Foire

Le Tout-Paris se met à l’heure de la Fiac

Par Martine Robert · L'ŒIL

Le 2 octobre 2017 - 1240 mots

PARIS

Est-ce la Fiac qui tire profit de Paris ou la ville-musée qui se modernise grâce à la foire d’art contemporain, redevenue l’une des plus attirantes du monde ? Visiblement, les deux partenaires ont su se valoriser l’un l’autre au fil des ans.

Revenue à son meilleur niveau alors qu’elle sombrait il y a dix ans, la Fiac attire large : avec une soixantaine de partenariats médias, une vingtaine d’entreprises sponsors, des liens étroits avec six institutions majeures voisines (la Mairie de Paris et son Petit Palais, mais aussi le Louvre et l’École du Louvre, la RMN-Grand Palais et le Palais de la découverte) et bien d’autres musées, fondations, maisons de ventes aux enchères, la foire sort le grand jeu.

En 2017, l’événement rassemble 192 galeries (dont 40 nouveaux exposants) issues de 29 pays (dont 6 entrants : Égypte, Kosovo, Norvège, Portugal, Suède et Tunisie). Plus du quart des stands arborent le pavillon français et plus des deux tiers le drapeau européen. Le contingent nord-américain est renforcé pour atteindre 20 % des exposants et tous les géants de ce marché leader sont là.

En parallèle, la Fiac s’étend également à l’Amérique du Sud, à l’Asie et aux Émirats arabes unis. À noter encore : pour sa 44e édition, la foire réintroduit le design, un secteur où elle fit figure de pionnière en 2004 avant de jeter l’éponge, faute de place. Cinq galeries incontournables ont répondu présent : Jousse, Seguin, Downtown, Kreo et Éric Philippe.
 

Mettre en réseau

De nouveau, et malgré une situation politique à hauts risques avec les multiples attentats en Europe, Jennifer Flay, soutenue par Anne Hidalgo et par la présidente de la RMN-Grand Palais, Sylvie Hubac, a obtenu l’autorisation de piétonniser l’avenue Winston-Churchill transformée en une esplanade de l’art. Elle investit ainsi le parvis et quelques espaces prestigieux du Petit Palais situé face à la Fiac, de quoi présenter gratuitement au public une quarantaine de sculptures et installations. « L’an dernier, nous nous sommes aperçus que ce partenariat engagé entre le Petit Palais et la Fiac plaisait à notre public traditionnel, comme à celui de la foire. Des galeries françaises et étrangères candidatent en fonction d’un cahier des charges mettant l’accent sur les projets d’artistes, et nous les sélectionnons conjointement. Cette initiative de la foire rejoint mon souci de travailler plus étroitement avec le Grand Palais et mon rêve de piétonniser de manière permanente l’avenue », souligne Christophe Leribault, directeur du Petit Palais. Et, justement, pour Jennifer Flay, la Fiac doit aussi « servir à mettre en réseau ».

Preuve de l’aura retrouvée de la Fiac, le secteur du luxe est bien présent : le joaillier Van Cleef & Arpels mécène le festival de performances « Parades for Fiac », tandis que le Comité Colbert, rassemblant 81 maisons françaises de luxe et des institutions culturelles, expose à la foire trois lauréats de son concours « Rêver 2074 », mené en partenariat avec l’université des arts de Tokyo. Nouveau venu, le banquier suisse Mirabaud soutient la carte blanche donnée à Oscar Tuazon place Vendôme. Lionel Aeschlimann, associé-gérant de Mirabaud, se dit « enthousiaste » au sujet de « cette rencontre entre la création contemporaine et ce lieu de classicisme et d’excellence ». Les fidèles Galeries Lafayette demeurent quant à elles le partenaire officiel de la manifestation, appréciant « la vraie complicité » et le « partage d’idées » qui se sont installés au fil des années.

« Bref, la Fiac fait le happening in et out, Paris vibre pendant la Fiac et on peut l’expérimenter même sans billet pour la foire », se félicite Jennifer Flay. « Cette ébullition permet aux collectionneurs de sentir le dynamisme culturel de la cité, et il n’y a pas de bonne foire dans une ville morte », estime Pascale Cayla, fondatrice de L’Art en direct, agence de communication spécialisée.
 

