Samedi 21 septembre 2019

Ventes publiques

Ventes publiques

Le 3e marché mondial des records

Par Isabelle Aufroy · Le Journal des Arts

Le 4 juin 2014 - 1175 mots

Installées depuis très longtemps, bien avant les galeries, les maisons de ventes chinoises et internationales profitent d’une législation plus souple qu’en Chine continentale.

À Hongkong, les maisons de ventes aux enchères ont développé le marché de l’art contemporain bien avant les galeries internationales. Sotheby’s ouvre en 1973 ; vient ensuite Christie’s en 1986, puis Bonhams en 2007, suivi d’Est-Ouest Auctions et de Ravenel en 2008. En 2012 c’est au tour de Poly International Auction et China Guardian, les deux leaders des enchères en Chine (et troisième et quatrième maisons de ventes dans le monde en 2012), de s’installer.

La Chine continentale enregistre un plus gros volume de ventes de peintures et calligraphies classiques, alors que les ventes d’art contemporain sont plus importantes à Hongkong.
Selon le rapport de l’European Fine Art Foundation, en 2013, 29 % de la valeur globale des enchères chinoises tous domaines confondus sont réalisées à Hongkong, contre 71 % en Chine continentale. Les deux principales raisons sont l’absence de taxes comme de censure. La circulation des œuvres n’est en effet pas libre en Chine. Depuis 2007, les antiquités datées d’avant 1911 ne peuvent quitter le continent. Leur définition ne cesse d’évoluer et comprend depuis 2013 les œuvres de Chen Yifei (1946-2005) et de Wu Guanzhong (1919-2010), deux des peintres les mieux vendus aux enchères.
En Chine, les taxes sur l’art contemporain sont lourdes et la déclaration de valeur vérifiée à la frontière. À l’automne 2013, un portrait de Zeng Fanzhi a été bloqué pendant plusieurs mois à sa sortie de Chine. Les autorités ne font pas la différence entre des séries de différente valeur réalisées par l’artiste. La déclaration leur semblait sous-évaluée pour une toile cependant incomparable à celle de la Cène qui venait de battre un record. En 2012, Poly et Guardian se sont implantés à Hongkong pour contourner cet obstacle.

Sur le continent encore, les images sont censurées. L’export temporaire pour l’exposition d’une œuvre de Pan Dehai représentant la place Tian’anmen a été refusé en Chine au printemps 2014. Depuis 2009, les œuvres contemporaines doivent obtenir l’aval du ministère de la Culture à l’import/export.
Selon le classement mondial 2013 pour les ventes d’art par produit d’adjudication, Christie’s (29,5 %) est désormais leader, suivi par Sotheby’s, (25,8 %), Poly International Auction (5,9 %), China Guardian Auctions (5,2 %), Beijing Council International Auction (3,2 %), Phillips (2,1 %) et Bonhams (1,6 %). Phillips n’a pas d’implantation à Hongkong. Après avoir tenu des ventes à l’automne 2013, Beijing Council s’abstient au printemps 2014.

En 2013, Christie’s a supplanté Sotheby’s en Asie avec un revenu total de 977,5 millions de dollars contre 931,4 millions de dollars pour Sotheby’s. Ce revenu tous départements confondus en Asie comprend les ventes inaugurales en 2013 en Chine, à Shanghaï en septembre pour Christie’s et à Pékin pour Sotheby’s en décembre. Les maisons étrangères ont interdiction de disperser antiquités et peintures chinoises, les deux catégories les mieux vendues en Chine.

Une offre à réinventer
Les ventes à Hongkong ont lieu à l’automne et au printemps, Sotheby’s organisant les siennes en octobre et en avril, Christie’s en novembre et en mai. Les deux grandes maisons ont l’exclusivité des enchères au Convention Center, qui est aussi le lieu de la foire Art Basel [lire p. 34].

