Vendredi 23 février 2018

Les ventes d’art impressionniste, moderne et contemporain à New York - Part I

Par Roger Bevan · Le Journal des Arts

Le 14 décembre 2009

Avec un meilleur catalogue, incluant une quinzaine d’œuvres consignées par la succession Joseph Hazen et L’intérieur d’un restaurant de Van Gogh, Christie’s a fait la différence lors des ventes d’art impressionniste et moderne, qui ont vu le retour des acheteurs japonais.

La succession Joseph Hazen, dont Sotheby’s avait mis en vente quinze œuvres il y a six mois, avait cette fois confié quinze nouveaux lots à Christie’s : parmi eux, le pastel de Degas, Femme au tub (estimé entre 6 et 8 millions de dollars), est parti sur enchère téléphonique à 4,95 millions de dollars (25,7 millions de francs) ; l’huile sur toile de Juan Gris, Le jacquet (estimée entre 2,5 et 3,5 millions de dollars), a été acquise pour 3,1 millions de dollars (16,1 millions de francs) par un collectionneur américain anonyme, une enchère record pour cet artiste, et la Fille en rose de Soutine (estimée entre 350 000 et 450 000 dollars) a atteint 650 000 dollars (3,4 millions de francs).

Acheté 9,4 millions de dollars (49 millions de francs) par le marchand James Roundell, L’intérieur d’un restaurant par Van Gogh (estimation non publiée de 10 millions de dollars), mis en vente par le collectionneur américain Murray Danforth, devait être le lot le plus cher de la soirée. Cette toile non signée pourrait représenter l’intérieur du café du Chalet à Paris, où Van Gogh avait exposé en 1887.

Giacometti, Monet et Renoir
En revanche, l’un des deux tableaux potentiellement les plus chers de la vacation, une Nature morte à l’espérance de Gauguin, considérée comme trop académique, n’a attiré aucune enchère. Selon l’expression d’un marchand de New York, c’était "une toile de Tahiti sans la chaleur de Tahiti". L’autre échec de la soirée a été La lecture, un petit portrait de Marie-Thérèse Walter par Picasso (estimé entre 6 et 8 millions de dollars), dont on aurait pu penser qu’il profiterait de l’exposition "Picasso et le Portrait", actuellement au MoMA.

L’un des événements les plus prometteurs de cette semaine d’enchères a été le retour en force des Japonais, peu présents depuis cinq ans. Il s’est manifesté dès le début de la vente de Christie’s – avec l’achat d’un délicat pastel féminin de Manet par un marchand japonais pour la somme de 750 000 dollars (3,9 millions de francs), contre une estimation de 400 000 à 600 000 dollars – et s’est confirmé avec constance durant toutes les vacations.

Deux Giacometti provenant des douze lots appartenant à la succession Joanne Toor Cummings se sont bien vendus : un Portrait de Diego (estimé 800 000-1 million de dollars) a été payé 1,7 million de dollars (8,8 millions de francs) par le marchand de Chicago Richard Gray, et le marchand genevois Jan Krugier a acquis Femmes de Venise IX (estimées 1,2-1,6 million de dollars) pour 1,5 million de dollars (7,8 millions de francs). Deux Monet ont déjoué les prévisions de Christie’s : une Vue du palais Contarini sur le Grand canal (estimée entre 4 et 6 millions de dollars) a été achetée par la société Nahmad pour 3,85 millions de dollars (20 millions de francs), mais une enchère téléphonique de 3,6 millions de dollars (18,7 millions de francs) a emporté un Pont de Charing Cross très aérien (estimé entre 2,8 et 3,5 millions de dollars).

Enfin, deux toiles de Renoir récemment passées en vente ont obtenu des résultats relativement satisfaisants : Canotage à Argenteuil (estimée entre 1,4 et 1,8 million de dollars) est partie à 1,8 million de dollars (9,4 millions de francs), soit la moitié du prix obtenu en 1989, et Léontine lisant (même estimation) a atteint 2,3 millions de dollars (12 millions de francs), contre 2,9 millions de dollars en 1995.

Léger en panne
Chez Sotheby’s, le lendemain soir, les treize lots consignés par la succession du collectionneur genevois Georg Waechter qui ouvraient la vente n’ont guère retenu l’attention. Une gouache de Chagall représentant un groupe de soldats (estimée  1,2-1,6 million de dollars) a été adjugée à son estimation basse (6,2 millions de francs), alors que Waechter l’avait acquise 2 millions de dollars. Une seule des cinq œuvres d’Egon Schiele, un intense portrait d’Otto Benesch jeune (estimé 400 000-500 000 dollars), a dépassé les espérances en faisant 830 000 dollars (4,3 millions de francs), sans doute acheté par le Dr Rudolf Leopold. En dépit d’une restauration désastreuse voici quarante ans, le portrait de la sœur de l’artiste, Gertrude (estimée entre 3 et 5 millions de dollars), est quand même partie à 2,7 millions de dollars (14 millions de francs). Mais une Composition de Fernand Léger (estimée 6-8 millions de dollars), qui a également connu des problèmes de restauration, n’a pas trouvé preneur.

Néanmoins, le marché est plus porteur dans son ensemble. Pour preuve, les Meules, Giverny, effet du matin par Monet (estimées 6- 7 millions de dollars), achetées 6,5 millions de dollars (33,8 millions de francs) par le grand marchand d’Osaka Takahata. La toile avait atteint 6,1 millions de dollars en 1989. Un autre acheteur japonais a acquis un ciel parisien de Van Gogh (estimé 1-1,5 million de dollars) à son estimation haute (7,8 millions de francs), alors que le tableau avait été acheté 715 000 dollars chez Sotheby’s New York en 1985. Pour finir, la société Nahmad a payé 2,3 millions de dollars (12 millions de francs) une grande composition de Braque, L’écho, mise en vente par Wolfgang Flottl, un banquier autrichien en difficulté, qui l’avait acquise pour 3,5 millions de dollars en 1993.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°26 du 1 juin 1996, avec le titre suivant : Les ventes d’art impressionniste, moderne et contemporain à New York - Part I

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