Les commodes XVIIIe passent au tiroir-caisse

Par Armelle Malvoisin · L'ŒIL

Le 26 juillet 2007 - 955 mots

La baisse des prix du mobilier XVIIIe siècle a rendu ce marché accessible à un plus large public. En premier lieu, les commodes, des meubles fonctionnels et décoratifs.

Le terme « commode » apparaît pour la première fois au tout début du XVIIIe siècle, au moment de l’invention de ces nouveaux meubles de rangement, descendants du coffre. La commode connaîtra de nombreuses évolutions au cours du Grand Siècle. Mais on retiendra deux styles : sous Louis XV (1715-1774), elle a des formes mouvementées, galbée en façade et sur les côtés, décorée de marqueteries et de bronzes dorés. Sous Louis XVI (1774-1789), on observe un goût pour les lignes droites et le décor est assez dépouillé. La commode d’époque Louis XV se vend généralement mieux que la Louis XVI, jugée plus stricte.
N’oublions pas les commodes en bois naturel qui séduisent un grand nombre d’acheteurs pour leur allure simple et leur facilité d’entretien, alors que les meubles de placage nécessitent des restaurations régulières. Deux productions régionales ont la faveur du public : les commodes provençales en noyer qui se sont approprié le style Louis XV rocaille dans un jeu de courbes et contre-courbes allié à la finesse des décors sculptés de motifs feuillagés. Et les commodes portuaires Louis XV, en acajou massif.

Attention à l’estampille  !
Les prix du mobilier xviiie se sont bien tassés depuis quelques années. Comptez aujourd’hui de 3 000 à 15 000 euros pour une belle commode Louis XV, en marqueterie ou en bois massif. Mais les prix peuvent aller au-delà. Jusqu’à plus d’un million d’euros. La complexité du décor du placage (fleurs et branchages, décor géométrique, scènes champêtres, instruments de musique…) doit être en harmonie avec la qualité et la richesse des bronzes (finesse de la ciselure, originalité du décor et son intégration sur le meuble). Et bien sûr, l’état de conservation.
L’ensemble doit produire un effet esthétique d’une grande élégance sans surcharge. Le pedigree, par exemple une provenance royale ou une appartenance à une grande collection, apporte un plus qui peut faire plus que doubler le prix du meuble. L’attribution d’un modèle à un ébéniste de l’époque est également un atout. Mais attention à l’estampille, ce n’est pas une marque fiable. Des estampilles ont parfois été récemment apposées sur des créations quelconques, alors que de nombreux meubles exceptionnels n’en possèdent pas.

La commode « tombeau », un classique enterré ?
La commode Régence primitive, munie de trois rangs de tiroirs rejoignant pratiquement le sol, connaît une première évolution vers la commode dite en tombeau, modèle à succès pendant tout le xviiie siècle. Son surnom renvoie à la forme d’un sarcophage. Ventru, le meuble affecte un profil galbé et des pieds courts. Son corps est habillé d’un placage de palissandre ou de bois de violette. Les modèles les plus luxueux possèdent un plateau de marbre débordant du bâti. Mais celle qui était encore un grand classique des intérieurs cossus il y a 20 ans, est un peu tombée en disgrâce. Sauf les très beaux modèles à l’instar de cette commode qui arbore une profusion de bronzes dorés (poignées de tirage à rosaces, chutes à espagnolette, etc.) et, cerise sur le gâteau, possède un pedigree de châtelain.
Commode dite « tombeau » de forme galbée en placage de bois de violette, d’époque Régence, ouvrant à trois tiroirs séparés par des canaux et reposant sur des petits pieds. Décoration de bronzes ciselés et dessus de marbre brèche marron. Attribuée à Louis Delaitre ou François Lieutaud. Haut. 87,5 cm, larg. 135,5 cm, prof. 68,5 cm. Provenance : ancienne collection des Isnards.
Adjugée 18 500 euros le 14 mars 2006 à Paris, maison de ventes Artcurial (vente du mobilier du château du Martinet).

Le laque de Chine
Sous Louis XV, la vogue des meubles en laque se développe. Les panneaux de laque à décor peint sur fond noir, provenant de Chine et du Japon, sont prélevés sur des objets importés d’Orient et posés sur le bâti des commodes en guise de parure. Les commodes en laque demeurent aujourd’hui des meubles rares et précieux à l’exemple de celui-ci. Le décor polychrome d’une chasse à courre, thème inspiré d’un ouvrage de littérature chinoise intitulé Shui-hu Zhuan (« au bord de l’eau »), est réalisé en large relief et finement incisé.
Commode d’époque Louis XV, ouvrant à deux grands tiroirs sans traverse, la façade ornée de panneaux de laque de Chine en relief à fond jaune et noir représentant diverses scènes de chasse ; les côtés à fond jaune ornés de grandes fleurs rouges, feuilles et oiseaux, dans des encadrements de bronze doré à feuillages et rocailles ; belle ornementation de bronze doré (poignées de tirage, chutes et sabots) ; dessus de marbre Sarrancolin à double mouluration. Estampillée Delorme et JME. Haut. 86 cm, larg. 146 cm, prof. 66,5 cm.
Adjugée 411 200 euros le 23 juin 2004 à Paris, maison de ventes Sotheby’s.

La robustesse de la commode de port en acajou
Des raisons historiques et économiques ayant conduit à des arrivées massives de bois exotiques dans les ports de l’Atlantique (Bordeaux, La Rochelle, Nantes, Saint-Malo) sont à l’origine de la production
de meubles dits « de port » au xviiie siècle : des billes d’acajou servaient à lester les bateaux vides de retour des îles. Les menuisiers locaux s’en emparèrent pour réaliser des meubles. Les commodes portuaires en acajou font partie des meubles en bois massif les plus recherchés.
En outre, l’acajou présente un avantage indéniable : ce bois extrêmement dur est inattaquable par les vers et ne demande pas d’entretien.
La commode en acajou est très appréciée dans les maisons de campagne un peu humides.
Commode galbée en acajou massif de style Louis XV, ouvrant à quatre tiroirs sur trois rangs. Plateau de bois mouvementé mouluré. Ceinture découpée à filets. Montants cambrés et pieds galbés à enroulements. Travail portuaire du xviiie siècle. Haut. 85 cm, larg. 123 cm, prof. 72 cm.
Adjugée 10 960 euros le 17 juin 2005 à Drouot (Paris), maison de ventes Beaussant-Lefèvre.

Expertiser/Acheter

Cabinet Dillée, 1, rue de Chanaleilles, Paris VIIe, tél. 01”‰53”‰30”‰87”‰00, www.dillee.com. Créé en 1870, le cabinet Dillée dispose d’une vaste documentation permettant une identification précise des meubles. Jacques Bacot et Hughes de Lencquesaing, 15, quai de Bourbon, Paris IVe, tél. 01”‰46”‰33”‰54”‰10 Depuis près 30 ans, ce duo d’experts en meubles et objets d’art officie en ventes publiques et intervient pour des successions et partages de familles. Le Syndicat national des antiquaires (SNA), 17, boulevard Malesherbes, Paris VIIIe, tél. 01”‰44”‰51”‰74”‰74, www.antiquaires-sna.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°591 du 1 mai 2007, avec le titre suivant : Les commodes XVIIIe passent au tiroir-caisse

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