New York

Armory Show : roue de secours européenne

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 16 février 2010

Face à la défection de nombreuses galeries américaines, l’Armory Show, qui se tiendra du 4 au 7 mars, mise sur l’Europe et plus particulièrement sur Berlin

NEW YORK - Je t’aime moi non plus. Les galeries américaines adorent détester l’Armory Show, la foire de New York, coupable selon elles de penser davantage à ses bénéfices qu’aux intérêts de ses clients. Ces griefs chroniques, cumulés aux incertitudes liées à la crise, expliquent la défection de cinquante-quatre exposants présents en 2009 sur le salon. Parmi ceux-ci, on relève les New-yorkais Marianne Boesky, D’Amelio Terras, Mitchell-Innes & Nash et Tanya Bonakdar, qui ont préféré rejoindre la foire organisée simultanément par l’Art Dealers Association of America (ADAA). Bien que les organisateurs de l’Armory aient eu du mal à remplir les stands, la liste reste attractive en contemporain.

L’événement a eu la bonne idée de mettre en lumière une vingtaine d’enseignes berlinoises telles Guido W. Baudach ou Barbara Thumm. Une plateforme mise en place faute de candidatures allemandes suffisantes dans le programme général… « Nous avons essayé de simplifier leur participation en les aidant pour le transport, les hôtels », indique Katelijne De Backer, directrice du salon. Carlier | Gebauer rallie ainsi cette section dans l’espoir de réitérer ses bons résultats sur Art Basel Miami Beach en décembre dernier. « À Miami, nous avons senti que les Américains avaient repris confiance, confie Marie-Blanche Carlier. Par ailleurs, deux de nos artistes les plus recherchés, Julie Mehretu et Paul Pfeiffer, n’ont plus de représentation américaine. » Ce, depuis la faillite de leur galeriste new-yorkais, Christian Haye, le jour du vernissage d’Art Basel Miami Beach…

Le choix de Frank Elbaz (Paris) – présenter une exposition personnelle de Blair Thurman – est aussi lié à son envie de trouver une bonne galerie new-yorkaise à son artiste. Le marchand diminue par la même occasion ses frais de transport en montrant un créateur vivant à New York. Idem pour Nathalie Obadia (Paris, Bruxelles), qui valorise ses artistes new-yorkais Chloe Piene, Michael DeLucia ou Rina Banerjee. D’autres réduisent les risques en partageant leurs stands, à l’image de Georges-Philippe et Nathalie Vallois (Paris), associés à In Situ (Paris), ou Art : Concept (Paris) en duo avec Praz-Delavallade (Paris, Berlin).

Pour le contingent français, étoffé par le retour d’Anne de Villepoix (Paris) et l’arrivée de Gabrielle Maubrie (Paris) et Cortex Athletico (Bordeaux), New York reste un passage obligé, d’autant plus que le contexte est moins anxiogène qu’en 2009. « Le marché de l’art new-yorkais est très lié au marché financier, et, en l’occurrence, des bonus ont été distribués. Les gens sont plus à même de dépenser, ce qui ne veut pas dire que l’argent sorte des portefeuilles aussi vite que par le passé », constate Denis Gardarin, de la galerie Sean Kelly (New York). « On part avec l’idée de faire les frais, pas de faire de l’argent », observe pour sa part Olivier Antoine, de la galerie Art : Concept.

On s’étonne toutefois que la foire ait gardé un secteur pseudo-moderne. « Le marché montre que notre décision tombe à point puisque les prix de l’art moderne ont mieux résisté que ceux de l’art émergent », se défend Katelijne De Backer. Encore faut-il que ledit moderne soit de qualité… La manifestation aurait eu tout intérêt à entreprendre une sévère sélection. Car le marché américain n’a pas redémarré au point de contenter à la fois les participants de l’Armory, ceux des événements off, et les enseignes de Chelsea qui attendent de pied ferme le chaland européen.

Independent, autre foire off

Les galeries The Hotel (Londres) et Elizabeth Dee (New York) organisent du 4 au 7 mars une foire autogérée, baptisée Independent, dans les anciens locaux de la Dia Art Foundation à Chelsea. Au menu, des enseignes pointues : Isabella Bortolozzi (Berlin), Stuart Shave/Modern Art (Londres) et les Parisiennes gb agency, New galerie, Sutton Lane et Jocelyn Wolff. « Il ne faut pas totalement abandonner une visibilité aux États-Unis, observe Jocelyn Wolff. Avec cette foire, on profite d’un réseau professionnel important dont il ne faut pas se désengager. »
www.independentnewyork.com

THE ARMORY SHOW
Directrice : Katelijne De Backer
Nombre d’exposants : 285
Tarif des stands : 10 000 et 60 000 dollars (env. 7 000 et 43 000 euros)
Nombre de visiteurs en 2009 : 56 000

THE ARMORY SHOW, 4-7 mars, Piers 92 and 94, 55th Street and 12th Avenue, New York, www.thearmoryshow.com , les 4, 5, 6 mars 12h-20h, le 7 mars 12h-19h

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°319 du 19 février 2010, avec le titre suivant : Armory Show : roue de secours européenne

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque