Osenat

L’Empire glorifié

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 20 février 2004 - 756 mots

Les amateurs d’Empire se sont livrés à une grande bataille d’enchères le premier week-end de février à Fontainebleau, avec en première ligne des collectionneurs russes.

 FONTAINEBLEAU - La troisième session depuis trois ans de ventes napoléoniennes a battu son plein les 31 janvier, 1er et 6 février à l’hôtel des ventes de Fontainebleau, dirigé par le commissaire-priseur Jean-Pierre Osenat. Baptisé « L’Empire à Fontainebleau », le rendez-vous est bien connu et apprécié des férus de souvenirs historiques. « À chaque fois, on fait mieux », souligne Jean-Christophe Chataignier, directeur du département Empire de la SVV Osenat, qui qualifie cet événement de « magique ». 97,3 % des 841 lots de médailles, livres, autographes, dessins, tableaux, gravures, armes anciennes et souvenirs historiques ont été emportés, souvent bien au-dessus des estimations. Estimé 375 000 euros, l’ensemble a été dispersé pour 1,77 million d’euros. « La création du département Empire, la ville de Fontainebleau, la variété des lots proposés estimés par une pléiade d’excellents experts, l’importance accordée à la provenance des objets, tout cela concourt à la réputation et au succès de nos ventes », estime Jean-Christophe Chataignier.
Près de 12 000 catalogues ont été vendus aux amateurs du monde entier, souvent des acheteurs sur photo. Plus de 300 ordres d’achat ont été enregistrés et huit lignes téléphoniques étaient mobilisées en permanence contre une salle en ébullition. L’entrepreneur canadien Ben Weider, président de la Société napoléonienne internationale, était notamment de la partie sur plusieurs pièces importantes. Les collectionneurs américains n’étaient pas les seuls cette fois-ci à miser sur les gros lots : la présence des Russes a pimenté les enchères. « C’est la nouveauté », reconnaît le coordinateur de la vente. La pièce phare de la vente, un aigle de drapeau en bronze doré (un modèle 1804), s’est envolée à 84 330 euros, le double de son estimation basse et un record mondial. Il a été emporté par un Français après un combat russo-américain. L’Enlèvement (1833), un très beau tableau signé Horace Vernet (1789-1863) qui illustre un passage des nouvelles de Lord Byron, a été acheté par un amateur de souvenirs de l’Empire pour 70 800 euros, dans la fourchette de son estimation. « Le pendant de cette toile serait conservé dans la famille du duc de Padoue (1) », précise Jean-Christophe Chataignier. Cette seule probabilité a suffi à attiser les convoitises d’un plus large public. Un lit bateau en acajou du duc de Padoue, estimé 35 000 euros, a atteint 64 900 euros. Ce n’était pas le meuble le plus facile à vendre malgré la provenance : « Appelé par tradition familiale “lit de Napoléon”, il s’agit probablement d’une commande du duc de Padoue pour la venue de l’empereur au château de Courson», indique le catalogue. L’histoire nous apprend cependant que, en dépit de ce lit qui lui était réservé, l’Empereur n’a jamais été l’hôte du château. En fait, la riche décoration de bronzes ciselés et dorés attribués à Thomire, sans lesquels ce meuble n’aurait pas d’âme, a fait la vente. Le portrait du Maréchal Ney en buste de trois quarts en tenue de général de division portant le cordon et l’étoile de la Légion d’honneur, attribué à François Joseph Kinson et estimé 20 000 à 25 000 euros, a été enlevé pour 68 400 euros. « Ce maréchal de France a toujours été apprécié. De plus, le personnage n’est pas laid et le tableau est beau », commente le directeur du département Empire. D’autres lots ont déchaîné les passions au-delà des estimations annoncées, comme : une boîte à gants en ivoire de Caroline Murat d’une grande qualité de sculpture, adjugée 40 100 euros ; une bague-montre en or décorée de 33 petits diamants, attribuée à Piguet et Capt (Genève, vers 1810) et donnée par Napoléon Ier au maréchal Berthier, partie à 44 800 euros, ou encore deux assiettes du service Olympique de la Manufacture impériale de Sèvres, exécuté entre 1804 et 1807 sur la commande de l’Empereur pour être offert à l’occasion du mariage de son frère Jérôme, emportées à 56 600 euros. La section des autographes, domaine de collection de Bill Gates, a particulièrement brillé. Tout a été vendu à de hauts prix : de la simple missive d’un inconnu à Joseph Bonaparte, estimée 180 euros et cédée 400 euros, à la lettre de Napoléon Ier adressée à sa sœur la princesse Pauline, rarissime parce qu’entièrement manuscrite, partie au double de l’estimation pour 20 050 euros.

(1) cousin par alliance de Bonaparte, Jean-Toussaint Arrighi de Casanova, duc de Padoue, a été de toutes les campagnes napoléoniennes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°187 du 20 février 2004, avec le titre suivant : L’Empire glorifié

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