Samedi 24 février 2018

Un tour des galeries (II)

Le Journal des Arts

Le 7 décembre 2009

BRUXELLES : LES DÉSIRS PROLONGÉS D’ARMAND RASSENFOSSE

Patrick Derom prête ses cimaises à l’œuvre d’Armand Rassenfosse. Épigone de Rops, Rassen­fosse est connu pour ses visions fin de siècle de femmes damnées, soumises aux caresses savantes d’un Satan à la fois voluptueux et terrifiant. Cet imaginaire, sous la coupe de Rops, n’avait jamais permis de prendre l’artiste liégeois pour autre chose qu’un disciple. Ici, l’accent est mis sur l’œuvre tardive. Rassen­fosse s’y fait plus personnel, et certains dessins témoignent d’une suavité exceptionnelle des ma­tières. On sent l’artiste moins littéraire et son crayon plus libre. Le velouté des chairs, le vaporeux des chevelures rencontrent l’œuvre tardive d’un Khnopff. On y sent poindre le désir de la femme, dépouillé des artifices de l’intelligence (1 rue aux Laines, 1000 Bruxelles, jusqu’au 8 juin).
À la galerie Osiris, Gérard Titus-Carmel présente des œuvres sur papier récentes. Dans un espace occupé parallèlement par les céramiques de Gutte Eriksen, l’artiste français déploie un univers de gestes amples et monumentaux. La fluidité de l’acrylique donne souplesse et vigueur aux larges signes tracés. Le dessin apparaît comme un moyen d’expression priviligié tant l’artiste se révèle sensible aux textures, aux jeux de la sanguine ou du fusain. Contenus dans leur format, ces dessins n’en sont pas moins d’une grande puissance par la densité des surfaces (12 galerie Bortier, 1000 Bruxelles, jusqu’au 29 juin).

Champ rituel
Pascal Polar présente des puzzles évocateurs de Michel Scarpa : des boîtes remplies de cubes, dont les faces alignent des fragments d’images arrachées à l’existence. Les références foisonnent, et les évocations conduisent toutes vers un désir sexuel rompu en facettes. Les dés bougent, les images se défont pour en laisser apparaître de nouvelles. La réalité devient un accident. Cet univers fragmentaire de Scarpa dialogue subtilement avec les sculptures de Martin Caminiti. (185 chaussée de Charleroi, 1060 Bruxelles, jusqu’au 6 juillet).
Jusqu’au 8 juillet, la galerie Dewart accueille les œuvres récentes de Gartner. Sous le titre générique d’"Amazonia", l’artiste joue de la géométrie pour mieux libérer ma­tières et textures. Féru d’Amérique latine, Gartner a conservé une aspiration à faire de la toile un lieu de divination. L’espace est circonscrit comme un champ rituel, dans lequel les figures se font signes et se déplacent comme si elles étaient douées d’une existence autonome. Chaque élément tend à se constituer en objet et, naturellement, Gartner passe à la sculpture sans qu’il y ait de rupture d’échelle (10 impasse Saint-Jacques, 1000 Bruxelles).

