Un tour des galeries (II)

L'actualité de l'art contemporain

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1996 - 1276 mots

LONDRES : LA SERPENTINE HORS-LES-MURS

Le temps de sa fermeture pour rénovation, la Serpentine Gallery proposera jusqu’au mois de septembre 1997 une série d’expositions de sculptures en plein air, sur la pelouse alentour, organisées par son directeur Julia Peyton Jones et son assistant Jonathan Watkins. La première est consacrée à Rasheed Araeen (7 octobre-1er décembre), qui a construit un échafaudage en forme de prisme, et le programme se poursuivra avec Bill Culbert (12 décembre-16 février 1997) : il installera sur un camion des lampes et des néons qui illumineront les jardins de Kensington durant les nuits d’hiver. Anya Gallacio et Hiro­shi Kawamata devraient ensuite prendre le relais. En attendant que les travaux de rénovation menés par l’architecte John Miller soient achevés, la Serpentine Gallery s’est trouvé deux sites hors-les-murs. Les vitrines du grand magasin Self­ridges, sur Oxford Street, accueilleront un programme d’installations à partir du printemps 1997 et un Serpentine Gallery Bookshop a été créé au sous-sol du 54 Warren Street. Le programme de la salle vidéo a été confié à London Elec­tronic Arts, qui y présente jusqu’au 20 octobre les travaux des artistes américains Vito Acconci, John Baldessari, Nancy Holt, Wiliam Wegman et Lawrence Weiner. "Such is Life" (21 octobre-17 no­vembre) sera le titre du second programme, concocté par Jo­na­than Watkins.

Avant l’Expressionnisme abstrait
"J’ai dû penser à cette exposition depuis le jour où mon père, Andras, m’a emmené voir la collection de Seelig et Gladys Burrowes à New York", commente Andrew Kalman à propos de l’exposition "Moder­nisme américain, du Réalisme à l’Abstrac­tion" organisée à la galerie Crane Kalman du 17 octobre au 1er dé­cembre. Elle rassemblera quarante-cinq peintures à l’huile exécutées par dix artistes appartenant à la génération précédant l’Expres­sionnisme abstrait, dont Charles Sheeler, Stuart Davis, Arthur Dove, Georgia O’Keefe… Une composition abstraite aux couleurs bril­lantes par Arthur Dove, et Magazine à la pipe, nature morte peinte par Stuart Davis en 1921, en sont les deux œuvres les plus remarquables, respectivement proposées pour l’équivalent de 1,75 million de francs et 1,25 million de francs.

Les Waddington Galleries présentent jusqu’au 12 octobre les œuvres récentes de Ian Daven­port, qui laisseront la place, du 18 octobre au 16 no­vembre, aux nouvelles sculptures en bronze d’Antoni Tapiès, en­core une fois consacrées aux thèmes des livres, aux bols et aux boîtes.
Toujours dans Cork Street, mais du 22 octobre au 23 novembre, Alan Cristea Gallery expose une nouvelle série d’impressions à jet d’encre de David Hockney, imprimées et éditées à Los Angeles en tirage limité de quarante-cinq épreuves. La séquence s’ouvre sur L’atelier, 16 mars 1995 et progresse jusqu’à Photographie de la photographie d’un tableau à motif, 10 juillet 1995. Un second groupe d’œuvres, Flower Paintings with Motifs, explore la relation entre réalité et illusion, mais dans un cadre plus intime.

La Purdy Hicks Gallery, première galerie à s’installer près du futur site de l’extension de la Tate Gallery, vient d’inaugurer ses nouveaux locaux sur Bankside (65 Hop­ton Street). Jusqu’au 19 octobre, elle y montre les toiles abstraites d’Estelle Thompson.
Et toujours : la grande exposition "Cent ans de dessins de sculpteurs" chez Karsten Schubert et à la Frith Street Gallery, jusqu’au 2 novem­bre ; Peter Hutchinson à la Mayor Gallery, jusqu’au 2 novem­bre ; Nicky Hoberman à la galerie Ent­wistle, jusqu’au 14 octobre.