Les départements et les ventes ont évolué au fil du temps et avec le marché. Les deux principales maisons proposent à Hongkong des ventes du soir, plus prestigieuses que celles du jour. Sotheby’s organise une vente dédiée à l’art du XXe siècle chinois, une autre à l’art contemporain asiatique et une troisième à l’art moderne et contemporain de l’Asie du Sud-Est. Christie’s consacre une vente respectivement à l’art asiatique du XXe siècle, à l’art contemporain asiatique, aux peintures modernes chinoises. Poly et Guardian programment des vacations axées sur le XXe siècle et l’art contemporain chinois, et sur la peinture et calligraphie chinoises. Bonhams disperse peinture et calligraphie chinoises d’un côté, art asiatique du XXe siècle au contemporain de l’autre.

Avec la concurrence des maisons chinoises à Hongkong, les deux leaders sont obligés de s’adapter. Sotheby’s tient désormais en janvier et en juin une vente d’art contemporain international appelée « Boundless ». Christie’s et Sotheby’s proposent aujourd’hui, en concurrence directe avec galeries et marchands d’art, des expositions-ventes dans leurs galeries. Les ventes des autres maisons ont généralement lieu dans des hôtels, à l’exception de Bonhams qui les organise dans sa galerie.
Sotheby’s et Guardian ont inauguré la saisons en avril par des résultats forts. La vente de Guardian dédiée à l’art chinois du XXe siècle et contemporain a généré 71,3 millions de dollars hongkongais (6,7 millions d’euros). Le record a été obtenu par une toile de Pan Yuliang pour 1,5 million d’euros. Une seconde vente dédiée à la peinture et à la calligraphie chinoise a enregistré 17,8 millions d’euros, avec un prix de 2,1 millions d’euros obtenu pour une toile de Wu Guangzhong.

La vente du soir de Sotheby’s a enregistré 63,3 millions d’euros. Un nouveau record mondial a été établi pour une peinture de Zhang Xiaogang cédée 8,9 millions d’euros. Un record mondial pour un maître d’Asie du Sud-Est a aussi été atteint par S. Sudjojono, réalisant 5,5 millions d’euros. La vente d’art moderne et contemporain d’Asie du Sud-Est a produit 6,1 millions d’euros, celle dédiée au XXe siècle chinois 11,6 millions d’euros et celle consacrée au contemporain asiatique 11,3 millions d’euros.

Juste derrière New York et Londres
Poly a organisé ses ventes en avril à l’hôtel Grand Hyatt. La vente d’encres contemporaines chinoises a réalisé 37,7 millions d’euros et celle d’art chinois et asiatique moderne et contemporain 19,4 millions d’euros.

La vente d’art contemporain de Bonhams, qui s’est tenue en mai dans la nouvelle galerie de la maison à Pacific Place, a engendré 1,4 million d’euros.
Dans la vente du soir de Christie’s en mai (44,2 millions d’euros), le record revient à une peinture de Sanyu, Pot de chrysanthèmes, cédée pour 4,3 millions d’euros – ces résultats sont moins bons que ceux de Sotheby’s à la même saison. La vente du jour d’art asiatique du XXe siècle a généré 17,2 millions d’euros, celle d’art contemporain 9,9 millions d’euros.

La vente d’art moderne et contemporain de Ravenel de mai a produit de son côté 3,5 millions d’euros.
Le marché des enchères hongkongaises arrive en 2013 en troisième position pour les records mondiaux, après New York et Londres. L’œuvre la plus chère a été la Cène de Zeng Fanzhi, cédée chez Sotheby’s pour 17 million d’euros, en 38e position mondiale. Les records de 2014 dépassent ce chiffre.

Les lots impayés, ou les retards de paiement, sont un problème persistant pour la région. Le fléau touche 44 % des lots offerts à Hongkong. Depuis 2006, Sotheby’s a intenté, et gagné, des procès contre des acheteurs chinois ou hongkongais qui n’honoraient pas leur dette. Désormais, les maisons de ventes exigent un dépôt de garantie pour enchérir.

Les causes des impayés sont multiples. Les doutes sur la provenance et l’authenticité figurent parmi les raisons le plus souvent invoquées, de façon parfois honnête, d’autres fois malhonnête, par les acheteurs.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°415 du 6 juin 2014, avec le titre suivant : Le 3e marché mondial des records

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