Entailles béantes
La galerie 2016 offre aux amoureux de la sculpture l’occasion de confronter leur sensibilité aux matières. Le Belge Jacques Guil­lemot travaille comme à son habitude la pierre en polissant des formes épurées jusqu’à les doter d’une volonté d’existence. Ce travail contraste violemment avec le brutalisme du Tchèque Stanislas Novak, qui appréhende la pierre dans la masse. Son travail ne cherche pas la forme idéalement inscrite dans la matière, mais la rudesse primordiale de ce fragment de nature qui ne conservera qu’à l’état de trace l’intervention de l’homme. Alan Harris, sculpteur britannique, opte pour un registre onirique nourri d’hallucinations et de fantasmes, qui prend forme dans le combat avec le bronze. Enfin, le Suisse Pado Mutrux situe son œuvre dans la verticalité de stèles en bois que son ciseau meurtrit d’entailles béan­tes et de figures symboliques (16 rue des Pier­res, 1000 Bruxelles, jusqu’au 7 juillet).
En marge des galeries, dix artistes prendront possession d’une impasse débouchant au 120 rue Gray (1040 Bruxelles), du 7 au 21 juin. L’association, aussi spontanée que momentanée et amicale, réunira Hanneke Beaumont, Yves Bosquet, Brodzki, Christian Carez, Jean Coenen, Camille Detaye, Marcus De Vestele, Roland Jadinon, Jean-Pierre Maury, Mirko Orlandin et Vincent Strebell. Des personnalités différentes, des œuvres parfois antagoniques, des moyens d’expression multiples. Autant de raisons d’apprécier une initiative en marge du circuit officiel (tous les jours de 12 à 19 heures).


ITALIE : HIRST ET BOWIE

À Naples
Pendant que le festival d’art contemporain anglais à l’initiative du British Council se poursuit dans différentes galeries de Rome jusqu’au 20 juin (lire notre précédent numéro), l’exposition napolitaine la plus importante du moment est consacrée au lauréat du dernier Turner Prize, Damien Hirst. Durant tout le mois de juin, il expose chez Theoretical Events ses travaux récents, tels que les "peintures tournantes" réalisées avec David Bowie, et son célèbre mouton plongé dans du formol, Away from the flock ; divided (Loin du troupeau ; à part, 1995).

À Milan
Du 4 au 29 juin, Andres Serrano expose ses séries Fluids et The Morgue à la galerie Il Diaframma. De son côté, Joël-Peter Witkin expose 32 photographies de grand format au Palazzo Bagatti Val­secchi, du 5 juin au 7 juillet, et présente de nouveau son cirque Barnum et ses freaks à Photology, du 6 juin à la mi-juillet.
Jusqu’au 13 juillet, la galerie Blu propose une sélection de 26 œuvres de Kurt Schwitters. Datées de 1918 à 1947, elles rendent compte de l’influence dadaïste sur l’artiste allemand. Cannaviello, enfin, reste fidèle aux tendances néo-expressionnistes et activistes d’influence germanique qu’il a été l’un des premiers à soutenir en Italie, avec une exposition consacrée à Gunter Brus du 6 juin au 30 septembre.

À Turin
Si la plupart des galeries turinoises ont pratiquement clos leur saison, il faut cependant signaler l’exposition consacrée par la galerie Stein à Alighieroe Boetti, qui s’était distingué dans cette même galerie en 1967. L’exposition rassemble des œuvres historiques datant de l’époque où l’artiste participait au mouvement de l’Arte Povera.

À Bologne
Jusqu’à la fin juillet, De’ Foscherari propose une intéressante confrontation entre deux graveurs d’époques différentes. La galerie présente une centaine d’épreuves de Max Klinger, dont la célèbre suite Le gant, ainsi que des œuvres d’un artiste bolonais disparu, Luciano De Vita, qui a puisé la plus grande partie de son inspiration dans le Symbolisme et dans le Goya "noir".


