Vendredi 15 février 2019

Un tour des galeries (I)

L'actualité de l'art contemporain

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1996 - 1662 mots

PARIS : DE FERNAND LÉGER À LUCAS L’HERMITTE

La galerie Berthet-Aittouares (29, rue de Seine, 01 43 26 53 09) présente jusqu’au 2 novembre un choix d’œuvres sur papier – crayons, encres, sanguines, aquarelles, huiles – d’André Derain. Portraits, natures mortes et paysages sont les thèmes privilégiés de ces dessins qui, pour une bonne part, sont des études préparatoires à des tableaux. Ils se distinguent par une écriture précise autant que par leur liberté d’exécution. Art moderne encore avec Fernand Léger, dont la galerie Berg­gruen & Cie (70, rue de l’Université, 01 42 22 02 12) offre, du 2 octobre au 9 novembre, un choix de gouaches, aquarelles et gravures qui couvrent toute la carrière du peintre : des nus des années dix, des machines, des œuvres puristes et des natures mortes de la fin de sa vie, les principaux thèmes de l’artiste sont ici déclinés. "Le signe plastique de notre temps, écrivait Léger, c’est la libération de l’objet en tant que valeur plastique ; il a une valeur en lui-même qu’il était nécessaire de mettre en valeur. En cela réside le nouveau réalisme." Tandis qu’une triple exposition rétrospective se déroule en Bretagne (lire page 13), la galerie de France (54, rue de la Verrerie, 01 42 74 38 00) présente jusqu’au 16 novembre de nouvelles peintures d’Eugène Leroy. Œuvre de patience et de lumière, la peinture de Leroy n’a rien perdu de sa force mystérieuse. Sur le thème de "La mort du temps", on découvrira les derniers travaux d’A.R. Penck à la galerie Jérôme de Noirmont (38, avenue Matignon, 01 42 89 89 00) jusqu’au 23 no­vembre. Quarante œuvres récen­tes, dont une trentaine de tableaux et une sculpture intitulée Der Franzose, y seront exposées. "J’ai vu comment le temps et l’espace disparaissaient en un point, et je voyais, ils étaient deux qui se mouvaient ; ici ils étaient encore là, là-bas ils manquaient ; identiques, ils m’attiraient étrangement", écrit Penck dans l’un de ses poèmes que l’on trouvera dans le catalogue publié à l’occasion.

Les Multiples d’Anish Kapoor
De nombreux artistes photographes, ce mois-ci, à commencer par Stéphane Couturier qui, à la galerie Polaris (8, rue Saint-Claude, 01 42 72 21 27) du 12 octobre au 20 novembre, poursuit son travail "d’archéologie urbaine" remarqué au Printemps de Cahors, où il essaye de "dépasser les querelles entre vision documentariste et plasticienne". L’Américaine Jeanne Dunning (galerie Samia Saouma, 16, rue des Coutures-Saint-Gervais, 01 42 78 40 44) montre jusqu’au 31 octobre cinq nouvelles images dans lesquelles le corps humain est transformé jusqu’à devenir méconnaissable, et une vidéo. C’est en Allemagne, pourtant, que la photographie a connu un essor spectaculaire ces dix dernières années. Axel Hütte en est un des protagonistes, dont on verra à la galerie Laage Salomon (57, rue du Temple, 01 42 78 11 71), jusqu’au 22 octobre, les images dépouillées jusqu’à l’extrême. Dans un genre opposé, où l’ingéniosité des compositions le dispute au baroque, Pascal Kern présente à la galerie Zabriskie (37, rue Quincampoix, 01 42 72 35 47) ses derniers tirages jusqu’au 28 oc­tobre. La question de la sculpture est bien sûr centrale dans ses travaux, qu’il intitule des avatars, façon de marquer la teneur de la problématique qu’il a choisie depuis quelques an­nées déjà. Une nouvelle galerie, Les Filles du Calvaire (17, rue des Filles-du-Cal­vaire, 01 42 74 47 05) s’ouvre avec une certaine témérité et se consacrera essentiellement à la photographie. L’expo­sition inaugurale de ce vaste espace, qui entend être plus qu’un lieu marchand, est titrée Mémoires et passage du temps, du 11 octobre au 9 no­vembre. Des débats autour de la relation art et psychanalyse, autour de la mémoire du corps, sont prévus cet automne.
La galerie Lucien Durand (19, rue Mazarine, 01 43 26 25 35) présente les Multiples d’Anish Kapoor jusqu’au 2 novembre. Kapoor est l’un des sculpteurs les plus sensibles de la nouvelle génération d’artistes britanniques qui a émergé il y a un peu plus de dix ans. Parmi les nombreuses expositions de la rentrée, signalons encore celle du peintre allemand Horst Münch à la galerie Philippe Casini (13, rue Chapon, 01 48 04 00 34) jusqu’au 16 no­vembre et, dans des genres très différents, celle de Tony Carter, "Dreaming Holbein", à la galerie Claudine Papillon (17, rue Saint-Gilles, 01 40 29 98 80), ou de l’installateur belge Wim Delvoye à la galerie Ghislaine Hussenot (5, bis rue des Haudriettes, 01 48 87 60 81), toutes deux jusqu’au 31 octobre. Enfin, on verra les nouvelles créations du jeune artiste français Lucas L’hermitte à la galerie Arnaud Lefebvre (30, rue Ma­zarine, 01 43 26 50 67) jusqu’au 26 octobre.

