Dix villes italiennes célèbrent la Grande Grèce

Venise en fer de lance

Une « vitrine » au Palazzo Grassi, explique Paolo Viti

Jusqu’au 8 décembre au Palazzo Grassi, « Les Grecs en Occident » sont la figure de proue d’une série d’expositions qui évoquent la présence de la civilisation grecque dans la Péninsule et en Sicile, du VIIIe au IIIe siècle av. J.-C. Première en Italie, cette exposition-fleuve a été organisée conjointement par le ministère des Biens culturels et la société Fiat, propriétaire du Palazzo Grassi. Paolo Viti, président du palais vénitien, nous en précise les lignes directrices.

VENISE - Organisée au Palazzo Grassi sous l’égide d’un comité de spécialistes présidé par Giovanni Pugliese Car­ratelli – directeur de l’École normale de Pise et membre de l’Acca­demia dei Lincei –, "Les Grecs en Occi­dent" sont le fruit d’un partenariat original entre Fiat, qui a financé l’opération, et le ministère des Biens culturels, qui a assuré la coordination du projet par l’intermédiaire d’An­gelo Bottini. Près d’un tiers des objets exposés proviennent de Sicile, mais 24 musées et institutions de 12 pays (Louvre, British Museum, Metropolitan Museum, Boston Museum, Staatlicher Preussischer Kultur­besitz de Berlin…) ont accepté de prêter des reliefs en pierre, en métal et en terre cuite, des vases en céramique, en bronze et en argent, des figurines en terre cuite, des pierres tombales peintes, auxquels s’ajoutent des meubles, des armes, des bijoux, de la vaisselle…

La mode serait-elle à l’archéologie ?
Paolo Viti : Le Palazzo Grassi n’est sûrement pas étranger à cet engouement. Les deux grandes expositions d’archéologie que nous avons organisées sur les Phéniciens et les Celtes ont remporté un énorme succès et donné un nouveau souffle à ce type d’expositions. Il faut également rendre hommage à la créativité de l’architecte-scénographe Gae Aulenti, qui a compris et accepté notre ambition de s’adresser au grand public, et non pas seulement aux spécialistes. Pour la première fois dans l’histoire de la République, le ministère des Biens culturels a décidé, par décret, d’organiser une exposition en collaboration avec un établissement privé comme le nôtre (Fiat). Il a souhaité profiter d’une "vitrine" telle que Venise pour promouvoir d’autres expositions organisées sur le même thème (lire encadré) par diverses surintendances locales, notamment dans le Sud, où il a consenti de lourds investissements : création de nouveaux musées, réaménagement de sites archéologiques… Ces efforts devraient inciter tout touriste cultivé à redécouvrir le Mezzogiorno dans la tradition séculaire du "Grand tour".

Comment l’exposition reflète-t-elle les découvertes les plus récentes ?
Les études poursuivies au cours de ces dix dernières années ont apporté une grande richesse de ma­tériaux et une iconographie nouvelle, qui nous permettent de faire "parler" un atlante, présent dans chacune des trente-six salles du pa­lais : celui-ci sert d’appoint aux œu­vres en racontant ce que l’on ne parvient pas à faire comprendre à l’aide des seuls objets. N’ou­blions pas que la Gran­­de Grèce signifie la "polis", c’est-à-dire la première appro­che de l’urbanisme tel que nous l’entendons aujourd’hui.

Peut-on s’attendre à découvrir des prêts exceptionnels ?
Certaines pièces ont quitté l’Italie depuis si longtemps que nous ne les avions personnellement jamais vues. Un exemple parmi d’autres : le Trône de Boston [à l’authenticité contestée, NDLR], dont le Museum of Fine Arts se sépare pour la première fois. Il prendra place dans la salle des trônes et pourra être comparé, par exemple, au Trône Ludo­visi. Quelques objets du British Mu­seum ont également une grande valeur symbolique, comme ce casque étrusque mythi­que, offert à Apollon par les habitants de Grande Grèce pour célébrer leur victoire sur les Étrusques.

MAGNA GRECIA - I GRECI D’OCCIDENTE (La Grande Grèce. Les Grecs en Occident), jusqu’au 8 décembre, Palazzo Grassi, San Samuele 3231, Venise, tél. 41-523 51 33. Catalogue en italien, français et anglais, 800 p., 85 000 lires (275 F).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°25 du 1 mai 1996, avec le titre suivant : Venise en fer de lance

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