Jeudi 12 décembre 2019

Ventes aux enchères

Christie's et Sotheby's ou la bataille de Paris

La conquête de Paris

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 20 septembre 2011 - 795 mots

Dix ans après l’ouverture du marché des ventes volontaires, Christie’s et Sotheby’s se livrent une bataille acharnée pour occuper la première place en France. Si l’objectif est le même, les stratégies diffèrent. Promu vice-président de Sotheby’s Europe, Guillaume Cerutti, le patron de Sotheby’s France, est récompensé pour les bons résultats de la filiale parisienne.

PARIS - Presque quatre ans jour pour jour après son arrivée à la tête de Sotheby’s France, Guillaume Cerutti a été nommé, le 12 septembre, vice-président de Sotheby’s Europe. À ce titre, il a désormais autorité sur les filiales de Sotheby’s en Italie, aux Pays-Bas et en Belgique. L’Allemagne et la Suisse restent sous gouvernance anglo-saxonne. « Ce choix conforte la stratégie de Sotheby’s visant à concentrer ses ventes aux enchères dans les quatre places mondiales bien identifiées que sont New York, Londres, Hongkong et Paris », explique-t-il. « Cette évolution est cohérente avec ce qui se passe depuis deux ans chez nous, c’est-à-dire le fait de faire de Paris la capitale pour les ventes d’orfèvrerie européenne, puis d’Art déco et de photographies », précise-t-il encore. « Entre l’annonce d’une stratégie et la réalité du marché et de la bataille des enchères, nous nous en sortons haut la main », rétorque François de Ricqlès, président de Christie’s France. Ce dernier rappelle un certain nombre de « records absolus » détenus par Christie’s à Paris, parmi lesquels ceux pour la vente d’une œuvre d’art et d’une photographie en France : la sculpture Tête d’Amedeo Modigliani adjugée 43,2 millions d’euros le 14 juin 2010, et le tirage Dovima avec les éléphants, de Richard Avedon, vendu 841 000 euros le 20 novembre 2010. Il relève aussi que « les trois plus importantes collections particulières vendues en France depuis dix ans l’ont été par Christie’s ». Il s’agit chronologiquement de la collection d’Art déco Claude et Simone Dray (59,7 millions d’euros, les 8 et 9 juin 2006) ; de la collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé (342,4 millions d’euros, les 23, 24 et 25 février 2009), et des collections du château de Gourdon (44,6 millions d’euros, les 29, 30 et 31 mars 2011), qui distancent d’une courte tête la collection Vérité d’arts premiers dispersée à Drouot pour 44 millions d’euros, les 17 et 18 juin 2006 (SVV Enchères Rive Gauche).

La guerre des chiffres
Pour le patron de Christie’s France, « depuis dix ans, le leadership de Christie’s en France est clairement établi, en termes de résultats, de vente de collections et de records. Le but de Christie’s a toujours été de faire des ventes en France. De 2002 à 2006, les chiffres parlent d’eux-mêmes [voir tableau]. Sotheby’s n’a été qu’un suiveur. Il y a eu un tournant en 2006, quand notre concurrent n’a plus accepté une telle distorsion de résultats en France. Il a fait alors un choix politique, et des moyens ont été donnés à Guillaume Cerutti et ses équipes pour rattraper le retard. En ce sens, la politique de Christie’s a été déterminante pour le marché français. Christie’s a imprimé son modèle d’implantation et de développement en France ».

L’évolution des chiffres d’affaires en France des deux auctioneers montre, à partir de 2006, un rebond de Sotheby’s qui s’est tout de même hissée au premier rang national en 2008. « La seule année de la décennie où Sotheby’s était en tête », commente laconiquement François de Ricqlès.
Si, pour Christie’s, être la meilleure en France c’est être la première en termes de chiffre d’affaires, selon Sotheby’s, c’est un positionnement spécifique qui donne son identité à l’auctioneer. « Le renforcement de notre activité en France va de pair avec la qualité de notre expertise et la sélectivité de nos ventes », souligne Guillaume Cerutti. Pour la maison de ventes américaine, les bons résultats se jugent aussi à l’aide d’autres indicateurs. Il s’agit de la valeur moyenne du lot vendu, qui est de 70 000 euros au premier semestre 2011 (contre 22 830 euros chez Christie’s), et du nombre d’adjudications supérieures à 1 million d’euros, qui est, pour la même période, de 21 chez Sotheby’s contre 13 chez son adversaire. « Ces données sont très satisfaisantes », affirme le nouveau vice-président de Sotheby’s Europe, qui décline ainsi la politique mondiale de Sotheby’s sur le plan français. « Ce qui compte pour nous c’est d’être visible, c’est-à-dire d’être un leader sans être obsédé par la place numéro 1 ; crédible par le degré de compétence de nos experts et de nos collaborateurs ; et enfin, durable. »

À l’avenir, Sotheby’s ne cache pas sa volonté d’augmenter dans ses ventes françaises la proportion d’œuvres dont les prix sont compris dans une fourchette de 1 à 5 million(s) d’euros. Peut-être cela passera-t-il par une orientation des flux de marchandises du Benelux et de l’Italie vers la France…

Légende photo

Façade de Christie's Paris © Christie's

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°353 du 23 septembre 2011, avec le titre suivant : Christie's et Sotheby's ou la bataille de Paris

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