Mardi 11 décembre 2018

Graphisme

Un Graphic Design Festival au quotidien

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 15 février 2017 - 853 mots

L’ancienne Fête du graphisme a été remaniée. Outre une commande passée à 20 créateurs pour un affichage sur le thème du sport, le festival nouvelle formule s’est penché sur la signalétique dans l’espace public.

PARIS - Après trois éditions de la « Fête du graphisme », la manifestation parisienne se remanie très fortement. Exit son initiateur, le graphiste Michel Bouvet, également grand manitou du Mois du graphisme, à Échirolles, en Isère (lire le JdA no 469, 9 déc. 2016). Ensuite, au titre de l’événement se substitue un plus ronflant et international « Graphic Design Festival ». Enfin, un rapprochement s’est opéré entre l’agence de production culturelle Artevia, coorganisatrice des trois précédents opus, et l’association D’Days, à la tête de la manifestation de design du même nom à Paris. Deux coproducteurs donc pour cette nouvelle édition dont le budget d’un montant de 200 000 euros est abondé par une myriade de partenaires institutionnels et privés, au premier rang desquels, depuis l’origine, le groupe JC Decaux.

L’édition 2017 du Graphic Design Festival se scinde en deux volets principaux. D’un côté, 1 600 faces de mobilier urbain implanté dans les rues de la capitale ou dans les couloirs du métro accueillent une commande spécifique d’affiches sur le thème « Creative sport », créations qui, pour la première fois, sont diffusées en simultané (jusqu’au 22 février) à Londres et à New York, sur 80 supports digitaux.

Une quête planétaire
Par ailleurs, le Musée des arts décoratifs a offert ses cimaises du 24 janvier au 5 février aux diverses facettes du graphisme : illustration, typographie, identité visuelle, publicité, édition, direction artistique, signalétique… Qu’il fut frontal ou plus conceptuel, l’aspect créatif était privilégié, comme en a témoigné cette vaste sélection de sérigraphies opérée par le collectif Air Poster auprès d’une douzaine d’agences, parmi lesquelles Les Graphiquants (Paris) ou Typofonderie (Clamart) : de purs moments de recherche conçus hors du cadre de la commande. La commande n’est pourtant pas nécessairement un frein à la création. À preuve : ce travail lancé par le metteur en scène Pascal Rambert dès son arrivée, en 2007, à la tête du Théâtre de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Désireux de faire évoluer l’identité visuelle de l’institution, il propose depuis une collaboration entre un(e) graphiste et un(e) photographe. Le graphiste Frédéric Teschner et la photographe Valérie Jouve ont été associés lors les deux premières saisons, suivis par le tandem Laurent Fetis (graphisme) et Nan Goldin. À chaque fois le résultat séduit, affiches, cartons d’invitation ou programmes revigorant par leur contemporanéité les codes consacrés.

La quête de voies graphiques nouvelles est planétaire. Le visiteur aura ainsi pu découvrir au musée les propositions de haute volée de la firme nippone Dentsu Inc. pour le championnat du monde de tennis de table 2015, ou un projet intitulé « Taipei Visual », qui a réuni une trentaine de graphistes non taïwanais dont les affiches illustraient une vision « étrangère » de la métropole. Autre surprise, une section montrant le travail d’une vingtaine de créateurs iraniens pour la galerie Azad Art, à Téhéran. Originalité : chaque poster, selon son pliage, fait aussi office de carton d’invitation et de catalogue d’exposition.

Dans une salle étaient regroupés les originaux des affiches sur le thème du « Sport ». Au total, 20 modèles : les 19 que les Parisiens et touristes peuvent encore admirer dans les rues de la capitale et les couloirs de métro, plus une, réalisée par le duo helvète Ivan Weiss et Michael Kryenbühl, non visible à l’extérieur pour cause de censure. On y distingue, en une superposition de photographies noir et blanc, un groupe de migrants sautant d’un bateau pour rejoindre en courant la terre ferme, image sans doute jugée peu politiquement correcte.

Dans l’espace d’une gare
Une section présente, en regard, une facette d’un graphisme plus quotidien : la signalétique dans l’espace public. Ainsi, l’agence Arep, filiale de la SNCF, qui a œuvré sur deux projets parisiens notoires, la Cité des sciences et la gare Saint-Lazare, a exhibé un concentré de ses multiples missions. « Dans une gare, il y a des quantités d’informations à livrer aux usagers et il s’agit en premier lieu d’en conserver la cohérence, soulignait Isabelle Le Saux, directrice du design de l’Arep. Que ce soit pour les lettrages ou pour les couleurs, il faut garder un niveau de contrastes important : tout doit être accentué pour faciliter la lecture en mouvement. »

Les recherches étaient éloquentes, s’agissant de la construction d’un pictogramme, de sa compréhension, voire de son évolution. Un panneau amusant montrait, par exemple, différentes déclinaisons du signe « Toilettes » dans le monde. Les exercices liés à l’acuité visuelle étaient d’ailleurs étonnants : il est ainsi plus facile de lire un mot si l’on conserve la partie supérieure des lettres. Comment jouer sur la lisibilité d’une typographie afin que les lettres « c-l » ne puissent, de loin, être perçues comme un « d », ou « r-n » pour un « m », ou le chiffre « 3 » pour un « 8 » ? Ici, un système de lentilles colorées ou floues évoquait la vue d’une personne atteinte de daltonisme, de myopie ou présentant un champ de vision rétréci. Là, un panneau tel celui des ophtalmologues affichait des mots ou phrases au lettrage de taille différente, afin de pouvoir être lu à une distance de 3 à… 38 mètres. Cet arsenal destiné à faciliter la transmission de l’information se révélait proprement ahurissant.

GRAPHIC DESIGN FESTIVAL

Jusqu’au 22 février, sur les panneaux d’affichage ou supports digitaux, à Paris, à Londres et à New York.

Légende Photo :
Exposition des affiches du Graphic design festival sur la Place du Palais Royal, Paris. © InstanT productions.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°473 du 17 février 2017, avec le titre suivant : Un Graphic Design Festival au quotidien

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