Jeudi 13 décembre 2018

Antiquités classiques

Christie’s, le baron et le cheikh

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 24 avril 2013 - 794 mots

Des impayés du cheikh qatari, Saud ben Mohammed Al-Thani, obligent le baron Empain à remettre en vente des objets égyptiens chez Christie’s à Londres le 2 mai.

LONDRES - Christie’s tiendra sa vente saisonnière d’antiquités classiques le 2 mai à Londres. La section égyptienne y est particulièrement à l’honneur, avec une sculpture en granodiorite du dieu Thot sous la forme d’un babouin, datant de la IIIe période intermédiaire, estimée 150 000 à 250 000 livres sterling (170 000 à 280 000 euros), après avoir été vendue à Drouot (SVV Binoche et Giquello) en 2006 pour 108 000 euros (hors frais). La couverture du catalogue rend hommage à une autre divinité du panthéon égyptien : Horus. Une tête en granit du dieu faucon de basse époque, provenant des descendants d’un diplomate français en poste à Alexandrie dans les années 1840, a été estimée 100 000 à 150 000 livres (120 000 à 170 000 euros).

La vente comprend également des objets égyptiens issus de l’ancienne collection du baron Édouard Louis Joseph Empain (1852-1929). Constructeur du métro parisien, cet ingénieur, financier, industriel belge et grand amateur d’égyptologie, a fondé la ville d’Héliopolis, dans la banlieue est du Caire, au début du siècle dernier. Les collectionneurs d’art égyptien reconnaîtront la vingtaine de lots remis en vente par l’actuel baron Empain (petit-fils du collectionneur).

Ces antiques ont été une première fois présentés aux enchères le 14 avril 2011, toujours à Londres chez Christie’s. La quasi-totalité des 115 lots s’était alors envolée pour 1,1 million de livres (hors frais) [1,2 million d’euros], près de trois fois l’estimation. Mais deux ans plus tard, la vente de certains objets a été annulée, en raison d’un défaut de paiement. La faute en revient au cheikh Saud ben Mohammed Al-Thani, membre de la famille régnante du Qatar et collectionneur compulsif d’antiques, qui s’était porté acquéreur de la moitié de la collection Empain (en valeur), dont un taureau en bronze de la XXVIIe dynastie. Estimé 50 000 à 80 000 livres, l’objet avait été disputé jusqu’à 180 000 livres (hors frais) [210 400 euros]. Le baron Empain a poussé la maison de ventes à proposer le taureau au sous-enchérisseur. Ce dernier a accepté son acquisition à hauteur de 150 000 livres (175 300 euros). Mais les autres lots impayés vont repasser sous les feux des enchères, avec le risque qu’ils n’atteignent pas les montants précédemment enregistrés. Une rare coupe du Nouvel Empire en « egyptian blue », en parfait état, datant du règne d’Amenhotep III, était partie à 110 000 livres (124 000 euros), soit dix fois son estimation. Une rarissime paire de sandales du Nouvel Empire était montée à 42 000 livres (47 500 euros), contre une estimation haute de 1 400 livres.

Christie’s exonérée
Depuis quelques années, le cheikh multiplie les achats d’antiques, sans régler sa note. Dès 2012, il est interdit d’achat dans un certain nombre de maisons de ventes. Cela ne l’a pas arrêté pour autant. Il continue d’agir en ventes publiques, par l’intermédiaire de certains antiquaires parmi lesquels le Londonien Simon Aaron, sans pour autant honorer ses acquisitions. Des commissaires-priseurs parisiens chez qui le cheikh a laissé de belles ardoises ont néanmoins réussi à obtenir des paiements échelonnés. Le baron Empain reproche à Christie’s Londres de n’avoir pas fait tout le nécessaire pour obtenir le règlement. Son contrat anglais signé avec la maison de ventes exonère Christie’s de toute responsabilité en matière d’impayés. L’auctioneer londonien, qui a refusé de répondre à nos questions sur ce cas précis, nous a seulement indiqué qu’il prenait toutes les mesures nécessaires pour s’assurer que, avant la vente, les acheteurs potentiels soient solvables, et qu’à l’issue de la vacation les achats soient réglés dans les délais. Et de préciser que, « dans de rares cas où l’acheteur n’a pas payé, Christie’s se réserve le droit d’intenter une action légale ».

Le droit français est plus protecteur à l’égard des vendeurs « en ne permettant pas à une maison de ventes de s’exonérer de sa responsabilité dans le cadre de la vente aux enchères. Si la maison de ventes a commis une faute, le vendeur pourra en demander le dédommagement devant les tribunaux, souligne le Conseil des ventes volontaires. Au demeurant, cette maison de ventes peut décider de racheter l’œuvre pour son propre compte en cas de litige entre le vendeur et l’acheteur. Enfin, le vendeur pourra s’appuyer sur le Conseil des ventes, autorité de régulation des ventes aux enchères publiques, qui veille à la transparence et au respect de la déontologie des acteurs du marché ».

ANTIQUITÉS

Le 2 mai, à Londres, South Kensington, tél. 01 40 76 85 85/ 44 020 7581 7611,www.christies.com 
Expert : Georgiana Aitken
Estimation : 1,4 à 2,1 millions de £ (1,6 à 2,5 millions d’€)
Nombre de lots : 145

Légende photo

Coupe à fond plat, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie, règne d'Amenophis III, vers 1388-1351 avant J.-C., fritte émaillée bleue, diam. : 15,8 cm, estimation : 8 000 – 12 000 livres, vente du 2 mai 2013, Christie's, Londres. © Christie's images Ltd.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°390 du 26 avril 2013, avec le titre suivant : Christie’s, le baron et le cheikh

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