Galerie

11 mai

Les galeries rouvrent en ordre dispersé

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 25 mai 2020 - 822 mots

De nombreuses galeries se sont empressées de profiter de la fin de la fermeture administrative pour accueillir à nouveau leurs clients, chacune selon des modalités différentes. La programmation a été chamboulée.

Le galeriste Thomas Bernard prépare les toiles pour la réouverture de l'exposition Olivier Masmonteil, Le voile effacé © Photo Anne-Cécile Sanchez
Le galeriste Thomas Bernard prépare les toiles pour la réouverture de l'exposition « Olivier Masmonteil, Le voile effacé »
© Photo Anne-Cécile Sanchez

Paris. Il y a ceux qui étaient là dès le premier jour avec une pile de masques et un flacon de gel hydroalcoolique à l’entrée, et ceux qui se montrent plus circonspects, pas vraiment impatients d’accueillir les visiteurs en nombre. La reprise ? Il revient à chacun de l’improviser, à partir de quelques consignes sanitaires et de mesures de sécurité qui s’imposent tant pour le personnel que pour le public.

« Nous avons continué à vendre ces deux derniers mois ; mais revoir les tableaux, être dans l’exposition, c’est important », se félicite Jonathan Roze, tout en affirmant que la galerie Le Feuvre & Roze, à proximité des Champs-Élysées « a moins souffert du confinement que des manifestations des “gilets jaunes” ». Le secteur était en effet déjà très affaibli avant que la pandémie n’impose une fermeture générale. L’enjeu de cette réouverture n’en est que plus crucial. « La galerie a longtemps été ouverte le lundi », rappelle pour sa part Mathieu Templon lorsqu’on s’étonne que les deux espaces du marchand, à proximité de Beaubourg, aient ouvert leurs portes dès le 11 mai. Empressement partagé, semble-t-il, par une petite dizaine de visiteurs le premier jour, et environ le double le lendemain. L’affluence reste timide. Mais les contacts, bien que distancés, sont chaleureux. « Le premier jour, nous avons eu six visiteurs, et effectué deux petites ventes [des œuvres de Camille Blatrix et Mostafa Sarabi], raconte Daniele Balice. C’était vraiment beau de voir combien les art lovers souffraient de cette longue abstinence ! » Mais les galeristes font aussi l’expérience de moments de solitude. Chez Thomas Bernard, on a inauguré sur Instagram la belle exposition « Le voile effacé » d’Olivier Masmonteil, après que le galeriste a réalisé l’accrochage des peintures sans l’artiste, joint par téléphone.

Des modalités différentes

L’esprit de corps prévaut pour les enseignes les plus excentrées, comme celles de Belleville, où toutes les galeries ont choisi de rouvrir en chœur à la même date. Jusqu’à Romainville, où, comme toutes les galeries fédérées sous la bannière de Komunuma, In Situ - Fabienne Leclerc a rouvert le 13 mai, du mercredi au samedi. Et « tous les dimanches jusqu’à l’été », précise son directeur Antoine Laurent, qui mise aussi sur une superficie de 500 m2 et un toit-terrasse. Sa voisine Air de Paris, qui a mis en place une « exposition interlude », veut « accueillir les visiteurs dans un nouveau paysage visuel », et de préférence, sur rendez-vous.

Cette formule est privilégiée par nombre de marchands, qui temporisent avant de rouvrir en grand. Une feuille à en-tête scotchée sur le mur extérieur du bâtiment de la Galerie Almine Rech avertit ainsi les visiteurs éventuels que la galerie, « fermée jusqu’à nouvel ordre », reste accessible sur rendez-vous. Elle devrait rouvrir à partir du 13 juin avec une exposition de groupe. Anne Barrault, dont la vitrine donne sur une rue passante, ne veut pas davantage prendre le risque d’être débordée ; elle reçoit sur rendez-vous, avec une possibilité d’inscription en ligne. Tout comme Chantal Crousel, qui a mis en place un système de réservation. Certaines choisissent aussi d’alterner, comme la Galerie Dohyang Lee, en accès libre le samedi et ouverte sur rendez-vous en semaine. « Il faut redonner de la confiance aux collectionneurs comme à notre personnel », estime pour sa part Hervé Loevenbruck, qui n’ouvrira lui aussi que sur rendez-vous. Au risque d’intimider, ou de passer à côté d’éventuels coups de cœur ? « L’acte d’achat spontané n’est pas fréquent chez nous, où les acquisitions sont souvent longuement mûries », répond-il.

Reports d’expositions et manifestation commune

D’une enseigne à l’autre, la programmation a été maintenue, légèrement modifiée, ou entièrement repensée. Chez Nathalie Obadia, il a fallu décaler deux expositions car les transporteurs étaient bloqués aux frontières et les artistes dans l’incapacité de se déplacer. « Nous avons préféré reporter l’exposition de Mark Dion, très attendue, à début 2021 », confie Antoine Laurent, chez In Situ. Florent Maubert rouvre avec un flacon d’hydrogel à disposition, et un solo show, sculptures et aquarelles de Joachim Bandau, prolongé jusqu’à la fin août, tandis que l’exposition de Nathalie Talec « One size fits all », qui devait coïncider avec la semaine de la mode en juin, a été repoussée en septembre. Pour passer cet été incertain, Bernard Jordan propose un accrochage des artistes de la galerie qui sera « régulièrement renouvelé » jusqu’à la fin du mois de juillet.

Plexiglas de protection aux comptoirs d’accueil, documentation téléchargeable par QR codes, gestion du flux des visiteurs et port du masque obligatoire : chez Emmanuel Perrotin, où il n’est pas rare de voir défiler plusieurs centaines de badauds dans la même journée, on se prépare à endiguer le flot. La galerie rouvre ses espaces le 23 mai avec trois expositions, dont l’une, à l’Espace Saint-Claude, accueillera 26 de ses consœurs parisiennes du 23 mai au 14 août, rassemblées sous l’affiche programmatique de « Restons Unis ».

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°546 du 22 mai 2020, avec le titre suivant : 11 mai. Les galeries rouvrent en ordre dispersé

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