Dimanche 17 novembre 2019

Foire

Fiac 2019, business as usual

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 30 octobre 2019 - 826 mots

PARIS

Comme les années précédentes, les transactions ont été de bon niveau pour les artistes du marché dans les grandes galeries et plus difficiles pour les œuvres moins commerciales. Tout cela dans une ambiance enthousiaste.

Paris.« Let Everyone Know you Are @fiacparis ! » (« Faites savoir à tout le monde que vous êtes @fiacparis ») lisait-on sur le cartel des œuvres installées dans le programme « Hors les murs » de la foire. Et nul doute qu’une bonne part du public de cette 46e édition, particulièrement dense dès le premier jour, aura largement relayé cette consigne sur les réseaux sociaux, tant la Fiac (Foire internationale d’art contemporain) est devenue un lieu pour voir et être vu. Comme pour ce jeune couple d’« influenceurs digital », fans de Yayoi Kusama, Bertrand Lavier, Georges Condo et Takashi Murakami, dont lui affirme posséder deux toiles. Leur goût est en formation, leur regard pétillant. La Fiac ? « C’est grand ! » Et ils adorent.

Des affaires qui roulent…

Pour cette première visite, ils ont de la chance : l’ensemble des professionnels s’est accordé à juger cette 46e édition de très bonne qualité, dans une tonalité moins tape-à-l’œil que les années précédentes. Pas de totem géant doré, pas de démonstration de force. « Paris est en train de vivre une renaissance en tant que ville d’art, et la Fiac en est la confirmation, a ainsi déclaré Thaddaeus Roppac (Galerie Thaddaeus Roppac, Londres-Paris-Salzbourg). C’était l’une des meilleures éditions pour nous, à différents plans : les collectionneurs internationaux, en particulier asiatiques et américains, la qualité de la foire et l’enthousiasme général du monde de l’art parisien. »

Il peut en effet être très satisfait de ses ventes : Everglade (Borealis) de Robert Rauschenberg (1,7 million de dollars) ; Im Takt, aber leise, un tableau récent de Georg Baselitz (1,2 million d’euros) ; deux huiles sur toile de Yan Pei-Ming (560 000 euros chacune) ; un Roy Lichtenstein de 1986 (480 000 dollars) ; et les trois sculptures d’Antony Gormley (400 000 livres chacune)… Même satisfaction chez Chantal Crousel (Paris) : une œuvre de David Douard, une autre de Wade Guyton ainsi qu’une maquette de Rirkrit Tiravanija avaient trouvé preneurs dès l’ouverture, suivies par d’autres créations de Fabrice Gygi, Gabriel Orozco et Wolfgang Tillmans. Plusieurs « Solo Shows » ont également rencontré un vrai succès commercial : David Kordansky Gallery (Los Angeles) a vendu l’ensemble de la série de Jennifer Guidi ; la Galerie Cécile Fakhoury (Abidjan-Dakar-Paris), dont le stand était consacré à sept peintures spécialement réalisées par Ouattara Watts, en a vendu six.

… et quelques déceptions

Si les marchands ne se font pas prier pour communiquer leurs résultats quand ils sont bons, de trop rares enseignes mettent sur place une liste de prix à disposition. C’était le cas de l’Anton Kern Gallery (New York), qui affichait des tarifs assez abordables allant de 6 000 à 50 000 euros. Certaines galeries faisaient aussi part d’un bilan plus nuancé. Du côté de la Galerie Jocelyn Wolff (Paris), la directrice Sandrine Djerouet constatait que « des centaines de demandes et de conversations » s’étaient soldées par seulement quatre ventes le premier jour. Il faut dire que les pièces mises en avant sur le stand étaient moins identifiables, à l’instar de ce très beau Resignation Drawing de Wiliam Anastasi, artiste conceptuel américain relativement confidentiel, qui n’avait toujours pas trouvé preneur à la fin de la semaine au prix de 110 000 dollars. Il n’y a pas de science exacte en matière de marché de l’art : une rare édition d’un Autoportrait de profil de Marcel Duchamp attendait encore vendredi de trouver un acquéreur au mur de la Galerie 1900-2000 (Paris), tout comme une« gouache exceptionnelle » de Fernand Léger gardée en prévision de la foire.

Nous ne sommes pas prêts de revoir certaines œuvres dévoilées pour quelques heures ou quelques jours à la Fiac. En revanche, l’immense compo­sition de panneaux en plexiglas de Martial Raysse (Dans la suite des tableaux à géométrie variable, ce tableau est en vérité un film d’animation, 1966, voir ill.), spécialement conçue pour le cinéma particulier de la princesse Aga Kahn et qui n’avait jamais été exposée au public, le sera dès l’an prochain par la fondation privée qui l’a achetée.

Notons enfin que si les artistes émergents n’ont guère eu leur place au Grand Palais cette année, ils n’en étaient pas absents, y compris chez les marchands les plus établis. Lucie Picandet était ainsi présente à la galerie Georges & Nathalie Vallois (Paris), Edgar Sarin à la galerie Michel Rein (Paris). Quant aux enseignes installées à l’étage, c’était à laquelle serait la plus en prise avec l’actualité, de Clearing (Bruxellles) avec Meriem Bennani (programmée par l’« Open space » de la fondation Vuitton), Lili Reynaud Dewar (en ce moment au Palais de Tokyo) et Marguerite Humeau (au Musée d’art moderne de Paris) à la galerie Allen (Paris) avec Trevor Yeung (vu à la Biennale de Lyon), en passant par Barbara Wien (Berlin), qui présentait la correspondance « en cours » Where Are you Going ? d’Éric Baudelaire, lauréat du prix Marcel-Duchamp 2019.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°532 du 1 novembre 2019, avec le titre suivant : Fiac 2019, business as usual

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