Samedi 22 septembre 2018

Feigen, maître de l’ancien

Il vend la prestigieuse collection Saul Steinberg

Le Journal des Arts

Le 26 mai 2000 - 520 mots

Au lieu de s’adresser aux maisons de ventes aux enchères, le financier Saul Steinberg a préféré confier à un ami et conseiller de longue date, le marchand new-yorkais Richard Feigen, la vente de sa sompteuse collection de tableaux de maîtres anciens.

NEW YORK (de notre correspondant) - Malgré une liste encore provisoire et des estimations tenues secrètes, Richard Feigen met en vente une soixantaine de chefs-d’œuvre de la collection de Saul Steinberg. Parmi ceux-ci figurent Le Roi boit de Jacob Jordaens, L’Adoration des bergers et Les Noces de Thétis et Pélée de Joachim Wtewael, Diane et ses nymphes et Le Joyeux Courtisan de Gérard Honthorst, Le Christ prêchant sur les rives du lac de Bruegel de Velours, Salomé tenant la tête de Jean-Baptiste du Titien, Une Fête en musique de Gérard TerBorch, Galatée de Bernardo Cavallino, un tondo de La Sainte Famille avec saint Jean de Domenico Beccafumi, un Portrait d’homme de Salviati et une fascinante toile représentant des pêcheurs d’un artiste florentin du cercle de Vasari. La collaboration entre le marchand et l’homme d’affaires dure depuis trente-cinq ans. Richard Feigen a présenté à Saul Steinberg Gayfryd, sa femme, mais l’a surtout aidé à réunir ses trois collections successives, d’abord celle des Réalistes américains contemporains puis, dans les années soixante-dix, celle des Expressionnistes allemands. En 1981, l’acquisition d’un tableau de Wtewael marque le début de la collection de maîtres anciens mise en vente aujourd’hui. Par le passé, le collectionneur a préféré vendre ses tableaux chez Sotheby’s, en particulier Dieu chassant Adam et Eve du Dominiquin, acquis par la National Gallery de Washington pour trois millions de dollars en janvier, La Peste à Athènes de Michael Sweerts, que le County Museum de Los Angeles s’est adjugée 3,5 millions de dollars en 1997, et un petit Rembrandt, Tête de vieillard, vendu 2,7 millions la même année.

Les musées acheteurs
Même si Sotheby’s a mis en vente le 26 mai la collection de meubles anglais et de bronzes de Saul Steinberg (on ignore encore qui dispersera la collection des dessins de maîtres anciens), il s’agit d’une piètre consolation pour la perte d’une des collections de maîtres anciens les plus importantes réunies ces dernières années. Une maison de ventes aux enchères, dont le nom n’a pas été révélé, a même proposé à Richard Feigen de lui racheter toute la collection. “Je refuse de gagner de l’argent avec Saul”, a-t-il fièrement répondu. “Je prends une commission, c’est tout.” Selon lui, la décision de Saul Steinberg n’a rien à voir avec les récents problèmes judiciaires de Christie’s et de Sotheby’s aux États-Unis ; en galerie “il obtiendra de meilleurs prix”. Et le marchand ajoute : “Si Saul avait collectionné des vedute vénitiennes ou des natures mortes, il aurait eu alors intérêt à s’adresser à un auctionneer. C’est là que ce genre de tableaux obtient les meilleurs prix. Mais Saul a des œuvres sérieuses qui doivent être montrées avec soin et cédées avec justesse. Elles ne se vendent pas au meilleur prix en vente publique. Les musées américains sont très pauvres en ce domaine, et j’ai repéré ceux pour qui l’acquisition de ces toiles ferait une véritable différence.”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°106 du 26 mai 2000, avec le titre suivant : Feigen, maître de l’ancien

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