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Les plus belles œuvres : revue de détail

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 19 janvier 2018 - 1237 mots

BRUXELLES / BELGIQUE

Pour se démarquer et attirer la clientèle, les galeries font le choix de présenter des œuvres inédites, ou bénéficiant d’un pedigree prestigieux, ou encore de pièces très décoratives.

Bruxelles. Avec ses 134 exposants, la foire belge propose plusieurs milliers d’œuvres dans des secteurs très divers, où il y en a pour toutes les bourses. De quoi ravir les amateurs d’art.

Pour les amoureux des arts des XXe et XXIe siècles, le choix peut se révéler cornélien tant l’offre est importante. Les grands noms sont au rendez-vous, comme sur le stand de Thomas Salis (Salzburg) qui propose une mosaïque de Fernand Léger, Femme nue sur fond rouge, exécutée par la mosaïste Heidi Mélano (500 000 à 600 000 €). Elle et son père Lino ont travaillé sur toutes les mosaïques, des pièces uniques, de Léger. Le galeriste, nouveau venu à la Brafa, partage son stand avec Philippe David (Zurich) qui expose L’Église de Montigny, effet d’automne, 1908, de Francis Picabia (485 000 €), tandis que le bruxellois Francis Maere profite de l’occasion pour exposer une œuvre de l’artiste belge Léon Spilliaert, Hofstraat Ostend, 1908 (750 000 €).

Sur le stand de Harold t’Kint de Roodenbeke (Bruxelles), c’est un marbre blanc de Man Ray, Herma, 1919, issu de la collection Arthur Brandt qui est dévoilé (autour de 70 000 €), « une silhouette épurée à mi-chemin entre les formes primitives et l’art à venir de Constantin Brancusi », explique le galeriste. La galerie Albert Schifferli (Genève) mise quant à elle sur un autoportrait de Hans Bellmer, « un de ses dessins les plus célèbres », affirme le marchand (185 000 €). D’autres œuvres d’envergure sont à découvrir dans cette catégorie, telles que Tigerbird, 1952, de Karel Appel, huile sur toile accrochée chez Jacques de la Béraudière (Bruxelles ; 750 000 €) ; L’Oracle, de Magritte, vers 1931, mise en vente autour de 4 millions d’euros chez Boon (Knokke-le-Zoute) ; The Contrarian, 1945, de l’artiste surréaliste chilien Roberto Matta, sur le stand de l’allemande Die Galerie (2,5 M€).

Des œuvres plus récentes sont également à chiner telles Le Matin, 1962, de Victor Brauner, à la galerie londonienne Stern Pissarro (370 000 €) ; Siphonus, 1971, de Dubuffet chez Opera Gallery (Paris ; au-dessus d’1 M€) ; Study for Bedroom Painting, 1977, de Tom Wesselmann chez Samuel Vanhoegaerden (Knokke-le-Zoute ; 300 000 €) ; Lilette dans les feuillages, 2012, de Sam Szafran à la Galerie de la Présidence (Paris ; 180 000 €) ; Big Horn Sheep, 2015, de Sean Landers chez Rodolphe Janssen (Ixelles, autour de 100 000 €) ; ou encore une chaise en acier, 1990, de Ron Arad, à la galerie Le Beau (Bruxelles).

Un « cabinet de curiosité du XXIe siècle » 

À la Brafa, on peut aussi trouver des œuvres de bande dessinée, ainsi à la galerie Bernard Soetens (Luxembourg). Elle expose cette année un dessin original à l’encre de Chine de Hergé, Les deux Dupondt, Tintin, Tournesol, Haddock et Milou, 1968, réalisé à la demande de Raymond Leblanc, éditeur du journal Tintin et directeur de la société Publiart, pour une campagne publicitaire. « Les belles œuvres de Hergé sont très rares sur le marché puisque plus de 80 % des originaux sont au Musée Hergé », rapporte le marchand (autour de 100 000 €).

Des pièces insolites sont également visibles, notamment chez Theatrum Mundi, une galerie italienne se présentant comme « un cabinet de curiosité du XXIe siècle » - une première à la Brafa. Ainsi de la combinaison spatiale « Sokol KV2 » portée par le cosmonaute russe Strekalov lors de la mission Soyouz TM 10 (du 1er août au 10 décembre 1990) et provenant de la collection Forbes (130 000 €).

