Samedi 22 février 2020

New York

La barre était trop haute

Le Journal des Arts

Le 30 novembre 2007 - 849 mots

Les ventes d’art impressionniste et moderne proposaient des estimations
trop ambitieuses. Sotheby’s en a fait les frais.

NEW YORK - Avec un ensemble d’œuvres d’art impressionniste et moderne estimé près d’un milliard de dollars et proposé en 48 heures (les 6, 7 et 8 novembre), des défaillances étaient inévitables. Sotheby’s n’a pas caché sa déception à voir deux de ses trois lots vedettes, Les Champs (Champs de blé) de Vincent Van Gogh (1890, estimé 28-35 millions de dollars) et La Lampe de Pablo Picasso (1931, 25-35 millions de dollars, mis en vente par la famille de l’artiste), ne pas trouver acquéreur. Le tableau de Van Gogh ayant largement circulé sur le marché avant la vente était « grillé » et personne n’en voulait à plus de 20 millions de dollars. Sotheby’s qui l’avait garanti, en est désormais le propriétaire, toute tentative de transaction après la vente ayant échoué. L’Écho, grande huile sur toile peinte par Georges Braque entre 1953 et 1956 (estimée 15-20 millions de dollars), également ravalée, a été acquise après la vente. Le résultat global reste cependant conséquent. Les 760 millions de dollars obtenus en deux soirées sont loin d’être inquiétants, surtout au regard des bons résultats réalisés par les ventes d’art contemporain une semaine plus tard, mais l’extraordinaire croissance de ces dernières années semble ralentir (lire p. 25). « Il nous faut quelques lots ravalés pour rendre le marché plus réaliste et les attentes plus modérées », nous a confié le collectionneur Adam Lindemann. La vente du soir de Christie’s a rapporté 395 millions de dollars (270 millions d’euros) dans la fourchette des estimations. La maison a enregistré des réactions plus intenses pour ses lots vedettes : L’Odalisque, harmonie bleue d’Henri Matisse, a été disputée par mises de 500 000 dollars et remportée par un acheteur au téléphone pour la somme record de 33,6 millions de dollars (22,9 millions d’euros, est. 15-20 millions de dollars).
La vente a connu des passages à vide, avec deux lots à la suite, un Sisley et un Renoir, ne trouvant pas acquéreur, et des adjudications inférieures aux attentes pour des artistes allemands, dont [Otto Dix] et Max Beckmann. Selon la courtière Daniella Luxembourg, les acheteurs majoritairement européens d’œuvres allemandes « préfèrent acheter à Londres », ajoutant que les ventes étaient dans leur ensemble très soutenues, surtout si l’on prend en considération le montant de l’offre et la diversité des vendeurs. Pour le compte de ses clients, elle a acheté chez Christie’s la Nature morte au melon et au vase de fleurs d’Auguste Renoir (1883, 2,5 millions de dollars, 1,7 million d’euros, est. 1-1,5 million d’euros) et Au bal de l’Opéra de Toulouse-Lautrec (1893, 10,1 millions de dollars, 6,9 millions d’euros, est. 6-8 millions de dollars). Chez Sotheby’s, où les enchères se sont considérablement refroidies après l’échec du Van Gogh, la vacation en soirée a rapporté 269,7 millions de dollars (184 millions d’euros), très en dessous des prévisions (entre 355,6 et 494,2 millions de dollars). Sotheby’s a incriminé ses propres « estimations agressives », même si des commentateurs ont souligné que la vente faisait suite à une journée noire sur les marchés financiers. Le dollar avait atteint son taux le plus bas et la bourse avait suivi, ce qui « n’a guère aidé », comme l’a reconnu Bill Ruprecht. Les analystes des maisons de ventes à Wall Street, qui ont revu à la baisse la valeur de l’action de Sotheby’s déjà malmenée après la vente, ont également relevé que la confiance des enchérisseurs potentiels avait pu être ébranlée par la crainte d’une récession économique.
Le nombre élevé d’œuvres pour lesquelles les deux maisons de vente ont été contraintes d’accorder des garanties (soit environ un tiers des lots proposés) pourrait avoir un impact à la fois pour les maisons de vente et pour les marchands auxquels une partie de ce risque est transmise. Toutefois, les marchands présents dans les salles resituaient rapidement les ventes dans leur contexte et attribuaient leurs résultats décevants à la qualité – et à la quantité – des lots proposés.
« Le marché n’a pas basculé hier soir. Les lots nouveaux sur le marché étaient plus nombreux chez Christie’s que chez Sotheby’s et ils ont eu plus de chance avec leurs lots vedettes », commentait le marchand new-yorkais David Nash, de la galerie Mitchell-Innes & Nash.
Même si la progression du marché de l’art impressionniste et moderne commence à ralentir, certains lots de ces ventes de novembre indiquent la croissance de ces dernières années : Die grüne Brücke (Le pont vert, 1909) de Lyonel Feininger s’est vendu 10,1 millions de dollars dans ces ventes contre 3,4 millions de dollars en 2001, et la Jeune fille assise en chemise (1918) de Modigliani a été adjugée 16,8 millions de dollars contre 4,8 millions de dollars en vente publique en 1998.

Sotheby’s, New York, vente du soir - Résultats en dollars nov. 2006/mai 2007/nov. 2007 : 238,6/278,5/269,7 millions - Lots vendus : 84,7 %/90,2 %/73,7 % Christie’s, New York, vente du soir - Résultats en dollars nov. 2006/mai 2007/nov. 2007 : 491,4/236,4/395 millions - Lots vendus : 93 %/87 %/81 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°270 du 30 novembre 2007, avec le titre suivant : La barre était trop haute

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