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Drouot veut se relancer

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2015 - 777 mots

PARIS

Ouverture à des opérateurs extérieurs, élargissement des horaires, ventes de contexte, la salle des ventes cherche à enrayer son déclin.

PARIS - Drouot est un modèle unique au monde, avec ses 75 opérateurs de ventes volontaires (OVV) et ses 5 000 visiteurs par jours. Mais l’ouverture à la concurrence il y a quinze ans, les décisions prises par le passé et l’affaire des cols rouges ont enrayé la machine. À cela s’est ajouté le départ des OVV les plus dynamiques qui ont créé leurs propres espaces : Jacques Tajan en a été l’initiateur, suivi d’Artcurial puis Piasa et Cornette de Saint Cyr en 2014. Cette hémorragie n’a pas été sans conséquence et le chiffre d’affaires de Drouot a continué de baisser.

Depuis un an, sous l’impulsion d’Olivier Lange (directeur général de Drouot Patrimoine depuis 2011) les choses semblent bouger : en février, Alexandre Giquello, 44 ans, était désigné président du conseil de surveillance (suite à la démission de Claude Aguttes), tandis qu’en avril, Cécile Bernard, 46 ans, était nommée directrice du développement. Cette nouvelle équipe paraît animée d’une réelle volonté d’enrayer le déclin.

Ouvertures
Accusé d’être trop replié sur lui-même, Drouot s’ouvre : hasard ou volonté des dirigeants de l’hôtel de compenser le manque à gagner causé par les départs successifs, de jeunes maisons ont pu intégrer le lieu avec pour contrepartie l’obligation d’acheter des parts pour devenir actionnaire (ou en rachetant celles d’autres sociétés). C’est ainsi que les OVV Leclère, Copages Auction, De Baecque et Art Valorem sont entrées dans le capital.  Désormais,  également un opérateur non-actionnaire peut organiser une vente à Drouot « à condition que cela soit exceptionnel et que la qualité des objets s’y prête. Si cela devenait récurrent, alors il devrait prendre des parts », explique Alexandre Giquelo. L’institution s’ouvre aussi  – timidement – aux opérateurs internationaux : le 17 septembre, elle a, pour la première fois, accueilli l’exposition publique de la maison de ventes danoise Bruun Rasmussen.
Souvent critiqué pour ses horaires d’accès trop restreints, Drouot les revoit pour attirer plus de visiteurs. Les expositions sont dès maintenant visibles le jeudi soir jusqu’à 21h, tandis que le lieu est ouvert tous les samedis (11h-18h). Le nombre de ventes en nocturne, comme la vente des vins de prestige du 21 septembre, devrait aussi être revu à la hausse.

Les dirigeants de Drouot ont également souhaité s’attaquer à un problème de fond, celui des experts indépendants. Fruit d’une réflexion avec la Compagnie nationale des experts en œuvres d’art (CNE) et le Syndicat français des experts professionnels en œuvres d’art et objets de collections (SFEP), le vetting (comité d’experts issus des deux organisations et de membres du conseil de surveillance) aura pour mission de contrôler les objets douteux. « Nous voulons maintenir à distance les pseudo-experts qui peuvent nuire à la profession car le titre n’est pas protégé », commente Alexandre Giquelo. Cette évolution a cependant ses limites car le comité n’exercera son pouvoir que lors des expositions communes (Temps Forts ou expositions de spécialités). « On ne peut pas contrôler ce qui se passe dans toutes les salles ce qui est d’ailleurs du ressort du Conseil des ventes. Alors nous essayons de montrer par l’exemple », poursuit-il.

Synchronisation
« Drouot doit être connecté au public intéressé par l’art donc coller aux événements culturels parisiens », explique Olivier Lange. Aussi, l’institution a participé pour la première fois aux Journées du patrimoine et pour la deuxième fois à la Nuit Blanche. C’est aussi dans cette optique que la salle des ventes  lance de façon inédite des ventes collégiales sous la bannière « Drouot » en s’adossant à un événement parisien. À ce titre, le 12 novembre, lors de la tenue du salon Paris Tableau (11 au 15 novembre) aura lieu une vente de tableaux anciens regroupant plusieurs commissaires-priseurs dont un seul tiendra le marteau. Même si seule une vente de ce type est programmée pour l’instant, « elle démontre une véritable évolution dans l’état d’esprit des commissaires-priseurs qui adhèrent à la politique de mise en avant de la marque Drouot », commente Olivier Lange. Dominique Ribeyre, commissaire-priseur à Drouot depuis plus de trente ans est favorable à ces initiatives. « Nous ne pouvons rester sur nos acquis, ce serait archaïque. Ceci est d’autant plus vrai du fait de la forte concurrence des grandes maisons internationales. » Quant à l’antenne à l’étranger, il faudra patienter. « Nous y pensons, sans doute à travers Drouot Estimation, la seule maison de ventes intégrée. Mais de nombreux confrères sont encore réticents », indique un commissaire-priseur.

Ceci n’est que le début, encourageant, certes, mais il faudra se montrer persuasif pour lutter contre le fort individualisme qui sévit dans la profession.

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L'hôtel Drouot. © Photo : Silvio Magaglio.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°442 du 2 octobre 2015, avec le titre suivant : Drouot veut se relancer

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