Vendredi 23 février 2018

Un tour des galeries (I)

Le Journal des Arts

Le 7 décembre 2009

SUISSE : DE JEANNERET À CORBU

À Zurich
La peinture de Le Corbusier (1887-1965) suscite de plus en plus d’intérêt. Après Genève, c’est à Zurich que sont présentées, jusqu’au 30 juin, des œuvres picturales et graphiques de cette personnalité très controversée. La galerie Arteba (Zeltweg 27, tél. 1-262 32 62) propose de découvrir un aspect mal connu de l’architecte suisse qui, jusqu’en 1926, signa ses toiles de son véritable nom : Charles-Édouard Jeanneret. Une série de travaux à l’huile, à la tempera, à l’encre de Chine, et des dessins au crayon montrent son développement artistique depuis les années vingt jusqu’à sa mort. Laboratoire de ses pensées et de ses émotions, ses compositions privilégient progressivement des parties du corps humain, la main en particulier, puis, de manière plus troublante, le corps de la femme.

À Bâle
François Morellet expose, jusqu’au 20 juillet, des travaux de 1969 à 1996 à la galerie Gisele Linder (Elisabethenstr. 54, tél. 61-272 83 77). Toute sa démarche artistique, jusqu’aux œuvres récentes, est fortement empreinte de rigueur : Morellet s’efforce toujours de trouver des systèmes auxquels il se soumet, réaffirmant ainsi son goût de la méthode. Jeux intellectuels, les travaux de cet artiste français, né en 1926, impliquent parfois un peu d’humour. Son originalité est de réussir à allier la géométrie simple (segments de droites, angles ou plans) à des matériaux divers. Dans ses pièces murales ou architecturales, il peut utiliser tout autant une toile qu’un grillage, des néons ou un élément de la nature.

À Genève
La galerie Blancpain Stepczynski (Bd Helvétique 16 bis, tél. 22-735 10 10) propose une redécouverte de l’artiste suisse Urs Lüthi. Jusqu’au 29 juin, il expose ses travaux récents sous le titre "Placebos and Surrogates". Sur le mode ironique, parfois grotesque, il exprime le désir humain. Les images travaillées à l’ordinateur, aussi séductrices qu’un message publicitaire, racontent la recher­che de la beauté, de l’érotisme ou de l’échappatoire artificielle qu’offrent les drogues. Apposant son effigie à la manière d’une marque déposée, l’artiste crée un univers où placebos et succédanés deviennent les ingrédients de l’homme moderne.

À Locarno
La galerie Centro Centaurion (Muralto caselle, tél. 91-743 66 46) présente, jusqu’au 15 juin, l’artiste bâlois Walter Wegmüller. Né en 1937, ce peintre s’est progressivement intéressé aux éléments philosophiques et aux images liées à la détermination du destin. L’Homme, le monde, le cosmos, toute la symbolique associée à l’ombre et à la lumière nourrissent la thématique de ses travaux. Loin d’être une expression savamment intellectualisée, ses surprenantes visions se traduisent à travers des formes archaïsantes. Des éléments surdimensionnés et superposés animent de manière ironique la composition.


PARIS : SCULPTURE ESTIVALE

L’exposition qui se tient actuellement au Jeu de Paume est consacrée à la sculpture anglaise depuis le début du siècle (lire page 17) et suscite dans son sillage de nombreuses expositions, tant dans les musées de province que dans les galeries. C’est ainsi que la galerie Lelong (13, rue de Téhéran, 45 63 13 19) présente l’une des figures majeures de la sculpture internationale depuis les années soixante : Anthony Caro. Y seront exposées ses sculptures récentes, et notamment des "Table pieces" qui renouvellent profondément la réflexion sur le socle et sur la sculpture en tant qu’objet. On remarque que Caro assemble pour la première fois des matériaux comme l’acier, le bois et la terre cuite qui, a priori, sont peu compatibles entre eux. On aura ainsi le témoignage de l’histoire de l’art à sa réactualisation jusqu’au 25 juillet. Barry Flanagan appartient à une génération plus récente, qui a su trouver de nouvelles perspectives sans renier pour autant les acquis des aînés. Ses lièvres dyonisiaques lui ont, depuis le milieu des années soixante-dix, assuré une attention du public qui ne s’est pas démentie. La galerie Durand-Dessert (28, rue de Lappe, 48 06 92 23) propose, du 8 juin au 27 juillet, de découvir ses nouvelles dérives impertinentes.

