Bilan semestriel

La vente Saint Laurent-Bergé n’aura éclipsé qu’un temps le ralentissement de l’activité des enchères.

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 3 septembre 2009

Une fois dissipée l’euphorie liée à la vente de la collection Saint Laurent-Bergé, la réalité de la crise économique s’est confirmée pour le marché de l’art en France au cours du premier semestre 2009. Les vendeurs se faisant rares, les sociétés de ventes volontaires fonctionnent au ralenti. Dans ce contexte, certaines maisons ont moins bien résisté à la crise, comme en témoigne notre classement surprise.

PARIS - La dispersion de la collection Yves Saint Laurent (YSL) - Pierre Bergé du 23 au 25 février sous le marteau de Christie’s en association avec la maison Pierre Bergé & associés (PBA), à Paris sous la verrière du Grand Palais (une première !), aura marqué les esprits et forcé l’admiration, cumulant tant de records malgré la crise : record pour une collection vendue aux enchères (342,4 millions d’euros [1]) ; record pour une collection d’art impressionniste et moderne (206 millions d’euros), pour une collection d’arts décoratifs du XXe siècle (59,1 millions d’euros) et pour une collection d’orfèvrerie (19,8 millions d’euros). Et surtout, grâce à cette vente historique, Paris se retrouve propulsée sur le devant de la scène du marché de l’art mondial. Et Christie’s France de devenir le temps d’un semestre la première salle de ventes du groupe Christie’s…

Chute de l’offre
À côté de cet événement euphorisant qui a « shooté » dans le marché de l’art français, la réalité d’une crise s’est confirmée, avec des baisses de recettes pour le trio de tête des maisons de ventes en France. Sans la vente YSL, Christie’s (45,4 millions d’euros) encaisse un recul de 47,1 % pour retrouver son niveau de chiffre d’affaires de 2004, derrière Sotheby’s (46,6 millions d’euros) qui perd 35,2 %, et devant Artcurial (39,9 millions d’euros) qui n’affiche que 25,8 % de diminution grâce la vente de la collection Oury (6,5 millions d’euros) les 20 et 21 avril. La vente Oury a légèrement compensé les tribulations de l’art contemporain, affecté par la conjoncture. La crise s’est caractérisée au cours de ce semestre par une chute de l’offre aux enchères, les propriétaires d’objets étant peu enclins à vendre en ces temps jugés difficiles. « Cette baisse [en volume et en valeur] est moins sensible à Paris qu’à Londres et New York, qui misent beaucoup sur l’art moderne et contemporain », indique Guillaume Cerutti, président de Sotheby’s France, soulignant que, même « en période de crise, l’engagement de Sotheby’s en France ne faiblit pas ». « Dans ce contexte économique difficile, nous mettons beaucoup d’espoir dans la possibilité de réaliser des ventes privées en France (l’une des promesses de la réforme en cours du marché de l’art [2]), comme cela existe partout dans le monde. Même si elles ne constituent pas le centre de notre activité, les ventes privées, plus rapides et moins risquées que les ventes aux enchères publiques (hors période d’euphorie du marché de l’art), seraient une bouffée d’oxygène », affirme François de Ricqlès, vice-président de Christie’s France. Ce dernier avait décroché la vente YSL pour le bénéfice de Christie’s.

