Lundi 10 décembre 2018

Photographies

Les joyaux de la collection Gilman

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 3 février 2006 - 797 mots

Le Metropolitan Museum of Art de New York vend une partie de son fonds photographique pour financer l’acquisition de cet ensemble exceptionnel.

 NEW YORK - Le département des Photographies du Metropolitan Museum of Art de New York (Met) se sépare de près de cent trente tirages importants issus de ses collections. Cet événement majeur et exceptionnel pour le marché de la photographie sera dirigé les 14 et 15 février par Sotheby’s à New York. Cette vacation historique s’explique par l’achat par le musée américain, en mars 2005, de la collection Gilman, l’un des plus importants fonds privés de photographies au monde. « Avec de remarquables exemples de photographies françaises, anglaises et américaines du XIXe siècle, aussi bien que des chefs-d’œuvre du tournant du siècle et de la période moderne, la collection Gilman (environ huit mille cinq cents images en photos individuelles ou réunies en albums) était une opportunité pour le musée de se hisser au plus haut rang des institutions internationales collectionnant la photographie », explique Malcolm Daniel, conservateur en chef du département des Photographies du Met. La collection Gilman a été constituée en une vingtaine d’années, entre 1977 et 1997, par Howard Gilman, président-directeur général de la Gilman Paper Company, lui-même conseillé par Pierre Apraxine. Gilman a commencé à acheter de la photo à un moment enivrant, où les grands trésors du genre faisaient régulièrement surface dans les salles de ventes et chez les marchands, sans qu’une foule d’amateurs n’y fasse alors vraiment attention, ou n’y mette assez de moyens pour sélectionner le meilleur. En 1993, dans une exposition mémorable intitulée « The Waking Dream », accueillie dans les salles normalement réservées à la peinture ancienne, le Met avait présenté deux cent cinquante chefs-d’œuvre de cette collection, qui changèrent la vision du public pour le médium.

« Pièces en double »
Dans les années 1990, il fut envisagé que la collection Gilman vienne un jour enrichir le fonds du Met. Mais lorsque Howard Gilman mourut, en 1998, aucun arrangement n’avait été finalisé. Pour des raisons financières et légales, il fallut attendre 2005 pour qu’une transaction soit possible entre l’institution new-yorkaise et la fondation Howard Gilman. « Ce prestigieux achat est sans précédent pour le musée [son montant dépassant les 80 millions d’euros] », rapporte Malcolm Daniel. Si, au final, une partie des photographies a été donnée au Met par cette fondation, les fonds nécessaires à la transaction ont été apportés par de multiples et généreux donateurs. Ce financement sera complété par la vente de certaines pièces du musée et de la collection Gilman, pour une estimation de 3 à 5 millions d’euros.
« Nous avons choisi de vendre les pièces en double, ainsi qu’un choix d’épreuves issues des deux collections [du musée et Gilman], dont nous conservons les variantes, précise Malcolm Daniel. Le plus souvent, nous cédons l’exemplaire Gilman (parfois supérieur en qualité de tirage ou de conservation à celui du musée) plutôt que celui du Met, et ce pour des raisons de respect de l’histoire des collections du musée. » Tel est en effet le cas des plus importants lots de la vente, à commencer par The Pond-Moonlight (1904), estimé 700 000 dollars, l’un des meilleurs paysages d’Edward Steichen (réalisé tôt dans l’œuvre du photographe), et de surcroît l’une des trois épreuves connues ; les deux autres épreuves appartenant au Met et au Museum of Modern Art (MoMA) de New York, celle-ci, auréolée du prestigieux pedigree Gilman, est donc la dernière opportunité pour les collectionneurs. Le Balzac qui illustre la couverture du catalogue de la vente, estimé 400 000 euros et réalisé par Steichen en 1908, est une autre fabuleuse pièce. Auguste Rodin, qui rencontra le photographe en 1901, fut très impressionné par son travail, et l’invita dans son atelier à prendre des clichés de lui et de ses sculptures. Mais Steichen, qui réalisa alors une série de portraits du sculpteur, fut gêné par l’accumulation d’œuvres dans l’atelier. En 1908, Rodin informa Steichen qu’il avait déplacé son Balzac à l’extérieur de l’atelier, en plein air. Les photos qui furent prises sous l’éclairage de la Lune enthousiasmèrent Rodin.
Comme pour Pond et Balzac, les portraits de Georgia O’Keefe (son visage, ses mains, son buste, ses métamorphoses) par Alfred Stieglitz, réalisés à partir de 1917, au tout début de leur liaison amoureuse, ont intégré les collections du Met dans les années 1920-1930. Ce sont donc aussi les exemplaires Gilman qui sont offerts aux amateurs, tels Hands ou Nude, deux tirages de 1919, estimés 250 000 euros chacun. Outre la forte présence de Steichen et de Stieglitz, la vente comprend de belles photos signées Dora Maar, Paul Outerbridge, Margaret Bourke-White, Edward Weston, Walker Evans et Robert Frank.

COLLECTION GILMAN

- Experts : Denise Bethel, Christopher Mahoney, Beth Iskander - Nombre de lots : 113 - Estimation totale : 3,3 millions d’euros

PHOTOGRAPHIES DU METROPOLITAN MUSEUM OF ART INCLUANT DES ŒUVRES DE LA COLLECTION GILMAN

Vente les 14 et 15 février à New York, Sotheby’s, tél. 01 53 05 53 05, www.sothebys.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°230 du 3 février 2006, avec le titre suivant : Les joyaux de la collection Gilman

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