ANTIQUAIRE

La marqueterie de pierres dures d’hier à aujourd’hui

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 24 novembre 2021 - 502 mots

La galerie Gismondi présente une importante rétrospective de plus d’une centaine d’œuvres comportant de la marqueterie de pierres dures.
Paris.« Depuis la Renaissance, jamais une telle rétrospective sur cette technique si particulière et méconnue n’a été réalisée. Elle est le fruit de plus d’un demi-siècle de recherche. Du XIIe au XIXe siècle à travers l’Europe, nous avons voulu dresser un panorama de cette technique dans sa plus haute qualité. » explique le directeur de la galerie Gismondi, Éric Reymond. L’exposition est intitulée « Opus Sectile ». Ce terme désigne le travail complexe et précieux de la découpe de pierres polychromes (jaspe, calcédoine, lapis-lazuli, corail, porphyre, agathe, pierre calcaire (paésine), marbre, améthyste…), aujourd’hui appelé marqueterie de pierres dures. C’est une spécialité de la galerie, fondée par Jean Gismondi – disparu en 2014 et dont les filles Sabrina et Divina ont pris la suite. Pour autant, il s’agit de la première exposition consacrée à cette technique depuis la création de la galerie en 1966 à Antibes – installée, depuis 1981, rue Royale, à Paris. « Aujourd’hui, la galerie a les plus grands collectionneurs de pierres dures dans le monde. Les premières pièces ont été achetées il y a quarante ou cinquante ans par mon grand-père », explique Marius-Jacob Gismondi« et il a fallu environ trois ans pour orchestrer cette présentation ».

La technique, apparue sous l’Antiquité romaine, se développe surtout au XVIe siècle, à Rome, grâce aux fouilles et la découverte des pavements de marbre. Puis les Médicis s’en emparent et fondent, à Florence, les ateliers les plus prestigieux, tandis que cette vogue se répand dans toute l’Europe. Une fois les pierres découpées, elles étaient assemblées par couleur ou selon leur aspect pour former des décors, composant ainsi des paysages surréels, ou bien elles représentaient des bouquets de fleurs, des fruits, des compositions géométriques, des paysages ou des portraits, rivalisant avec la peinture. « Généralement, les décors géométriques étaient réalisés à Rome et les décors floraux à Florence », indique Marius-Jacob Gismondi.

L’exposition, accompagnée d’un catalogue, rassemble plus d’une centaine de pièces vendues de 15 000 à 3,5 millions d’euros. Des meubles marquetés de pierres dures : tables, cabinets, coffrets, à l’instar du Coffret Foggini à motif floréal garni de bronzes dorés, conçu par la manufacture Grand-Ducale de Florence et réalisé par Giovan Battista Foggini, (3,5 M€). Mais aussi des tableaux de pierres dures, comme Un majestueux paysage, attribué à Cosimo Castrucci, (XVIIe siècle, voir ill.), réputé provenant du trésor de l’empereur Rodolphe II. Enfin, sont également présentés une quinzaine de panneaux réunissant diverses pierres dures de différentes époques, composés par le directeur et réalisés par l’atelier de la galerie (jusqu’à 100 000 €).

En collaboration avec la galerie Darmo Art, fondée par Alexis de Bernède et Marius Jacob-Gismondi en 2018, un dialogue est établi avec les œuvres algorithmiques du collectif français Aurèce Vettier, créé par Paul Mouginot en 2019, pour une rencontre atemporelle entre l’intelligence artificielle et cette pratique plurimillénaire. Ces œuvres, mi-humaines, mi-artificielles, comprennent des peintures (dont la série « Potential herbariums »), photographies, bronzes ainsi qu’un meuble (entre 1 200 et 25 000 €).
Opus Sectile, de la marqueterie de pierres dures à Aurèce Vettier,
jusqu’au 19 décembre, Galerie Gismondi, 20, rue Royale, Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°578 du 26 novembre 2021, avec le titre suivant : La marqueterie de pierres dures d’hier à aujourd’hui

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