NEW YORK : BARBARA HEPWORTH INÉDITE

"Nous sommes ravis d’avoir l’occasion de montrer ces sculptures de Barbara Hepworth. Elle est l’un des plus grands sculpteurs du XXe siècle, et son œuvre n’a pas été exposée à New York depuis 1979", déclare Guy Wildenstein, dont la galerie Pace­Wildenstein introduit sur le marché une sélection de sculptures en bois, en marbre et en bronze provenant de la succession de l’artiste. Certaines de ces sculptures datant des années soixante et soixante-dix sont exposées pour la première fois.
Du 8 octobre au 16 novembre, Lucian Freud présente 16 toiles et 7 gravures pour sa première exposition chez Acquavella Contemporary Art. Les New-Yorkais auront l’occasion de découvrir le chemin accompli depuis la rétrospective que lui a consacrée le Metropolitan en 1994.
"Il y a dans cette exposition des dessins à vous couper le souffle", assure Robert Pincus-Witten au sujet de l’exposition Matisse qu’il a aidé à monter chez C & M Arts. Ce panora­ma des dessins de Matisse, couvrant les années 1906 à 1952, a été organisé grâce à des prêts du MoMA, de grands musées américains et de collectionneurs privés. Quelques-uns d’entre eux sont à vendre, généralement autour du million de dollars. L’exposition s’accompagne d’un catalogue illustré, avec une introduction de l’historien de l’art Jack Flam.

Les tests de Rorschach et Warhol
"L’idée était de replacer ses œuvres récentes dans leur contexte", déclare Angela Westwater à propos de sa première exposition Richard Tuttle, pour laquelle elle a rassemblé des œuvres de 1965 à nos jours. La galerie Sperone Westwater expose ainsi côte à côte, jusqu’au 26 octobre, les nouveaux émaux sur bois de l’artiste et ses désormais classiques lamelles de bois, de tissu et de papier post-minimalistes. Pour les jeunes artistes qui partagent l’idéal matière/antimatière de Tuttle, l’exposition devrait être une révélation.

Jusqu’au 19 octobre, l’une des séries les moins connues d’Andy Warhol, Rorschach Test Paintings (1984), sera visible à la Gagosian Gallery (Uptown et Downtown). Italo Sanga expose jusqu’à la fin du mois à la galerie Barry Rosen et Jaap van Llere Modern and Contem­porary Art. Sanga présente de nouvelles sculptures – des personnages sculptés dans des cages – ainsi qu’une trentaine de petites toiles (sur rendez-vous uniquement). Enfin, le double hommage au photographe Pierre Molinier se poursuit jusqu’au 22 octobre à la galerie Ubu, ainsi qu’à la galerie Wooster Garden & Brent Sikkema.
Ronny Cohen

ITALIE : TOURNOI DE PING-PONG

À Rome, Schad, Dix et Beckmann
La Galleria Textilia propose jusqu’à la fin du mois une exposition de "Textiles américains" dessinés et tissés entre les années 1820 et le début du siècle. L’exposition d’octobre de la Galleria Il Segno est consacrée à la Nouvelle objectivité allemande et rassemble des artistes tels que Schad, Dix et Beckmann. En revanche, une étonnante initiative de Fabio Sargentini est placée sous le signe de l’éphémère : les 10, 11 et 12 oc­to­bre, sa galerie organise un tournoi de tennis de table entre plasticiens et protagonistes du monde du spectacle. La manifestation revêt naturellement une portée symbolique à un mo­ment où ces deux disciplines artistiques, en tout cas en Italie, semblent vouloir se confondre. Les noms des participants ont été tenus secrets.

À Milan, Mona Hatoun
Du 16 octobre au 23 novembre, Viafarini présentera des installations de Mona Hatoum, dont l’une des œuvres montrées au Centre Georges Pompidou en 1994 avait été retenue pour l’exposition "Identité et altérité" à la Biennale de Venise en 1995. L’artiste a conçu pour l’occasion une installation de structures métalliques à partir de cages de lits superposés, soit une espèce de "sculpture-torture", selon son auteur, qui devrait inspirer un sentiment de claustrophobie aux spectateurs. De son côté, la galerie Gian Ferrari Arte Contemporanea expose deux écoles de la "Photographie allemande contemporaine", jusqu’au 9 novembre : la subjectivité de Beuys, Polke et de leurs suiveurs, confrontée à l’objectivité de Becher et de ses nombreux élèves.

À Turin, sculpture
    Deux approches différentes, mais pas nécessairement antagonistes, de la sculpture s’exposent dans deux galeries turinoises jusqu’au 30 octobre. À la Galleria Persano, le Flamand Jan van Oost dédie à la mort et à la douleur des métaphores explicites, tandis que chez Paolo Tonin, Melania Melloni questionne l’éternel problème de la sculpture, à savoir la relation entre forme et espace, citant parfois avec ironie la tradition archaïsante du XIXe siècle italien. Corps et volumes blancs, pour ne pas dire icônes, du cheval et du cavalier, y sont décomposés et reconstruits pour créer de nouvelles solutions spatiales et conceptuelles.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°29 du 1 octobre 1996, avec le titre suivant : Un tour des galeries (II)

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