Contre-culture

Burroughs, le festin plastique

Galerie

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 8 juin 2016 - 698 mots

Préfigurant l’événement « Beat Generation » du Centre Pompidou, la Galerie Semiose présente un bel ensemble d’œuvres sur papier de l’écrivain accompagnées de ses peintures de tirs

PARIS  -  Si William S. Burroughs (1914-1997) bénéficie d’un tel culte, aussi bien dans sa classe d’âge que parmi les trentenaires d’aujourd’hui, c’est parce qu’il est incontestablement l’incarnation de l’esprit même de la Beat Generation, l’un des plus importants mouvements culturels transdisciplinaires du XXe siècle. Il en fut l’un des fondateurs avec Jack Kerouac et Allen Ginsberg, rencontrés à la Columbia University de New York en 1944. Mais si ce personnage charismatique, véritable aimant à côté duquel tous les artistes (Warhol, Bacon, Takis, Lebel, Basquiat, Haring…) et toutes les rocks stars (Mick Jaegger, David Bowie…) voulaient se faire photographier, est si vénéré, c’est avant tout pour ses écrits, notamment son plus célèbre roman, Le Festin nu (publié en 1959). Burroughs est en effet nettement moins connu pour sa production plastique. De façon logique et injuste à la fois. Logique parce qu’il a réellement commencé à travailler dans ce domaine très tard, au début des années 1980 – collaborant alors avec Robert Rauschenberg –, et ceci durant peu de temps, une quinzaine d’années, puisqu’il est mort en 1997. Il s’était d’autre part promis de ne jamais montrer ses œuvres avant la mort de Brion Gysin (l’inventeur du cut-up) survenue en 1986, son vieux compagnon de route, avec lequel il avait collaboré dans les 1950 à Tanger puis à Paris au début des années 1960 et dont il disait qu’« il était le seul homme qu’[il] ait jamais respecté ». Mais cette absence de reconnaissance est injuste au regard de la pertinence de sa production et de  ses débuts  de carrière dans cette discipline, puisqu’il bénéficiera dès 1987 d’une première exposition, aux côtés de Philip Taaffe, intitulée « Drawing Dialogue », à la Pat Hearn Gallery à New York, et l’année suivante de son vrai premier solo show à la galerie Tony Shafrazi, également à New York. Il y a pire comme débuts. En France, il a été présenté par la galerie K, rue Guénégaud (Paris-6e) en 1990, et par la Galerie Porte Avion à Marseille en 1993.

Revolver et chat
Ce n’est donc pas le moindre mérite de Benoît Porcher, directeur de la Galerie Semiose, à Paris, que d’avoir récupéré l’estate de l’artiste, autrement dit le droit auprès de ses héritiers de le représenter dorénavant en France. Il peut organiser aujourd’hui cette exposition parallèlement à la manifestation que le Centre Pompidou consacre à la Beat Generation (du 22 juin au 3 octobre). Outre son caractère inédit et son indéniable qualité, la sélection révèle une diversité de techniques, de gestes, de formats, de couleurs, et en même temps une étonnante cohérence, une unité inattendue au premier coup d’œil tant la diversité paraît grande. D’un mur à l’autre, on découvre aussi bien des acryliques et encres sur carton ou papier que des sprays sur contreplaqué comportant des impacts de balle à la carabine, ses fameux « gunshot » (peintures de tirs) à regarder des deux côtés. Ce principe du recto verso, qui intéressait beaucoup Burroughs, comme l’idée du haut et du bas, est également très présent dans les encres sur chemises cartonnées, judicieusement encadrées sous verre pour que leurs deux faces soient visibles.
Plus loin est accrochée Exhibit X, une peinture aérosol sur papier, dans des gris métallisés figurant un revolver qui n’est pas sans évoquer certaines œuvres de Robert Malaval (culture pop-rock oblige), ou encore The cat who walked all by himself, un splendide papier composé du collage d’une étiquette évoquant un chat, dans un esprit miniature indienne, entourée de volutes d’encre lie-de-vin.
Les prix vont de 4 500 à 70 000 euros. Soit un grand écart principalement justifié par les formats. Avec une moyenne située autour de 25 000 euros, pour certains « gunshot » notamment, on ne peut pas dire que la cote est excessive pour un créateur, au sens large du terme, de cette ampleur. Mais cela s’explique par le fait qu’il n’est pas (encore ?) un artiste de marché ni de spéculation.

William S. Burroughs

Nombre d’œuvres : une vingtaine
Prix : entre 4 500 et 70 000 €

WILLIAM S. BURROUGHS

Jusqu’au 23 juillet, Galerie Semiose, 54, rue Chapon, 75003 Paris, tél. 09 79 26 16 38, du mardi au samedi 11h-19h.
À signaler, la parution à cette occasion du premier numéro de la revue-fanzine Please to meet you, avec un entretien de Burroughs par Simone Lazzeri Ellis, un texte de Jean-Jacques Lebel et des photos.


www.semiose.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°459 du 10 juin 2016, avec le titre suivant : Burroughs, le festin plastique

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