– 51 % pour Tajan
Consécutivement à la crise qui a débuté à l’automne 2008, Christie’s, Sotheby’s, Artcurial et Tajan n’ont pas reconduit certains contrats de travail et ont procédé à quelques licenciements. Pour la rentrée de septembre, Piasa (rétrogradée en 7e position dans le classement des maisons de ventes françaises après l’arrivée en mai 2008 d’actionnaires étrangers au monde des enchères) se sépare à son tour d’une demi-douzaine de salariés dans le cadre d’une restructuration « liée à une baisse de notre chiffre d’affaires [– 36,3 % par rapport au premier semestre 2008] », a commenté Laurence Calmels, nouveau directeur du développement de Piasa depuis avril 2009, tout en accueillant deux nouvelles recrues. Mais la plus grande dégringolade revient à l’enseigne Tajan qui sort du Top 5 pour descendre à la 9e marche du podium, après une chute de 51 % de ses recettes. Sur quarante ventes enregistrées chez Tajan du 1er janvier au 30 juin 2009, une seule a dépassé le million d’euros. Hissée en 4e position du classement, PBA a vu son semestre boosté ( 12 %) par l’effet YSL, avec une vente d’arts décoratifs du XXe siècle qui a totalisé 9 millions d’euros, le 17 juin à Bruxelles. À la 5e place, la maison Millon-Cornette de Saint Cyr, fruit d’une récente fusion, gagne du terrain grâce à un chiffre d’affaires consolidé, mais ne cache pas une diminution de ses transactions (– 18 %). À sa suite, la société Aguttes, toujours en phase de développement à Paris et à Lyon, tire son épingle du jeu avec un taux de progression de 22,4 %, pour plus de 20 millions d’euros de produit de ventes. Plus surprenant, Bonham’s France entre dans le Top 10 à la 8e place. Pour sa deuxième année de présence dans l’Hexagone, la maison britannique spécialisée dans les voitures de collection a réalisé un chiffre de 11,8 millions d’euros à l’issue de sa vacation organisée au salon Rétromobile le 7 février, montant auquel s’ajoutent les 4,9 millions d’euros d’une vente monégasque, toujours dans le secteur automobile. Mais, en conservant seulement trois employés dans son bureau de Paris (après une vague de licenciements qui a touché début 2009 le groupe au niveau mondial), Bonham’s a abandonné ses velléités d’étendre ses ventes publiques dans d’autres secteurs en France.

Octobre en vue
Malgré la dispersion réussie de quelques belles successions, l’hôtel des ventes Drouot a aussi vu ses ventes décliner de près de 15 % en valeur. Le second semestre parisien s’annonce tout aussi difficile pour les grandes maisons de ventes comme pour les petites et moyennes SVV. Les maisons Artcurial et Millon-Cornette de Saint Cyr espèrent relancer la machine de l’art contemporain avec leurs traditionnelles ventes du mois d’octobre, programmées en marge de la FIAC (Foire internationale d’art contemporain). « La crise est un mauvais moment à passer, tempère François Tajan, coprésident d’Artcurial. En attendant des jours meilleurs, il faut faire le dos rond et aussi de son mieux pour rester attractif, notamment en réalisant des catalogues séduisants et en ayant de bons experts. »

(1) déduction faite des deux têtes chinoises en bronze dont la vente à 31,5 millions d’euros a été finalement annulée.

(2) Le texte de la proposition de loi sur la réforme des ventes aux enchères en France, qui a été adopté par la commission des lois du Sénat le 8 juillet 2009, offrirait aux opérateurs de ventes volontaires la possibilité de réaliser des ventes de gré à gré, conformément aux prescriptions de la « directive services ».

Recul mondial des ventes aux enchères

Le marché de l’art international a connu un déclin important au cours des six premiers mois de l’année 2009, de 62,5 % pour Sotheby’s dont l’activité planétaire a généré 1,2 milliard de dollars (850 millions d’euros) (contre 3,2 milliards de dollars de janvier à juin 2008) et de 48,5 % pour Christie’s Monde qui cumule 1,8 milliard de dollars de produit de ventes (contre 3,5 milliards lors du premier semestre 2008). Sans la vente record Saint Laurent-Bergé (342,4 millions d’euros) qui élève fièrement Paris à la tête des places de marché du groupe Christie’s, la baisse de l’activité mondiale de l’auctioneer aurait atteint 58,5 %. Malgré une réduction des volumes de ventes, Christie’s affiche une moyenne de 78,3 % de lots vendus par vacation, soit 5 % de plus qu’en 2008. Sa rivale précise pour sa part que les taux de lots vendus dans ses ventes du soir de New York et Londres sont passés de 64,3 % en novembre 2008 à 80,6 % et 85,2 % en mai et juin 2009 pour l’art impressionniste et moderne, et de 68 % en novembre 2008 à 81,2 % et 92,5 % en mai et juin 2009 pour l’art contemporain. À défaut de quantité d’œuvres à vendre, les auctioneers misent sur la qualité.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°308 du 4 septembre 2009, avec le titre suivant : Bilan semestriel

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