LONDRES : MARCEL DUCHAMP ET SES MUSÉES PORTABLES
La galerie Entwistle consacre une importante exposition à Marcel Duchamp, jusqu’au 27 juin. Organisée par Ronny van de Velde, qui a conçu l’exposition Man Ray à la Serpentine Gallery, elle présente un exemplaire de chacune des célèbres Boîtes, les sept séries de "musées portables" réalisées par Duchamp de 1941 jusqu’à sa mort, en 1968, ainsi qu’un choix d’œuvres majeures. Waddington Galleries expose, jusqu’au 15 juin, 10 huiles et 14 aquarelles exécutées entre 1932 et 1963 par Milton Avery : portraits, paysages, marines, ainsi que des œuvres ayant le Mexique pour sujet.
Première exposition à Londres pour l’Américaine Jeanne Dunning, chez Anthony d’Offay jusqu’au 14 juin. "Inside/Outside" (Inté­rieur/Exté­rieur) est une installation comprenant cinq grandes épreuves cibachrome encadrées, accompagnées d’une vidéo aux images à la fois amusantes, attirantes et dérangeantes. En parallèle, la galerie présente, jusqu’au 16 juin, une quarantaine de portraits d’artistes et d’autoportraits exécutés par Hod­ward Hodgkin, Richard Hamilton, Gilbert & George, Roy Lich­tenstein, Louise Bourgeois, Jannis Kounellis, Francesco Clemente
Annely Juda Fine Art montre dix peintures créées spécialement pour la galerie par Alan Charlton. Connu depuis plus de vingt-cinq ans comme "l’artiste qui peint du gris", il choisit d’exprimer son aversion pour la figuration et son goût d’une absolue simplicité en utilisant un éventail subtil de tous les tons de gris. Au troisième étage, des œuvres récentes de Darren Lago sont présentées dans le cadre d’une série d’expositions de "nouveaux artistes contemporains". Les deux manifestations se poursuivent jusqu’au 22 juin.
La Chesil Gallery réunit, jusqu’au 23 juin, les œuvres d’Anthony Caro (dessins et sculptures) et de son épouse Sheila Girling (aquarelles), toutes inspirées par la côte sud du Dorset où ils ont l’habitude de séjourner. La Frith Street Gallery accueille jusqu’au 13 juillet les peintures et les silhouettes d’Elliott Puckette, une jeune artiste new-yorkaise dont c’est la première exposition en Europe. "Die Yuppie Scum", une exposition organisée par Martin Maloney chez Karsten Schubert, présente 12 jeunes artistes britanniques : Jun Hasegawa, Jane Brennan, Caroline Warde, Clare Woods, Sara Brennan, Alexis Harding, Pete Davies, Richard Reynolds, Mike Kruger, Shaun Roberts, Andrew Grassie et Martin Maloney lui-même.


NEW YORK : FLUXUS

Organisée en collaboration avec Barbara Moore, spécialiste de Fluxus, la Ubu Gallery accueille la première exposition consacrée à l’ensemble des travaux réalisés par George Maciunas entre 1959 et 1976 : "More than Fluxus", jusqu’au 22 juin. Parallèlement à la grande exposition "Picasso et le Portrait" au MoMA, la Yoshil Gallery évoque la jeunesse du peintre, jusqu’au 15 juin, et Larry Gagosian présentera une sélection de portraits dans sa galerie de Madison Avenue, à partir du 29 juin. Celle de Wooster Street accueille de son côté une grande exposition consacrée à Damien Hirst : "No Sense of Absolute Corruption", jusqu’au 15 juin.
Pace Wildenstein expose sept peintures récentes de Robert Ryman (Greene Street) et vingt-six sculptures de John Chamberlain (57th Street) jusqu’au 21 juin. La Michael Werner Gallery accueille le peintre danois Per Kirkeby, de retour du Groenland, jusqu’au 28 juin.
Pour "Fiber and Form : The Woman’s Legacy", sept femmes artistes qui ont intégré la couture et le travail du textile dans leur œuvre seront exposées à la Michael Rosenfeld Gallery du 13 juin au 1er septembre : Hannelore Baron, Lee Bontecou, Nancy Grossman, Eve Perri, Anne Ryan, Betye Saar et Lenore Tawney. La galerie Lennon, Weinberg, Inc. présente une exposition collective du 11 juin au 25 juillet : Joan Mitchell, Mia Westerlund Roosen, Carmengloria Morales, Valerie Jaudon, Harriett Korman, Robin Hill, Cindy Workman et Denyse Thomasos.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°26 du 1 juin 1996, avec le titre suivant : Un tour des galeries (II)

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