La Luna Fiac

Depuis 2005, Jennifer Flay, directrice de la Fiac, d’abord en tandem avec Martin Bethenod, s’est employée à redresser une foire moribonde en misant sur l’art de vivre parisien. Cette année-là, alors que la manifestation était toujours expatriée porte de Versailles, le duo avait adressé un message fort de reconquête : dans le Grand Palais encore en travaux, il organisait une gigantesque fête avec l’aide du Baron, la boîte la plus branchée de la capitale. Une « Luna Fiac » avec trois jours de performances, de projections de films, d’installations, une piste de danse, des manèges forains, et la présence de Beyoncé et Jay Z. Une sorte de teasing pour annoncer brillamment son retour, pour l’édition suivante, au centre de la capitale.

« Une fête qui a fait résonner le Tout-Paris. Reed, propriétaire de la Fiac, nous a suivis et a accepté de faire cet investissement. D’ailleurs, cette société a toujours accompagné nos développements : l’extension aux Tuileries en 2006 avait aussi un coût. Mais réancrer la Fiac à Paris et offrir une autre lecture de cette ville patrimoniale, telle était notre stratégie. Nous avons prouvé notre capacité à mettre la capitale en musique, à impressionner les visiteurs », se réjouit la directrice de la Fiac. Et d’ajouter : « Art Basel Miami a les palmiers, mais la Fiac a le Louvre, le Grand Palais, les Tuileries et tous ces magnifiques musées ! »

Autant dire que la foire, obligée de quitter à nouveau sa superbe nef dans le triangle d’or en 2020 et 2021 pour cause de travaux supplémentaires, négocie ardemment avec la Ville de Paris et la RMN-Grand Palais pour trouver un site temporaire toujours central : « J’ai besoin de 20 000 m2, mais cela peut être sous la forme d’une structure en matériaux écoresponsables, en phase avec les préoccupations de l’époque et réutilisable pour les Jeux olympiques », commente Jennifer Flay, qui parle « d’échanges enthousiastes à ce sujet, encore avec Anne Hidalgo et Sylvie Hubac ». « Nous sommes toutes sur la même longueur d’onde : il y a une vraie prise de conscience maintenant que l’argent public ne peut tout prendre en charge et qu’il faut s’appuyer sur le privé pour faire rayonner Paris. »
 

Les effets de la Fiac

La foire, qui représente un budget de 10 millions d’euros (dont 1 million de partenariats), a attiré 72 000 visiteurs en 2016 et sa base de 12 500 VIP s’enrichit d’année en année des noms des invités des galeries, alors que le fichier ne comptait que 300 convives en 2006. Le programme concocté pour ces hôtes de prestige se veut très pointu, car Jennifer Flay ne perd pas de vue le nécessaire retour sur investissement pour ses exposants : « J’ai été galeriste moi-même, alors j’y suis sensible, et je sais que cela conditionne l’envie de revenir. » Nadia Candet, dont le concept « Private Choice » (exposition-vente d’œuvres dans un appartement privé, sur invitation) a été lancé grâce au programme VIP de la foire, reconnaît « la grande qualité de la Fiac et sa capacité à faire émerger de nouveaux collectionneurs, notamment via le secteur des jeunes galeries ».

Pour la directrice de la foire, contrairement aux reproches récurrents qui lui sont faits de privilégier les galeries internationales, la Fiac contribue « à renforcer la scène française », même s’il s’agit d’un « processus long » dans la mesure où l’on « revient de loin ». « J’ai redonné une légitimité à la Fiac, et cela rejaillit forcément sur nos artistes. D’ailleurs, la foire est à l’origine de la Nocturne des galeries qui se déroule en parallèle, montrant aux acheteurs du monde entier qu’il existe à Paris une sorte de Fiac permanente », insiste Jennifer Flay, qui se dit toujours partante pour « organiser une seconde foire française » malgré l’échec de son essaimage aux Docks en 2014 et 2015.

 

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°705 du 1 octobre 2017, avec le titre suivant : Le Tout-Paris se met à l’heure de la Fiac

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