoi vous parlez lorsque vous évoquez qu'il aurait été vendu comme du XIXe par une maison de ventes américaine ». 

Frédérick Fermin, le justicier de l’art

Floué plusieurs fois ces dernières années selon ses dires, Frédérick Fermin a décidé de lutter contre les contrefaçons de mobilier et d’objets d’art anciens et de militer pour dénoncer les protocoles confidentiels de remboursement : « ils sont abusifs car ils couvrent un délit », estime-t-il. 

Il sait de quoi il parle. En 2007, il avait acquis auprès de la galerie Segoura pour 300 000 euros une paire d’encoignures en laque verte du XVIIIe, estampillée Dubois. « J’ai ensuite fait vérifier cette paire par un expert qui l’a déclarée fausse, puis à la suite d’un protocole confidentiel de remboursement, elle m’a été intégralement remboursée par la galerie », rapporte-t-il. 

Le collectionneur avait hésité à l’époque avec une autre paire d’encoignures en laque noir, également de Dubois, proposée à 350 000 euros à la galerie Kraemer. « Cette dernière paire est passée en vente chez Christie’s en novembre 2016 et a été vendue 62 500 euros. Je l’ai également fait vérifier par un expert au cours de l’exposition avant vente et il s’est avéré qu’elle était fausse. J’ai signalé ce fait à l’OCBC mais je ne sais pas encore si une procédure est en cours ».  


 

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