Samedi 14 décembre 2019

Musée Picasso - Antibes (06)

Staël et Guillou, un amour qui dure

Jusqu’au 8 janvier 2012

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 12 octobre 2011 - 455 mots

Alors que depuis plusieurs mois le jeune Nicolas de Staël (1914-1955) sillonne le sud marocain et s’imprègne de ses couleurs tout en dessinant, il croise Jeannine Guillou (1919-1946), elle aussi artiste peintre.

Entre les deux, c’est le coup de foudre. Ils ne vont plus se quitter et formeront un couple passionné et tendre mythique du XXe siècle. Ils sont beaux, ils irradient ; elle par sa force de caractère et sa gaieté, lui par sa taille, sa voix chaude et son magnétisme. Ils sont heureux, mais la vie est dure : leurs toiles se vendent mal, ils ont froid et  faim et sont tributaires de la générosité de leurs amis. Ils resteront jusqu’à la mort de Jeanine, en 1946, deux nomades démunis.
 
Staël et Guillou travaillent en osmose, utilisant les mêmes tubes de couleurs et les mêmes pinceaux, chacun en alternance. Contre toute attente, alors que Nicolas cherche encore sa voie, la peinture de Jeannine est mieux maîtrisée. Durant les premières années, elle est le maître du génie en devenir. Elle lui prodigue ses conseils, il les accepte, retouche, corrige. Le conservateur Bernard Dorival dira d’elle : « Staël lui doit tout, sauf son talent. » Pourtant, alors que Staël n’a pas encore inventé Staël, c’est lui que la galeriste Jeanne Bucher remarque en  1939. Lorsqu’il revient du front en 1940, Jeanine malade est de plus en plus fragile. En 1941, Staël se lie d’amitié avec Félix Aublet, artiste inventif dont la collaboration le rapproche de la peinture avant-gardiste. Staël peint dans la douleur, sa terrible exigence le laissant insatisfait, anéanti. Il détruit, recommence, inlassablement, et les toiles sauvegardées de cette période sont rares : une Nature morte à la pipe et deux portraits de Jeannine, évanescente et grave, le premier esquissé, le second  abouti, annonciateur d’une rupture imminente dans sa peinture.
 
Ses amitiés avec Magnelli, Sonia et Robert Delaunay, lui apportent l’invention d’une nouvelle grammaire, celle de l’abstraction. Jeanine, elle, continue de peindre des paysages teintés de cubisme et, pour l’heure, reste encore « le peintre ». C’est elle qui produit le plus, elle dont la peinture se vend, elle qui expose. Puis, progressivement, le feu sacré change de camp, Jeannine affaiblie délaissera ses pinceaux et s’effacera devant son compagnon en renonçant à sa peinture. En les réunissant pour la première fois, avec une trentaine d’œuvres de Jeannine Guillou et des tableaux peints entre 1939 et 1946 de Nicolas de Staël, le Musée d’Antibes offre au public pour plusieurs semaines une vision rare et apaisée de deux êtres hors normes.

Voir «La rencontre de Nicolas de Staël et Jeannine Guillou : La vie dure »

Musée Picasso, place Mariéjol, château Grimaldi, Antibes (06), tél. 04 92 90 54 20, jusqu’au 8 janvier 2012.

Légende photo

Jeannine Guillou, Sans titre, 1942, huile sur toile, 38 x 55 cm, collection particulière. © Photo : Jean-Louis Losi, Paris.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°640 du 1 novembre 2011, avec le titre suivant : Staël et Guillou, un amour qui dure

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