Hors d’Angleterre
Cette formidable conjonction de l’actualité ne saurait cependant laisser croire que le xxe siècle sculptural tout entier est l’apanage des seuls Britan­niques. Si besoin était, les "Pièces uniques" choisies par Françoise Monnin nous rappellent toute l’importance de cet art en Europe, qui a connu d’innombrables bouleversements dont témoignent à leur manière les œuvres d’artistes aussi différents qu’Alquin, Chillida, Di Martino, Jeanclos, Ogorzelec, Ousmane Sow, Ver­meersch, parmi d’autres. Cette exposition collective de la Galerie (9, rue Guénégaud, 43 54 85 85) se poursuit jusqu’au 13 juillet. Elle rassemble assez de noms pour qu’on y constate une fois de plus l’éclectisme qui caractérise la sculpture moderne, et son rapport parfois tumultueux à la tradition.

On ne rangera pas Marcel Broodthaers dans la rubrique des sculpteurs. Ce n’est pas sans raison qu’il passe pour l’un des artistes essentiels du siècle, à la fois parce qu’il a puisé son inspiration dans la poésie et parce qu’il a mis en scène les difficultés radicales qui empêchent parfois l’artiste contemporain de créer. La galerie Marian Good­man (7, rue Debelleyme, 48 04 70 52) offre jusqu’au 29 juin un choix d’œuvres du plus mallarméen des artistes des années soixante. Quoi qu’il en soit, son héritage est tout aussi inestimable, et pour des raisons naturellement voisines, que celui de Marcel Duchamp. La tentation de démythifier ou de déprécier – c’est selon – l’œuvre d’art est l’une des plus partagées depuis une bonne vingtaine d’années. Que ce soit d’une façon mordante ou sérieuse, c’est tout un. Et, en raison même des différences fondamentales qui les séparent, les travaux de Jürgen Klauke (qui intitule son exposition "Les névroses du dimanche et autres pièces") ou ceux de Daniel Walravens (qui appelle la sienne "Vert à plat") marquent assez l’ampleur du désarroi que Brood­thaers a contribué à distiller. La galerie Bouqueret-Lebon (60, rue de Turenne, 40 27 92 21) présente le premier jusqu’au 16 juin, le second est à la galerie Le Sous-sol (12, rue du Petit-Musc, 42 72 46 72) jusqu’au 29 juin. Certains, pour autant, ne mettent pas en avant leurs états d’âme et savent tirer un bon parti de la dérision. Joachim Mogarra moque avec une belle insolence, dans des photographies qui sont parfois trop grandes, quelques-uns des clichés les plus persistants de l’époque. La galerie Georges Philippe Vallois (38, rue de Seine, 46 34 61 07) accroche ses dernières vues jusqu’au 30 juin.

Monographie et film
Jean-Michel Basquiat continue de faire l’événement, avec le film de Julian Schnabel qui doit sortir prochainement, la parution d’une colossale monographie et une exposition à la galerie Enrico Navarra (16, avenue Matignon, 45 61 91 91) jusqu’au 12 juin. Sa spontanéité, sa vie romanesque, ses amitiés, sa disparition précoce, la facilité de son talent et la multiplication des faux en ont fait un mythe artistique attachant, qui continue de tarauder ses contemporains. Bien loin d’une telle dépense médiatique, on notera encore les expositions de Pierre Mathey à la galerie Clivages (5, rue Saint-Anastase, 42 72 40 02) jusqu’au 13 juillet, celle de Stephen Ellis à la galerie Nathalie Obadia (5, rue du Grenier-Saint-Lazare, 42 74 67 68) jusqu’au 15 juillet, et enfin celle de Jorge Camacho à la galerie Thessa Herold (7, rue de Thorigny, 42 78 78 68) jusqu’au 29 juin.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°26 du 1 juin 1996, avec le titre suivant : Un tour des galeries (I)

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