Dimanche 16 février 2020

Art contemporain

Takis (1925-2019), la dernière séance

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 18 septembre 2019 - 344 mots

La Tate Modern lui consacre une rétrospective posthume.

Londres. Venant qualifier l’exposition de Takis à Londres, le terme « rétrospective » prend ici un sens singulier. En effet, l’artiste, né à Athènes en 1925 et mort le 9 août dans cette même ville, a quitté ce monde en plein milieu de l’importante manifestation que lui consacre la Tate Modern. Heureusement, même orpheline de son « père », l’œuvre continue à s’adresser puissamment aux regardeurs. Les sonorités électriques qui s’étendent dans l’espace, les objets retenus aux murs uniquement par la force d’aimants (« Murs magnétiques ») ou de tubes cathodiques émettant une lumière bleue (« Télélumières ») diffusent encore l’énergie invisible mais palpable que Takis a cherché à capter tout au long de sa carrière.

La musique d’Erik Satie

Le parcours s’ouvre toutefois avec des sculptures d’un style primitif, des bustes en plâtre et en fer réalisés sous l’influence de Picasso et de Giacometti (Locasta, 1954). À son arrivée à Paris, Takis abandonne le modelage mais reste fidèle au métal en développant les « Signaux » après la découverte des « Mobiles » de Calder. Les minces tiges, flexibles, toujours associées par deux ou trois à partir d’une même base, forment des compositions à l’aspect végétal ou floral. Ces travaux peuvent être assimilés à l’abstraction biomorphique par laquelle sont suggérés des aspects organiques de la nature.

C’est avec l’art cinétique, fondé sur le mouvement, que les œuvres mobiles de Takis entretiennet des liens de parenté. À cette différence, cependant, que la production plastique de l’artiste grec s’élabore autour des propriétés de l’aimant, de l’électricité ou de la lumière. Dans une salle, des plaques noires trouées sont comme d’immenses papillons suspendus grâce à la force magnétique. Plus étonnantes encore sont les sculptures musicales qui produisent résonances et sons aléatoires ; sur un fond blanc, cachant un électroaimant, est tendue une corde de piano qu’un objet vient heurter au rythme de pulsions électriques. Selon Takis, les « Gymnopédies » d’Erik Satie, cette musique lancinante, furent pour lui une révélation, et la véritable source de ces travaux. Sonorités mécaniques ou musique magnétique, cette voix musicale inventée par l’artiste accompagne partout les visiteurs.

Takis,
jusqu’au 27 octobre, Tate Modern, Millbank, Londres.

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°529 du 20 septembre 2019, avec le titre suivant : Takis (1925-2019), La dernière séance

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque