Biennale 2016 les antiquaires en pleins préparatifs

Par Marie Potard · L'ŒIL

Le 27 mai 2016 - 1236 mots

Le compte à rebours a commencé pour
la Biennale des antiquaires, événement majeur de la rentrée au Grand Palais. Le Syndicat national des antiquaires règle les dernières formalités tandis que les exposants finalisent leurs projets de stand.

Très attendue, la 28e édition de la biennale l’est depuis deux ans. D’abord parce qu’il s’agit d’un événement magique où le luxe et l’excellence rivalisent, mais aussi parce que, remodelée au fil des mois, elle a déjà fait couler beaucoup d’encre. Mais, en attendant de découvrir la nouvelle mouture que le SNA peaufine, les participants sont en pleins préparatifs. Et la tâche est encore grande, même si personne ne ménage ses efforts. Critiquée depuis plusieurs éditions, ce qui avait valu à son ancien président Christian Deydier d’être évincé en juillet 2014, la biennale et son nouveau président Dominique Chevalier, élu en octobre de la même année, ont depuis presque rempli le cahier des charges. En juillet 2015, l’annualité de la biennale était adoptée, faisant suite à la nomination en mai d’Henri Loyrette, ancien directeur du Musée du Louvre, en tant que président de la commission d’admission des exposants. Sa mission ? Convaincre des marchands étrangers de renom d’exposer, pour compenser la faible participation de galeries étrangères en 2014. Aussi, en 2016, 41 galeries étrangères seront présentes (contre 22 en 2014), un bon point pour la manifestation.

Le période d’exposition, jugée trop longue par les exposants, était également au chapitre des revendications. Celle-ci a donc été raccourcie de trois jours. Autre point d’achoppement : le nombre d’exposants qui, trop réduit, n’incitait pas les visiteurs étrangers à se déplacer… Qu’à cela ne tienne, le SNA dévoilait en avril 2016 une première liste de 113 exposants, contre 87 (dont 14 joailliers) en 2014, soit une augmentation de près de 30 %.

De la Haute époque à la galerie Daniel Templon

Ces indicateurs laissaient présager un bon lancement de la biennale, jusqu’à ce que le nouvel organisateur du salon, Reed Exhibitions [organisateur de la Fiac et de Paris Photo, ndlr], et le SNA divorcent brusquement au printemps. En effet, le SNA et la société ont cessé en avril leur collaboration pour cause de désaccords. À cela se sont ajoutés des problèmes d’attribution de stands et des galeries de renommée internationale ont été supplantées par d’autres de moindre envergure. Certains marchands importants ont fait savoir qu’ils ne reviendraient pas comme Robert et Cheska Vallois, Didier Claes, Bernard Dulon, Oscar Graf ou Phoenix Ancient Art. Neuf d’entre eux ont d’ailleurs riposté en organisant du 10 au 24 septembre « Le Rendez-vous » dans le quartier de la rue de Seine. Le SNA reprend donc la main sur la Biennale 2016, avec pour maître-mot le renouveau : « Renouveau pour lequel nos priorités étaient de fédérer plus d’exposants et de spécialités, avec un panel plus international », souligne Dominique Chevalier.
Aussi, 113 exposants venus de 12 pays ont répondu présents. Certains viennent pour la première fois, comme Daniel Templon (Paris). Le marchand d’art contemporain a choisi la biennale pour célébrer ses 50 ans d’activité avec un clin d’œil à l’année 1966, date d’ouverture de sa première galerie. « À l’époque, l’école de Paris était prédominante et la France encore très peu ouverte à l’international. J’ai été un des pionniers de l’internationalisation de la scène parisienne, en important de nombreux artistes étrangers (Judd, Flavin, Warhol, De Kooning) », explique Daniel Templon. Toutes les œuvres proposées, d’artistes français ou vivants à Paris, datent de 1966, comme un Martin Barré historique ou un fer de César, pour des prix allant de 50 000 à 500 000 euros.

