Livres

Les riches heures de la bibliothèque de Pierre Bergé

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2016 - 579 mots

La première vacation d’une série de six a convaincu de nombreux acheteurs attirés tant par la notoriété du bibliophile que par les pièces d’exception présentées.

PARIS - La salle était comble à Drouot le 11 décembre pour la dispersion de la bibliothèque de l’homme d’affaires et collectionneur, Pierre Bergé, organisée par sa propre maison de ventes en collaboration avec Sotheby’s. Des collectionneurs de quinze pays et les grandes institutions internationales n’ont pas hésité à faire monter les enchères. D’ordinaire, les livres anciens restent une catégorie plutôt confidentielle, un petit marché tenu par une poignée d’érudits. « Bien sûr, il y a eu un effet de curiosité, mais les acheteurs avaient envie d’être là car c’était la collection d’une personnalité, mais aussi la vente d’ouvrages importants », commentait Benoît Forgeot, expert en livres anciens.
« Cette vente est venue récompenser un œil. Pierre Bergé avait constitué une collection harmonieuse, en fonction de ses goûts et non en fonction de ce qu’il faut avoir », commentait un brin partisan Michel Scognamillo, bibliothécaire personnel du collectionneur. « C’est aussi une heureuse surprise pour Drouot et cela prouve que l’on peut travailler en bonne intelligence avec des maisons [anglo-saxonnes] que l’on oppose trop souvent et sans raison », soulignait Benoît Forgeot.

Éditions originales
Les acheteurs ont été séduits par les livres anciens tels que les Confessions de saint Augustin, vendu 318 000 euros (1) (est. 150 000 à 200 000 euros) ou Homère, ainsi que la littérature du XIXe siècle qui a remporté un franc succès, dont le clou de la vente, le manuscrit de L’Éducation sentimentale (vers 1868) de Flaubert a été emporté pour 587 720 euros (est. 400 000 à 600 000 euros). D’autres enchères remarquables étaient à noter comme Euvres, de Louise Labé (1555), adjugé 524 845 euros (est. 300 000 à 400 000 euros) ou encore, sans doute la plus belle surprise de la vacation, un dessin de Victor Hugo, Ruines gothiques, qui s’est envolé à 500 500 euros (est. 50 000 à 80 000 euros).
Les auteurs russes du XIXe ont eu aussi leur part belle, comme Les Soirées du hameau, de Gogol, estimé 15 000 à 20 000 euros et adjugé 147 799 euros. « Jamais en France une vente d’un bibliophile français n’aura été aussi riche en littérature étrangère. Nous allons vers un marché plus varié, plus international. D’ailleurs, s’il en avait eu le temps, Pierre Bergé aurait été plus loin et aurait acheté de la littérature chinoise, japonaise, dans leur langue originelle », rapportait Michel Scognamillo. Une petite déception cependant pour l’édition originale de Madame Bovary de Flaubert dédicacée « au maître » Victor Hugo (1857) qui n’a pas atteint son estimation basse (400 000 euros), vendue 380 000 euros au marteau.

Le marché du livre ancien a résisté à la plupart des crises. Il se maintient même s’il est soumis à quelques phénomènes de mode, comme les livres avec envoi ou les livres annotés. « La bonne nouvelle de la vente, c’est que c’est un marché en pleine expansion », notait Benoît Forgeot. Michel Scognamillo remarquait également que « les excès récents, sur certains livres et autographes, se stabilisent ». Rendez-vous le 16 juin 2016 pour la deuxième vente de la bibliothèque de Pierre Bergé.

Note

(1) Tous les prix s’entendent frais compris, sauf les estimations indiquées hors frais acheteurs.

Bibliothèque de Pierre Bergé, 1re partie

Total : 11,6 millions d’euros
Estimation : 7 à 10 millions d’euros
Nombre de lots vendus : 148 sur 188 (78,7 %)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°448 du 8 janvier 2016, avec le titre suivant : Les riches heures de la bibliothèque de Pierre Bergé

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