Vendredi 6 décembre 2019

La Justice examinera bientôt un des volets français de l’affaire Beltracchi

Par Olga Grimm-Weissert · lejournaldesarts.fr

Le 14 octobre 2011 - 529 mots

NANTERRE [14.10.11] - Le TGI de Nanterre aura bientôt à se prononcer sur l’action de la Monte Carlo Art SA contre le galeriste Jacques de la Béraudière et l'historien d'art Werner Spies. La première avait acquis auprès de la seconde l’un des faux tableaux fabriqués par les faussaires allemands de génie, les Beltracchi.

Suite à l'assignation par la Monte Carlo Art SA contre le galeriste genevois Jacques de la Béraudière et l'historien d'art Werner Spies dans l'affaire des faux tableaux de la « collection Jägers », une première audience de mise en état a eu lieu cette semaine.

Les aveux de Wolfgang Beltracchi fin septembre devant le tribunal de Cologne en ont surpris plus d'un, notamment quand il a déclaré être le seul faussaire et inventeur de la légende de la « collection Jägers ». Les conclusions déposées devant la juge du TGI de Nanterre début octobre par l'avocat de Werner Spies ont de ce fait été vraisemblablement actualisées. Il faudra encore plusieurs mises en état avant l'audience de plaidoirie. Celle-ci n'aura lieu que dans quelques mois.

Selon nos sources, Monte Carlo Art SA, enregistrée aux British Virgin Islands, appartient à Louis Reijtenbagh. Ses fils Jacco et Edgar dirigeraient le Group Plaza à New York. Reijtenbach a emprunté 50 millions de dollars auprès de la JP Morgan Chase Bank de New York, avec comme garantie la Monte Carlo Art SA et sa collection de tableaux. La collection est constituée d'une bonne quarantaine de tableaux de maître, de Rembrandt à Max Ernst. Reijtenbagh ne pouvant pas rembourser sa dette fin 2008, les tableaux ont été vendus aux enchères par Sotheby's New York le 4 novembre 2009.

Parmi eux se trouvait « Le tremblement de terre » de Max Ernst, daté de 1925, qui fait partie des faux tableaux. Adjugé pour 1,1 million de dollars, Sotheby's a annulé la vente, remboursé son acheteur et demandé réparation au vendeur, la Monte Carlo Art SA. Cette dernière s’est alors retourné vers le galeriste Jacques de la Béraudière chez qui a été acquis le tableau, à l'époque où la galerie Cazeau-Béraudière était installée à Paris, Avenue Matignon.

Les plaidoiries vont tourner en partie autour de la notion de « certificat » qui garantit l'authenticité d'une œuvre. Aucune banque n'accepterait un tableau en gage sans un certificat, comme un juriste spécialisé dans le marché de l'art et des experts professionnels nous l'a affirmé.

Werner Spies, ex-directeur du musée du Centre Pompidou, fait mondialement autorité sur l'oeuvre de Max Ernst. Il est co-auteur du Catalogue raisonné de celui-ci, commissaire de nombreuses expositions et d'écrits sur Max Ernst et co-fondateur du Musée Max Ernst à Brühl en Allemagne. Mais il n'a pas le statut d'expert. Selon lui, il n'aurait jamais émis de certificat. Il aurait seulement noté sur une photo : « Sera inclus dans le supplément au Catalogue aisonné » de Max Ernst. La justice devra dire si cette mention est une authentification ou non. Si la réponse est positive, sa responsabilité serait engagée dans les conséquences financières, solidairement avec les galeristes ayant vendu des faux. Le galeriste de la Béraudière, qui a vendu six tableaux de la soi–disant « collection Jägers » n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Légende photo

Max Ernst - Tremblement de terre (1926) - l'un des faux réalisés et mis en vente par Beltracchi et ses complices - © Sotheby's

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