Jeudi 12 décembre 2019

Galerie Lelong

Les montages de Saura

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2012 - 776 mots

Pendant 40 ans, l’artiste espagnol a assemblé et encadré de petits éléments de peinture ou de papier.

PARIS - D’Antonio Saura, on avait jusqu’à maintenant surtout vu les peintures caractérisées par un trait noir épais, un geste nerveux, rapide et une gamme chromatique sombre, des gris, des noirs, des bruns : de grandes huiles sur toile prenant pour thèmes les portraits, les femmes, les foules, les crucifixions, le chien de Goya… Mais on ne connaissait pas ses montages. Et pour cause : ils n’avaient encore jamais été montrés. En 1997, à l’issue de la première  exposition (il y en aura également en 2000 et 2002) qu’il consacre à cette grande figure de l’art espagnol d’après-guerre, Daniel Lelong souhaite « montrer des œuvres différentes, un peu particulières, inédites par rapport à l’image de Saura ». Il lui propose donc de réfléchir à une série de sculptures. « J’avais envie de voir à plus grande échelle les petites sculptures que Saura faisait de temps en temps et qui méritaient un développement. Malheureusement il est allé chez son dentiste qui lui a découvert des problèmes de sang et il est mort six mois plus tard ». Cela coupe court à tout nouveau projet. Mais Lelong ne perd pas de vue son idée et quelques années plus tard, Marina, la fille de l’artiste, et son mari vont lui proposer, par le biais de la succession Saura, des œuvres très particulières : les « Montages ». Comme l’indique le communiqué de presse, « il ne s’agit pas de collages, mais de groupements de petites peintures ou papiers réalisés en différents lieux et à diverses époques, selon le principe de la superposition, de l’accumulation ou de la métamorphoses ». Ils ont donc tous été réalisés de son vivant par l’artiste qui s’amusait à produire ces montages en encadrant de petits papiers épars. Une appellation en clin d’œil à son frère cinéaste, Carlos Saura.  Ils sont une petite cinquantaine ici accrochés, datés de 1956 à 1996, soit la bagatelle de quarante années de travail, à la fois troublants, variés, et très riches plastiquement.

Un collectionneur compulsif
Troublants parce qu’ils correspondent à des périodes, quelquefois longues, comme celle allant de 1971 à 1979, pendant laquelle Saura a beaucoup de mal à peindre ou n’y arrive même plus du tout. Il prend des notes et fait alors des dessins qui, tels une gymnastique, témoignent des hésitations, voire des maladresses propres à ces moments de doute. Pour autant, il ne réalise pas ces dessins sur n’importe quel papier qui traîne (comme le faisait un Miró, par exemple) mais sur des supports qu’il choisit délibérément.

Variés, parce que Saura est un collectionneur compulsif de livres et d’images. À la manière d’ailleurs de ses amis : Asger Jorn qui faisait ses « modifications » à partir de vieilles peintures trouvées dans des marchés aux puces ou Arnulf Rainer, autre grand boulimique devant l’éternel. Dans l’exposition, on croise donc aussi bien des dessins sur des pages de catalogues, des couvertures de magazines, comme celles du Times, du papier à lettre, des cartes postales, dont certaines érotiques, des palettes de peintre dont il fait du trou un œil ou une bouche… On perçoit très bien l’évolution et les différences entre les travaux du début, de 1956 à 1960, sur des papiers presque vierges et ceux réalisés sur des images déjà existantes, notamment sur des cartes postales très colorées à la fin des années 1970.
Enfin, l’ensemble est riche de la multiplication des solutions plastiques proposées. Non seulement de cette diversité des supports mais aussi du principe même de ces montages qui, en combinant aussi bien deux, trois, six, huit et même seize images, permettent des combinaisons, des configurations, des mosaïques chaque fois différentes.

Ainsi on retrouve sa palette chromatique, son graphisme, ses sujets – en somme l’écriture Saura – mais avec une légèreté et une liberté plus grandes que dans les toiles. Ce qui donne à cette sélection une fraîcheur et même quelquefois une joie inattendues. Inscrites dans une fourchette – large – de prix allant de 11 000 euros pour les plus petits formats, à 250 000 euros pour, justement, les Seize suaires , les œuvres ici d’une valeur moyenne de 40 000 euros ont donc une cote plus modeste que les grands tableaux qui oscillent  généralement autour de 200 000 euros. Un record de 808 152 euros (1 051 668 dollars) a cependant été établi lors d’une vente chez Christie’s, à Londres en février 2007, pour une exceptionnelle  crucifixion noire et rouge datée de 1963 (de 1,30 x 1,62 m).

GALERIE LELONG, MONTAGES 1956-1996

13 rue de Téhéran, 75008 Paris, 01 45 63 13 19, www.galerie-lelong.com, jusqu’au 14 janvier 2012.

ANTONIO SAURA

Nombres d’œuvres exposées : 45
Gamme de prix : entre 11 000 et 250 000 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°360 du 6 janvier 2012, avec le titre suivant : Les montages de Saura

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque