Foire

Beirut Art Fair, une fenêtre sur le Levant

Par Alexia Lanta Maestrati · Le Journal des Arts

Le 3 octobre 2019 - 582 mots

La foire d’art contemporain libanaise est de plain-pied avec la création et la situation politique locales.

Beyrouth. L’édition 2019 de la Beirut Art Fair a fait un saut qualitatif, comme en témoignait la présence, à l’entrée de la foire, de deux galeries reconnues : Kamel Mennour (Paris, Londres) et la Galleria Continua (San Gimignano, Boissy-le-Châtel, Pékin, La Havane). Toutes deux sont venues avec une sélection d’artistes internationaux ; Anish Kapoor, Neil Beloufa ou Alicja Kwade chez la première et Michelangelo Pistoletto ou Pascale Marthine Tayou chez la seconde. Une quinzaine d’enseignes françaises ont également fait le déplacement (la galerie Gb Agency, galerie In Situ ou galerie Anne-Sarah Bénichou).

Il ne faudrait pas croire pour autant que la manifestation libanaise s’aligne sur les foires occidentales. Les exposants venus du Liban et des pays voisins (Syrie, Jordanie, Émirats arabes unis) représentaient la majorité des cinquante-cinq galeries présentes, et c’est ce qui fait son intérêt. On y découvrait donc des galeries peu, voire pas, présentes sur la scène internationale.

Enrôlé dans l’armée irakienne

De nombreuses propositions faisaient écho à la situation locale. L’Agial Art Gallery (Beyrouth) présentait une exposition de l’Irakien Serwan Baran (qui représente son pays à la 58e Biennale de Venise). Une sculpture d’un homme attaché à une chaise, des toiles effrayantes dépeignant des hommes aux yeux bandés et mains menottées… Son travail s’inspire du temps où il était enrôlé dans l’armée de Saddam Hussein et relate son histoire, et celle de son pays. Plus loin, un chien de ferraille (voir ill.) siégeait sur le stand de la Mustafa Ali Gallery-Art Foundation (fondation privée syrienne qui désormais vend ses œuvres). En y regardant de plus près, le chien d’acier du plasticien syrien contenait une bombe, allusion aux ânes kamikazes envoyés au souk pendant les conflits.

Certaines enseignes françaises montraient aussi des artistes du Levant. L’Agence (Paris) présentait les toiles de Radenko Milak (également chez Septième Gallery, Paris). Ghosts of History, Lebanon #1, une aquarelle que l’on ne pouvait voir qu’une fois sur le stand évoque la guerre civile. Elle fait partie du projet « University of Disaster », et renvoie l’artiste à la guerre civile de son pays d’origine, la Yougoslavie.

Tout ou presque peut être montré. « Tout mon stand était sur le corps, on y voyait un sein, un torse. Au Liban, la censure est plutôt présente sur les réseaux sociaux ou à la télévision. L’art n’intéresse pas tellement le gouvernement, car c’est une audience très étroite », explique Naïla Kettaneh-Kunigk, directrice de la Galerie Tanit (Beyrouth, Munich) qui présentait l’artiste libanaise Chafa Ghaddar. « Contrairement aux autres pays de la région, il n’y a pas de censure au Liban ; la seule chose que nous peinons à montrer est tout ce qui touche à la religion », confirme Laure d’Hauteville, fondatrice et directrice de la manifestation. Avec dix-huit communautés religieuses reconnues officiellement dans un pays marqué par l’histoire, le sujet est sensible.

Les œuvres affichaient des prix pouvant aller jusqu’à 500 000 dollars, avec un prix moyen entre 6 000 et 15 000 dollars. Les transactions ont connu un succès mitigé. « La situation politique est difficile dans la région ; au Liban, nous subissons tous les contrecoups de nos voisins. Heureusement, nous avons une scène culturelle très active, et, dans l’ensemble, la foire se porte bien en regard de la situation locale », souligne Naïla Kettaneh-Kunigk. « Au Liban, nous vivons au jour le jour, c’est difficile de prévoir sur le long terme, c’est pour cela que les Libanais sont les champions de la fête », confesse la directrice.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°530 du 4 octobre 2019, avec le titre suivant : Beirut Art Fair, une fenêtre sur le Levant

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