Une des forces de la Brafa demeure sa section arts premiers, spécialité chère à la Belgique, du fait de son histoire. Aussi, la Brafa ne rassemble pas moins de onze exposants dans le domaine, bien plus que d’autres salons généralistes comme Tefaf (Maastricht) ou la Biennale Paris. Certains d’entre eux montrent des œuvres de provenance prestigieuse, comme ce Kota Janus, une figure de reliquaire du Gabon, vers 1820, ayant appartenu à Arman, exposée chez le bruxellois Bernard De Grunne (150 000 €), ou encore une terre cuite de l’ethnie Anyi accrochée par le galeriste nord-américain Jacques Germain et venant de l’ancienne collection du New-Yorkais Max Granick.
D’autres marchands, toujours dans cette spécialité, profitent du salon pour organiser une exposition, à l’exemple de Didier Claes (Bruxelles) qui présente plusieurs masques Yaka, République démocratique du Congo, un peuple à la riche créativité (prix affiché : 12 000 à 30 000 €). Ailleurs, à la galerie Ratton, père et fils exposent pour la première fois ensemble « afin de rendre hommage à l’histoire de leur famille dont le nom est une référence dans le monde de l’art africain ». Ils montrent une statuette Kuyu, République démocratique du Congo, au pedigree en or puisque collectée par Aristide Courtois avant 1938 et provenant de la collection Charles Ratton, puis de celle de Madeleine Meunier.

Intérêt croissant pour l’art thaïlandais ancien

Toujours du côté des arts extra-européens, les arts d’Asie sont présents au sein de la foire bien que seuls cinq marchands, tous parisiens, en soient les illustres représentants.

Christian Deydier dévoile une rare épée en bronze, la lame entièrement niellée d’or, garde en jade, Chine, période des Royaumes combattants, Ve-IIIe siècle av. J.-C., ainsi qu’un vase rituel tripode en bronze liding, Chine, fin de la dynastie Shang, XIe av. J.-C., à décor de masques de taotie. Antoine Barrère montre une stèle en pierre noire représentant Surya, époque Pâla, Inde, Xe-XIe siècle (320 000 €), tandis que Christophe Hioco expose un Bouddha Sakyamuni, Thaïlande (65 000 €). « Il y a un intérêt croissant pour l’iconographie thaïlandaise ancienne. Nos ventes en témoignent ainsi que les résultats en ventes publiques », note le marchand.

Dans la catégorie des arts anciens, il faut aller contempler le masque de momie égyptien, IIIe-IIe siècle, à la galerie Eberwein (Paris ; 100 000 à 150 000 €) ; un groupe en bronze représentant la déesse Neith et Horus enfant, Égypte, XXVIe dynastie, sur le stand de la galerie Cybele (Paris ; 38 000 €) ; un Saint Jean de Calvaire en bois, travail bourguignon, vers 1420, chez Mullany (Londres ; autour de 65 000 €) ; un Saint Paul en marbre de Ferrare du XIVe siècle chez Sismann (Paris ; 85 000 €), rare témoignage de la sculpture gothique de l’Italie du Nord. Mais aussi une coupe nautile en argent et coquillage, un travail bavarois vers 1630 montré par Philippe d’Arschot (Bruxelles ; aux alentours de 75 000 €) ; une grande table console « aux attributs » en bois sculpté et doré, époque Régence (120 000 €), ancienne collection Jean Bloch, sur le stand de la galerie Berger (Beaune) dont la décoration a été confiée à Alain Demachy ; une paire de vases néoclassiques en albâtre représentant Hercule, cadeau de mariage offert par le maréchal Ney au maréchal Oudinot en 1812 (55 000 €).

La peinture ancienne, à quelques semaines de Tefaf Maastricht dont c’est la discipline phare, ne court pas les cimaises de la Brafa. Tout au plus, Chiale Fine Art (Italie) expose une Nature morte, vers 1640, de Jan Davidsz. de Heem ; Costermans (Bruxelles) présente une Adoration des mages de Brueghel le Jeune, tandis que Klaas Muller (Bruxelles) montre Diane et les nymphes chassant le cerf, vers 1635, Rubens ayant exécuté les figures, aidé de Paul de Vos et Jan Wildens pour le reste de la composition.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°493 du 19 janvier 2018, avec le titre suivant : Les plus belles œuvres : revue de détail

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