BRUXELLES : "PETIT PHANTOMAS"

Chez Velghe-Noirhomme, le peintre allemand Andreas Schön présente ses œuvres récentes. Le thème central en est le paysage, que l’artiste décline comme un éventail infini. Des vues classiques aux cartographies abstraites, Schön fait du paysage l’expression même de la peinture. S’il reste souvent tributaire du jeux des citations et des références à la tradition picturale, sa recherche n’en demeure pas moins sensible tant l’interrogation de la nature renvoie à l’homme (jusqu’au 24 octobre, 17 rue de la Régence, 1000 Bruxelles).
Chez Quadri, Théodore Koenig a réuni autour de lui son "Petit Phantomas" en présentant des œuvres d’Armand Par­mentier, Jean Raine, Ro­bert Willems et Maurice Wyckaert, disparu durant l’été. Si Koenig, co-fondateur de la revue Phan­tomas en 1953 avec Mar­cel Havrenne, Joseph Noi­ret et les frères Pic­queray, est devenu au­jourd’hui une figure historique, ses collages ré­­cents témoignent de la même liberté d’imagination au carrefour de Dada, du Surréalisme et de Cobra. Ses papiers déchirés sur barquet­tes de cythère allient dérision du support et recherches plastiques (du 16 octobre au 19 novembre, 49 rue Tenbosch, 1050 Bru­xelles).

Les vingt ans de l’Art Gallery
L’International Art Gallery fête ses vingt ans d’existence. Pour commémorer l’événement, Jacques Pleyers n’a pas cédé à la tentation du grand salon d’ensemble rétrospectif dans lequel chacun figurerait sans s’y retrouver. Il a donc opté pour une présentation en forme d’hommage aux trois artistes majeurs qui ont marqué la vie de la galerie et, plus largement, l’art belge depuis 1945 : Bram Bogart, Jo Delahaut et Lismonde. Les formes animées de Bram Bogart rencontrent celles épurées de Delahaut ; les lignes architecturales de ce dernier croisent celles, musicales, de Lismonde ; la vibration sensible des grands fusains de Lismonde se révèle aussi dense de matière que les empâtements féroces de Bo­gart. Une exposition remarquable à ne pas manquer (du 12 octobre au 1er décembre, 16 bois Lionnet, 1380 Lasne).