Une quinzaine de spécialités sont représentées, depuis l’archéologie et les arts premiers, en passant par le mobilier et les objets d’art ancien, les arts décoratifs du XXe, les arts d’Asie, jusqu’à l’art moderne et contemporain. Certaines sections sont renforcées, comme les tableaux anciens grâce à la fusion avec Paris Tableau. La discipline compte désormais 25 représentants contre 8 en 2014, ce qui avait créé une polémique. Éric Coatalem montrera Personnages sur un escalier d’Hubert Robert quand Jacques Leegenhoek exposera un Portrait de « Capitaine Blaise » de Carpeaux. Richard Green (Londres) présentera, à côté de la peinture ancienne, un focus sur Degas, dont Danseuse à l’éventail, vers 1890, et apportera un paysage de Monet, pour des prix allant jusqu’à 10 millions d’euros.
Autre domaine étayé, la Haute époque, grâce à la venue de Gabrielle Larroche (Paris) ou de Mullany (Londres). « Après avoir exposé en 2012, nous avons été encouragés par la décision d’annualiser la foire et de la recentrer sur les antiquités avec moins de joailliers. Paris est le cœur du goût Haute époque et la biennale est l’événement idéal pour nous », explique Nicholas Mullany. Parmi les objets apportés, de 10 000 à 1 million d’euros, qui viendront prendre place dans la réplique d’un cloître gothique, une Vierge à l’Enfant (France, vers 1300-1325).

Des stands mis en scènes

Après Karl Lagerfeld en 2012 et Jacques Grange en 2014, la scénographie a été confiée à Nathalie Crinière qui a dessiné un atrium central desservant les allées. Autour de celui-ci seront disposés des miroirs de biais reflétant la structure de la nef. Les décors des stands (de 20 à 90 m2) sont à la charge des exposants, certains ne lésinant pas sur les moyens. Robert Landau (Canada) s’en est remis au designer Michael Lerch et à la société Stabilo. Spécialisé dans l’art moderne et contemporain, le marchand a sélectionné environ 70 œuvres (Modigliani, Léger, Picasso, Kandinsky, Henry Moore…) « fraîches sur le marché. Du fait de leur rareté et de l’importance des collections, le ticket d’entrée est de 1 jusqu’à 35 millions de dollars », commente-t-il. Si quelques participants optent pour une exposition ou un focus, nombreux sont ceux qui estiment le pari risqué. « Nous préférons montrer en salon notre goût et notre spécialité à travers nos dernières acquisitions importantes, reflet de notre galerie », indique Gladys Chenel. Spécialisée en archéologie, elle dévoilera un stand résolument moderne, avec l’aide du designer Ora Ito pour y présenter des œuvres romaines et égyptiennes, tel un sommet de pilier hermaïque janiforme en marbre (Rome, Ier-IIe siècles apr. J.-C.).
Pour Christophe Hioco (Paris), spécialisé dans la sculpture indienne et les bronzes du Viêtnam de Dông Son, « cet événement se prépare plusieurs mois à l’avance et comme je réalise un catalogue, fin juin, tout doit être acté. De plus, comme je ne veux pas montrer des pièces déjà vues, les trois quarts du stand sont renouvelés. » Parmi la trentaine de pièces, pour des prix entre 10 000 et 400 000 euros, figure un relief en grès représentant la déesse Cakresh-vari (Inde, XIe siècle). Quant à Gisèle Croes (Bruxelles), spécialisée aussi en art d’Asie, elle mise sur une sculpture de Guanyin en bois, XIIe siècle, ainsi que sur des bronzes archaïques chinois, sa grande spécialité (en tout, 48 pièces, allant de 7 000 à 1,4 million d’euros).

Section historique de la manifestation, le mobilier et les objets d’art ancien conservent une place de choix avec de nombreuses galeries parisiennes (Steinitz, Kraemer, Didier Aaron, Gismondi, etc.). Guillaume Léage a prévu un stand composé de trois pièces, mixant boiseries du XVIIIe siècle et panneaux contemporains et dévoilera une paire de vases-candélabres en bronze doré à enfants tritons attribués à Gouthière, vers 1775. Assurément, les marchands internationaux réservent leurs plus belles pièces pour la biennale, qui espère bien retrouver son lustre et son éclat d’antan. Réponse en septembre…

Biennale des antiquaires 2016

Du 10 au 18 septembre 2016. Grand Palais

3, avenue du Général-Eisenhower, Paris-8e. De 11 h à 20 h, nocturne le jeudi jusqu’à 23 h.

Tarifs : 35 et 20 €

www.sna-france.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°691 du 1 juin 2016, avec le titre suivant : Biennale 2016 les antiquaires en pleins préparatifs

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