La mort par Andres Serrano
Chez Bastien, Zao Wou-Ki expose un ensemble d’œuvres récentes qui s’inscrit dans le droit fil des recherches qui l’ont rendu célèbre. L’abstraction lyrique aspire désormais moins à l’atomisation de la représentation dans la durée de longs vaporeux. La fluidité s’impose dans les œuvres exposées : la couleur respire et envahit l’espace, qui vibre d’un impressionnisme libre de toute couleur. Zao Wou-Ki donne au silence une présence originale. Loin de tout formalisme, c’est à un minimalisme sensible qu’il convie le spectateur, dans une valse de signes au parfum d’encre de Chine (jusqu’au 3 novembre, 61 rue de la Madeleine, 1000 Bruxelles).
La galerie Rodolphe Janssen présente, d’après une conception d’Olivier Vrankenne, une exposition qui confronte des œuvres d’Andres Serrano aux arts primitifs d’Afrique Noire, d’Océanie et d’Amérique du Sud autour d’un même thème : la mort. Les photographies à la froideur vernissée se trouvent ainsi placées dans un contexte qui en souligne la dimension rituelle (jusqu’au 26 octobre, 35 rue de Livourne, 1050 Bruxelles).

SUISSE : DES TINGUELY CACHÉS

À Bâle
Parallèlement à l’ouverture du Musée Jean Tinguely (lire p. 25), la galerie Siegert (Klosterberg 11, tél. 61-271 77 83) présente jusqu’au 12 octobre des œuvres inédites de l’artiste suisse – des pièces articulées et des collages, dont une partie provient directement de l’atelier – que Tinguely cachait ou simplement oubliait.
Plus déroutants et même provocants, les travaux récents du peintre et sculpteur saint-gallois Josef Félix Müller peuvent être vus à la galerie Stampa (Spalenberg 2, tél. 61-261 79 10) jusqu’au 19 octobre. À travers des personnages aux allures souvent totémiques, l’artiste associe la présence de la mort à la sexualité masculine dans des images qui ont parfois scandalisé au cours des années quatre-vingt. C’est surtout pour lui une manière contemporaine d’incarner notre partage entre instinct et esprit.

À Berne
Erika & Otto Friedrich (Junkern­gasse 39, tél. 31-311 78 03) offrent pour la seconde fois à un conservateur l’occasion d’organiser sa propre exposition dans l’espace de la galerie. Hans Rudolf Reust propose, jusqu’au 19 octobre, des œuvres récentes de l’Allemand Thomas Schütte. Une salle est consacrée à ses aquarelles de fleurs de grand format, une autre est vouée à une série de portraits au crayon et à l’encre où la même femme est chaque fois représentée depuis deux ans. Une calligraphie succinte et quelques épaisseurs au pinceau suffisent à rendre l’expression. Présenté pour la première fois dans son ensemble, ce travail révèle surtout une manière intimiste d’étudier les transformations d’un visage. Une approche moins hiératique que son œuvre intitulée Old Friends (1992), qui évoque des personnages en cire.

À Genève
La galerie Analix (Rue de l’Ar­quebuse 25, tél. 22-329 17 09) réitère sa confiance au travail de l’Amé­ricaine Jessica Diamond. Peignant le plus souvent directement sur le mur, toujours
en rapport à l’espa­ce, elle mêle des mots à l’image. Ses représentations jouent autant sur l’éloquence médiatique que sur la symbolique du mandala. Ses fresques murales, visibles jusqu’au 27 oc­tobre, seront entièrement recouvertes après l’exposition.

À Zurich
La galerie Lelong (Utoquai 31, tél. 1-251 11 20) expose jusqu’au 9 novembre l’artiste allemand Gün­ther Förg. Travail méthodique et analytique, son œuvre peut prendre aussi bien la forme d’une peinture murale que d’une photographie ou d’une aquarelle. L’exposition, sur le thème du "Projet Engadine", inaugure le nouvel espace où la galerie vient d’emménager.
Francesco Clemente présente à la galerie Bischofberger (Utoquai 29, tél. 1-262 40 20), jusqu’au 19 octo­bre, des œuvres peintes durant cet été. Les quatorze Paintings of the Gate découvrent ainsi un nouveau volet de son travail.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°29 du 1 octobre 1996, avec le titre suivant : Un tour des galeries (I)

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